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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 10:07

440636.jpgRésumé de l'éditeur

Un vent de solitude souffle sur le reg figé, et le soleil ajoute sa brûlure au sentiment d'isolement.
Sortis de leur si longue histoire géologique, le caillou et le sable dunaire sont posés là, dans l'intensité du jour, laissant pourtant quelques ombres protectrices aux voyageurs. Dans l'immensité de ce paysage désertique, la vie existe là où tout paraît minéral. L'Adrar de Mauritanie offre et impose ces contrastes forts entre aridité et beauté, vacuité et humanité, frugalité et jubilation, entre ciel et terre. Paradoxes du désert gratifiant le voyageur d'une vision directe sur le cosmos, d'une conscience aiguë d'être mortel, et d'une relation sans fard entre la nature aride et ses lois. Une terre ingrate, qui se mérite, qui s'admire et qui vous transporte au coeur de vous-même, sans artifice. Trab Mounek ! s'écrie le voyageur Ah ! Le beau pays !

 

En quelques mots

Ce livre collectif est à la fois un recueil de photographies sur la Mauritanie, de l'Adrar en particulier, une biographie de Théodore Monod, une histoire de la Mauritanie, une étude sociologique et naturaliste. On y trouve de magnifiques photos du desert, des dunes, de caravanes dans le vent de sable, de montagnes, d'oasis et d'hommes au milieu du néant qui "ressemblent parfois à des étoiles". Les auteurs sont historiens, sociologue et linguiste, naturaliste, journaliste et photographe.

 

De façon très visuelle, les auteurs décrivent le milieu, l'histoire et l'habitat mauritanien. En Mauritanie, les constructions humaines sont rares, la terre est presque nue. Au moment de l'Indépendance, en 1960, la plupart des mauritaniens vivaient dans le désert. Aujourd'hui neuf mauritaniens sur dix sont sédentaires. Nouakcott est devenue une ville de cinq cent mille habitants.

 

L'Adrar fut le berceau des Almoravides, des moines guerriers musulmans partis à la conquête du Maroc et de l'Espagne au XIème siècle.  20.000 personnes habitaient à Chinguetti qui comptait une palmeraie immense, onze mosquées, de prestigieuses bibliothèques. La ville ne compte plus aujourd'hui que 1500 habitants. Les maisons de pierre sèche et de pisé s'effondrent et les ruelles se remplissent de sable. Plus au nord, Ouadane était l'étape des voyageurs au long cours.

 

Un chapitre est consacré au parcours scientifique de Théodore Monod, d'abord assistant du Muséeum national d'Histoire naturelle,  entré dans cet univers en 1923, à Port Etienne,  avec pour mission d'étudier la faune marine et la pêche. La terre saharienne est devenue son horizon de prédilection. Il obtint l'autorisation d'effectuer une reconnaissance vers les premiers puits au nord de la presqu'île du Cap blanc, puis vers saint Louis du Sénégal et traversa le désert. Il effectua son service militaire dans les compagnies méharistes du sud algérien et réalisa un travail sur la géologie de l'Adrar. Il reprit en 1934 le chemin de la Mauritanie. Il enquêta en vain sur l'énorme météorite que Gaston Ripert, un lieutenant français diplômé en sciences naturelles, prétendait avoir aperçu dans les dunes au sud d'Atar. Il rejoignit l'azalaï, la caravane qui s'en allait vers le nord, jusqu'aux salines de Taoudeni. Il découvrit dans une falaise des schistes à drapolites, découverte géologique de premier ordre dont il tira plusieurs ouvrages. En 1936, il traversa le Tanezrouft, le "pays de la soif" dans le sud algérien, voyage à l'issue duquel il fut nommé à la tête de l'Institut Français d'Afrique noire à Dakar. Il approfondit sa connaissance de l'Adrar et publia plusieurs volumes de géologie. Il mena des expéditions à pied et à dos de chameau à travers la région de la Majâbat Al Koubra au départ de l'Adrar, avec boussole, sac à cailloux, marteau et baromètre. Il découvrit le site préhistorique d'El Beyyed. En 1965, il fut élu à l'Académie des Sciences et il s'éloigna de la Mauritanie. Il fut nommé au Muséum à Paris. Après plusieurs aventures scientifiques, il organisa une expédition dans le désert pour retrouver la météorite, repérée grâce à un appareil de positionnement depuis le ciel. Il s'agissait en fait de la pointe d'un plateau de grès et de schistes ressemblant à un énorme rocher posé seul en plein désert. Il effectua encore quelques expéditions chamelières avant d'être victime d'une attaque cérébrale en 1999.Il décéda en 2000.

 

Dans la deuxième partie de l'ouvrage, Théodore Monod raconte les conditions de ses expéditions, et décrit ses découvertes, les accidents circulaires du sahara occidental, les Richâts et les météorites.

 

Les voyages d'Odette du Puigaudeau, ethnologue française et de son amie Marion Senones dans l'Adrar sont également présentés. Elles ont apporté des connaissances sur ce monde nouveau, l'évolution des modes de vie, la qualité au travail, des années 30 aux années 50, les arts et les coutumes des maures, les traditions culturelles.

 

La  partie suivante du livre est consacrée à la préhistoire et à l'histoire de l'Adrar. Le Sahara est un desert atténué à certaines périodes, par une augmentation de la pluviométrie, au cours desquelles les civilisations préhistoriques se sont épanouies. L'homme se serait introduit dans l'Adrar avant le début de l'Acheuléen. L'Atérien, issu du Moustérien couvre l'ensemble du Nord de l'Afrique de la Méditérranée au sud du Sahara. A partir du début de l'Holocène, des hommes peuplent l'Adrar. La civilisation néolithique, caractérisée par la production de nourriture, l'élevage et l'agriculture est présente. L'art rupestre se développe, les monuments funéraires sont omniprésents, le char et le cheval servent à des activités de chasse et de sport. Les paysans cultivent des palmiers, des arbres fruitiers, des céréales et des légumes.

Au IIIème siècle, le dromadaire domestique marque l'installation définitive en Adrar d'un climat desertique. La population des Bâvur dresse les chiens pour la chasse ou la guerre. ce sont des sédentaires noirs non musulmans, descendants de berbères. L'islam progresse le long des voies commerciales transsaharienne dès le début du VIIIème siècle. Au Xème siècle, l'islam a largement pénétré les populations des confins sahélosahariens. L'infiltration progressive des troupes arabophones à partir de la seconde moitié du XIVème siècle permettra l'arabisation linguistiques des anciens berbérophones de l'espace mauritanien. La période du XVème et XVIème siècle est destabilisante. Au XVIIème siècle, Chinguetti est le théâtre d'affrontements. La constitution des émirats à la fin du XVIIème siècle a permis d'organiser les rapports entre tribus. Emirs de la paix et Emirs de la guerre se succèdent.

 

Sont également présentées la société et la culture adraroise. La hiérarchie traditionnelle, rigide s'exprimait dans un moule tribal. L'émir était le chef de l'ensemble des guerriers, garant de la sécurité des personnes, il pouvait constituer un recours judiciaire. Sa vie n'était guère différente de celle de ses sujets, dans cet univers dominé par le mode de vie nomade. Les tribus lettrées pouvaient s'adonner au négoce, à l'élevage et à l'agriculture. Les tribus étaient elles-mêmes hiérarchisées, des nobles, des artisans, des anciens esclaves.

 

On y trouve les plus anciennes cultures de palmier-dattiers de Mauritanie.  L'eau est puisée à la main, collectée dans un bassin. L'entretien des palmiers, la culture des légumes, des céréales, des carottes, des tomates et des oignons, des betteraves, des aubergines, des patates douces, des pommes de terre des navets, des choux de la salade, des haricots verts, du henné, de la menthe est répandue. La récolte des dattes rythme la vie de la région. L'élevage est une composante significative du système de ressources traditionnelles. Les premières bases du développement des itinéraires occidentaux permettant des échanges marchands, culturels, sociaux et religieux, datent du VIIIème siècle. Des relais caravaniers ont consolidé ces itinéraires. Aux XIIème et XIIIème siècles, se développent les voies du Sahara central qui relient la boucle du Niger à Tlemcen. L'or, le sel et les esclaves sont des marchandises en provenance du sud, l'ivoire, les noix de cola, les tissus de luxe étaient échangés contre du sel, des armes des produits de luxe. Le volume des échanges était important jusqu'à la seconde moitié du XIXème siècle. Avec la colonisation, un commerce boutiquier centré sur Atar détrône le vieux négoce caravanier.

 

L'habitat nomade traditionnel était constitué de tentes en laine de mouton, puis en tissu. Les habitations semblent avoir été construites sans plan urbanistique d'ensemble. Les bourgades ont été abandonnées et sont en ruine. Les murs massifs sont en pierre sèche. Les mosquées sont sans fantaisie, en harmonie avec le dépouillement et l'esprit d'ascétisme caractéristique de l'islam saharien. La construction des villes anciennes Ouadane, Chinguetti, Atar, Awjaft est minutieusement décrite.

 

Paysage de pierre, aux couleurs variées, l'Adrar est une montagne d'altitude modérée, constituée par une série de plateaux gréseux. Son point culminant est le piton de Teniagouri (850 m). Théodore Monod a découvert six belvédères. Sont présentés la genèse du massif, dont les roches datent de plusieurs centaines de millions d'années, les premiers éléments d'observation des Maures, le climat de l'Adrar, desertique, les amplitudes journalières, les vents et leur impact, les pluies, irrégulières d'une année sur l'autre, les saisons locales, les couleurs et les paysages, plateaux, plaines et points d'eau, la flore et la végétation rare et clairsemée. En dehors des oasis, la végétation de l'Adrar est pâturage, permanents ou éphémères, constitués d'espèces vivaces ou annuelles. La faune est d'une grande variété. Certaines espèces ont disparu en raison de la chasse et de la desertification (autruche, antilope, Cynhyèn, lion, mouflon, éléphant, gazelles, hyènes, caracal) Subsistent le chacal, le ratel, le chat sauvage, le lièvre, le hérisson, le daman, les fauvettes migratrices, les tourterelles, le  bouvreuil, les gangas, les alouettes, le traquet, le corbeau, les reptiles et les lezards.

 

Le livre se termine sur un chapitre consacré aux manuscrits arabes, part significative du patrimoine culturel de l'Adrar, qui témoignent du rôle joué par cette région dans le développement d'un enseignement arabo-musulman depuis le XVIIème siècle. les principales bibliothèques familiales de Chinguetti et Ouadane conservent des manuscrits acccumulés par les léttrés de la région. La bibliothèque chinguetienne a été développée sur les modèles des bibliothèques du Maroc, d'Egypte et du Hijâz. Quantité d'ouvrages ont été achetés ou copiés. Ils datent majoritairement du XIXème siècle. La reproduction de certaines pièces remonte au XVIIème siècle. Plusieurs copies sont antérieures à la fin du XVème siècle. Leur contenu est théologique et juridique. Les matières linguistiques, (grammaire, morphologie, lexicographie, littérature), mathématiques et logique sont également représentées. L'histoire, l'astronomie et la médecine le sont dans des proportions moindres. Ces livres sont essentiellement anonymes. La contribution des auteurs mauritaniens reste modeste.

 

C'est un livre très riche, très complet qui aborde la Mauritanie sous ses aspects géographiques, géologiques, historiques, sociologiques et culturels. C'est une mine d'informations sur ce pays méconnu, aride et désertique. Les traces de son développement sont remarquées minutieusement, scientifiquement. Les photos sont splendides et nombreuses ; la plupart occupent une double page et nous plongent dans cet univers mauritanien, si éloigné du nôtre. Des dessins, des croquis, des cartes géologiques permettent de se représenter les différents aspects du patrimoine mauritanien. Un livre que je recommande vivement. Il fait partie d'une très belle collection qui s'est aussi intéressée aux Touareg, au désert lybique, au coeur de l'Afrique, à la Mongolie, à Madagascar ou bien encore aux cubains.

 

 

 

Editions : Vents de sable, 192 p.

 

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