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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 23:57

claude-gueux.jpgRésumé de l'éditeur


Claude Gueux est un voleur récidiviste condamné à une lourde peine. Le 7 novembre 1831, il tue le directeur des ateliers de sa prison. Ce crime le conduit à l'échafaud : il est guillotiné en juin 1832. De ce fait divers Hugo retient le caractère exemplaire : la misère et la souffrance ont transformé un individu pacifique et «philanthrope» en meurtrier ; la justice, aveugle et implacable, l'a condamné à la peine capitale. Ce texte, s'il confirme l'engagement de l'écrivain contre la peine de mort, dénonce aussi violemment une société dont le système judiciaire et pénal est contraire à toute idée de progrès social.

Le dossier de l'édition permet d'approfondir la lecture de l'oeuvre en proposant des éclairages historiques sur la peine de mort. Il présente également des extraits d'autres textes de Victor Hugo (Le Dernier Jour d'un condamné, «Aux journaux») témoignant du long combat de l'écrivain contre la peine capitale.

 

En quelques mots


Victor Hugo était un homme engagé, à droite d'abord puis à gauche. Elu en 1848 à l'Assemblée constituante comme député modéré de droite, il soutint Napoléon-Bonaparte puis, déçu et animé par des idéaux de justice sociale, il se rapprocha de la gauche. Contraint à l'exil après le coup d'Etat de 1851 par lequel Bonaparte mit fin à la République, il ne rentra en France qu'en 1870, à la chute du Second Empire. Il écrivit pour dénoncer le régime et poursuivit le combat politique jusqu'à la fin de sa vie, à travers des romans sociaux dans lesquels il prit la défense des plus faibles. Il s'est battu pour l'abolition de la peine de mort à laquelle il consacra deux courts romans : Derniers jours d'un condamné (1829) et Claude Gueux (1834). Le débat fut d'ailleurs à l'époque porté sur la place publique et en 1832, le code pénal fut modifié par une abolition partielle et la généralisation des circonstances atténuantes. En 1838, elle fut abolie en matière politique. Victor Hugo refusait la peine de mort au nom des valeurs morales et chrétiennes et parce qu'elle contredisait l'idée de progrès humain.

 

Claude Gueux était un personnage réel. Issu d'une famille pauvre de la Côte d'or, il fut incarcéré à plusieurs reprises pour de petits délits puis à huit ans de prison pour le vol d'un cheval en 1829. Il fit la connaissance de Felix Legrand surnommé Albin avec qui il entretint une relation homosexuelle. Il tua le gardien chef Delacelle en 1831. Condamné à mort pour ce crime, il fut guillotiné en juin 1832. Victor Hugo n'eut connaissance de ce fait divers que deux ans plus tard.

 

Cette courte nouvelle raconte les circonstances de l'incarcération de Claude Gueux, pauvre ouvrier vivant à Paris avec sa maitresse et un enfant. Il vola pour leur procurer du pain et du feu et il écopa de cinq ans de prison à la Maison centrale de Clairvaux. Dans l'atelier où il fut affecté à un travail, il acquit un ascendant singulier sur tous ses compagnons. Albin, son co-détenu, lui proposa de partager sa portion de nourriture alors que la sienne ne lui suffisait pas et une étroite amitié se noua entre eux. Le directeur de l'atelier décida de changer Albin de quartier et les réclamations de Claude Gueux ne le firent pas revenir sur cette décision. Méprisé, humilié par le directeur, Claude Gueux prit ses 82 co-détenus à parti et leur annonca la condamnation à mort qu'il avait portée à l'encontre du directeur de l'atelier. Il distribua tout ce qu'il possèdait et tua le directeur avant de tenter de se suicider. Lors de son procès il apparut comme un monstre et fut condamné à mort. Son pourvoi fut rejeté.Le livre raconte son exécution et interroge le lecteur sur la notion de culpabilité, la place dans la société, de l'éducation, de la pénalité. Victor Hugo s'interroge sur les réponses apportées par les lois aux souffrances du peuple et sur leur adaptation aux moeurs. Il propose d'augmenter le nombre de maîtres d'écoles et de diminuer le nombre de bourreaux. C'est une critique du fonctionnement de la société qui peut transformer des hommes honnêtes en meurtriers ayant presque la valeur d'un discours contre la peine de mort.

 

Flammarion, 2002, 80 p.

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Le Ministère de la culture met en ligne plusieurs documents d'archives conservés aux archives départementales de l'Aube. La Notice du registre d'écrou de la maison centrale de Clairvaux concernant Claude Gueux. Fonds de la maison centrale de Clairvaux, 2 mars 1830

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La Notice biographique et descriptive du comportement de Claude Gueux, rédigée par Salaville, directeur de la prison centrale de Clairvaux (notice de 4 pages). Fonds de la maison centrale de Clairvaux, 9 novembre 1831. Les passages les plus significatifs de cette note sont retranscrits ici

 

 

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Le Procès verbal de l'arrêt condamnant Claude Gueux à la peine de mort et procès verbal de l'exécution de la peine (3 pages). Fonds de la cour d'assises de l'Aube, 16 mars 1832 et 1er juin 1832

 

 


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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 16:13

En répondant à un questionnaire à propos de Simenon sur le blog de Maggie   J'ai gagné ce livre : "Maigret et le voleur paresseux. Maigret tend un piège". Je vous dirai prochainement ce que j'en ai pensé.

 

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Merci à Maggie et aux éditions Le livre de poche

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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 18:30

AlliochaRésumé de l'éditeur


1924. Elève de troisième dans un lycée de Neuilly, Aliocha n'est pas un enfant comme les autres. Fils d'émigrés russes fuyant la révolution, il est élevé dans le souvenir de sa patrie natale. Aliocha rêve d'être français : l'amitié qui le lie à Thierry est son premier pas vers l'intégration.

 

En quelques mots


Alexis Krapivine, dit Aliocha a 14 ans et demi. Il est élève de troisième au lycée Pasteur à Neuilly et porte des Knickerbockers. Il est le fils d'émigrés russes tsaristes. Thierry Gozelin est l'ami d'Aliocha et le meilleur de la classe mais il est aussi bossu et cette difformité l'éloigne de ses camarades, des filles en particulier. Ensemble, ils parlent de littérature, de Victor Hugo notamment. Ils deviennent peu à peu les meilleurs amis du monde. Le milieu russe dans lequel évolue Aliocha se sent supporté par la France mais pas véritablement aimé et ses parents espèrent  pouvoir retourner en Russie. Lui-même ne se sent pas inspiré par la Russie. Passionné de littérature française, il voit d'un oeil inquiet le désir de retour de ses parents. Lorsqu'il invite son ami à déjeuner, il est gêné de leur accent et des mets traditionnels qu'a préparés sa mère. Il veut devenir écrivain mais rejette ce qui vient de Russie. Sur les conseils de Thierry qui le reçoit parfois chez lui, il se met pourtant à écrire ses souvenirs de Russie sur le cahier journal inventé par son professeur de français.  Le roman retrace les grands évènements de l'histoire russe et de ses rapports avec l'Europe, la France et l'Angleterre en particulier. Avec quelques amis partageant les mêmes intérêts, le père  d'Aliocha, Georges, représentant en articles de bureau, tente de récupérer les capitaux que la compagnie pour les échanges internationaux avait déposé à son compte en Angleterre. Mais les financiers britanniques refusent de le rembourser. Lors du rapprochement entre la France et l'URSS, ses parents craignent de n'avoir plus aucune existence officielle.Cette anxiété marque Aliocha qui s'efforce de maintenir le contact avec ses parents.

C'est une histoire d'amitié forte et émouvante. Le trajet littéraire d'Aliocha est également touchant en raison notamment du caractère largement autobiographique de ce livre. Henri Troyat en effet, élu à l'Académie française en 1959 après une carrière d'écrivain prolifique, est né en Russie en 1911 et  a fui Moscou en 1917, après la Révolution d'Octobre. Il a fait ses études en France, au lycée Pasteur de Neuilly sur Seine.  Le héros de son livre, Aliocha, parvient à s'intégrer en classe par une démarche littéraire, à partager sa passion pour la poésie et la littérature, et à assumer ses racines russes. A travers la langue et la littérature, il trouve un moyen de soutenir ses parents dans l'épreuve.

 

Editions Flammarion, 1991

 

AnneeRussie2011Je participe au challenge une année en russie édition 2011 organisé par pimpi

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10 mars 2011 4 10 /03 /mars /2011 23:11

la princesse de clèvesEn début d’année, je me suis inscrite au challenge des demoiselles de Lettres organisé par Céline sur son blog bleu.  Il fallait choisir un roman féminin du XVIIème siècle et très naturellement, j’ai choisi La princesse de Clèves. Outre ce roman, Céline avait proposé de lire Antoinette Deshoulières, Marie Catherine de Villedieu ou Madame de Sévigné. On pourrait ajouter Mme de Scudéry. La dimension historique du roman de Madame de La Fayette, a orienté mon choix. Je ne l’ai pas abordé de façon habituelle parce qu’il s’agit d’un roman modèle dans l’histoire littéraire, sur lequel on a beaucoup écrit, dès sa parution, et qu’il est très étudié, notamment au lycée. Je l’avais moi-même étudié au début de mes études supérieures et j’en avais gardé un très bon souvenir. Ma relecture a été plus studieuse que je ne le pensais et je l'ai complétée par une recherche d’informations sur la place des femmes au XVIIè siècle d’une part et sur le contexte historique de l’intrigue d’autre part car la période choisie est symptomatique. Cette recherche est presque indispensable tant les références historiques sont nombreuses en début de texte.

 

Le rôle de la femme au XVIIème siècle


Le challenge de Céline consiste d'abord à s'intéresser aux femmes, aux femmes de Lettres en particulier, à différentes époques. Le rôle de la femme au XVIIème siècle est défini par l’Eglise et par les moralistes. Tandis que l'Eglise lui recommande de fonder un foyer en apprenant les futures tâches familiales dans un couvent, les moralistes donnent à la femme une place dans les salons, et attendent d’elle qu’elle apprenne à recevoir du monde, à danser, à jouer un instrument de musique. Sans figurer réellement dans les sphères du pouvoir, de la finance ou de l’administration, les femmes jouent des rôles sociaux reconnus et occupent des fonctions publiques dans les salons, les théâtres et les fêtes, les lieux religieux. Elles créent des salons afin de débattre de sentiments, de curiosités et de disciplines intellectuelles, philosophiques, scientifiques ou mathématiques. Elles s'intéressent de plus en plus aux sciences, aux inventions, aux découvertes, assistent à des conférences scientifiques et veulent devenir savantes. Les femmes cherchent  la liberté dans la famille, ce qui n’est pas toujours accepté. Elles sont soucieuses d'être l’égale de leur mari et de pouvoir faire ce qu'elles souhaitent.  Pour aller un peu plus loin, je vous propose ici un extrait de l’article de Claude Reichler de l’Université de Lausanne sur l’organisation des salons que fréquentait Madame de La Fayette. « Dans les salons, dont plusieurs jouèrent un rôle essentiel en tant qu' "institutions parallèles" (le plus connu est celui de l'Hôtel de Rambouillet), les femmes invitent, orientent la conversation (activité capitale pour l'échange d'informations, organisent des rencontres, dirigent le goût et les mœurs… Dans les théâtres et dans les fêtes, elles sont le centre des regards et des rencontres, créent des clans, contrôlent des influences. Cela peut nous paraître mince aujourd'hui, mais ne l'était pas dans une époque monarchique où le pouvoir restait confiné dans une sphère étroite. Dans les réunions scientifiques même, quand ont lieu des expériences publiques, les femmes médiatisent les découvertes et les techniques nouvelles : elles sont au cœur d'un premier mouvement de vulgarisation du savoir, influençant les interactions sociales que la science va stimuler de plus en plus. Quant à la religion, dont on ne saurait exagérer l'importance tout au long du siècle, les femmes y jouent un rôle non négligeable : les grandes dames créent des fondations, les ordres religieux féminins sont actifs à tous les niveaux de la société (charité, soins aux malades, enseignement) ; des figures majeures de la vie spirituelle sont des femmes, de la mystique Thérèse d'Avila à la missionnaire Marie de l'Incarnation, fondatrice du couvent des Ursulines de Québec. Mme de Maintenon, épouse secrète de Louis XIV, eut sur le roi vieillissant une grande influence, imprégnant la cour d'une dévotion grandissante et poussant le monarque à une sévérité toujours plus grande envers les protestants et les jansénistes. »

 

Le contexte de l’œuvre et de l’intrigue


L’auteure, Mme de Lafayette (née à Paris en 1634) était mondaine et cultivée. Son salon de la rue de Vaugirard réunissait des membres de la haute société.  Elle évoluait dans un milieu aristocratique et lettré. C’était une femme savante, confidente et amie d’Henriette d’Angleterre, de Mme de Sévigné et de la Rochefoucauld. La Princesse de Clèves est son premier roman d’analyse, paru en 1678 au cours du siècle de Louis XIV où tout se trouve ordonné autour de Versailles et du Roi Soleil. Il s'intègre parfaitement dans le courant de pensée de l'époque. Dans la littérature de l’époque en effet, l’homme n’apparait plus  comme un être essentiellement raisonnable, lucide, libre mais comme un chaos de passions. C’est la vérité humaine qui importe le plus. D'autre part, la préciosité,  phénomène européen et social,  s’épanouit dans le cadre des salons. Les habitués s’amusent à des jeux de société, lisent beaucoup et s’intéressent à des débats psychologiques. « La préciosité est le désir de donner du prix à sa personne à ses sentiments, à ses actes, à son langage ». Elle implique un effort conscient pour s’extraire du commun des autres et se distinguer par l’esprit.  La princesse de Clèves est  un roman précieux, une très belle illustration de ce courant et des  effets plus ou moins dévastateurs de la passion. C’est un roman très court. Les récits et les éléments secondaires illustrent  l’intrigue centrale en attirant l’attention sur les désordres de l’amour.  Mme de La Fayette rapporte plusieurs histoires, interrompant le récit principal. Elle donne ainsi une vision assez complète de ce que pouvait être la passion amoureuse au XVIè siècle, tout en revenant  au trio des personnages principaux et en enrichissant l'intrigue de son roman. C’est aussi un roman historique. L’action a pour cadre la cour du roi Henri II (1519-1559) et le début du règne de François II. L’auteur donne une couleur historique à son roman en peignant des traits de mœurs et en faisant revivre des figures historiques et des intrigues réelles. Le choix de la période historique est très intéressant. L’année 1559 semble en effet apporter une césure dans l’histoire française du XVIe siècle, séparant une période de paix au moins relative à l’intérieur et d’expéditions militaires à l’étranger d’un temps de guerres civiles et d’effacement croissant du royaume des Valois sur l’échiquier européen. C’est le passage de la joie de vivre caractéristique de la Renaissance – du moins à un certain étage de la société- au climat de terreur et de haine engendré par les antagonismes religieux. Cette date annonce aussi le ralentissement de l’activité artistique. Enfin, après 1559, l’existence des français se trouve de plus en plus perturbé par la violence grandissante des guerres de religion. En matière culturelle, les écarts ne cessent de s’accroitre entre les villes et le monde rural. Il s’est produit dans l’Europe de la Renaissance une laïcisation  et un élargissement de la connaissance. La noblesse se convertit à l’instruction ; les fils de marchands et d’officiers fréquentent l’Université. Mais il n’y a pas de démocratisation de la culture. Les cours sont les principaux foyers de diffusion de la culture. Les souverains et leur entourage lancent les modes et le goût artistique. La littérature française se caractérise par la sincérité du ton et de l’inspiration. Elle aborde les grands sujets, la femme, la mort le péché et la foi. Il apparait que Mme de Lafayette  qui présente de nombreux personnages princiers dans ce roman et donne de véritables repères historiques (traité de Cateau Cambresis, mariage d'Elisabeth de France, fille d'Henri II avec Philippe II d'Espagne et de la soeur du roi avec le duc de Savoie, mort du roi, accidentellement tué par un coup de lance de Montgomery) évoquerait souvent l’atmosphère de la cour de Louis XIV plutôt que celle du temps des Valois, comme en témoignerait notamment l’épisode du portrait dérobé. A la mort de François Ier et après le couronnement d'Henri II, de grands changements eurent lieu à la cour. Si des ministres furent renvoyés et ceux préalablement disgraciés rappelés, Henri II  continua comme son père à soutenir le développement artistique et intellectuel. Il multiplia les entrées royales et les festivités, encourageant l'architecture, la sculpture, la musique. C'est de la Cour elle-même que sortit l'un des plus grands mouvements de la poésie française.

 

En quelques mots


L’amour est le principal sujet de ce roman. La psychologie des personnages est au centre de l’intrigue. Tout en présentant tous les aspects de la vie de cour sous Henri II, magnificence, galanterie, partie de chasse et de paume, ballets, courses de bagues, goût pour les vers, la comédie, la musique, la poésie et les lettres, intrigues sentimentales mêlées à toutes les affaires, cabales, vengeances et haines personnelles,  l’auteure trace des portraits des personnages illustres de son roman et dépeint leurs qualités en commençant par  Henri II, prince sportif, soucieux de plaire aux femmes et  amoureux de Diane de Poitiers, de vingt ans son ainée. La cour réunit de grands seigneurs admirables, d’un mérite extraordinaire. Les princes qu’elle présente excellent dans la guerre, leur esprit est vaste et profond, leur âme est noble et élevée, ils ont une ambition démesurée, un esprit vif, une éloquence admirable, une science profonde, sont plein d’esprit et d’adresse, braves et magnifiques.

 

Apparait alors Mlle de Chartes l’héroïne de ce roman. A quinze ans, elle fait ses débuts à la cour. Elle est remarquable par sa vertu et par sa beauté. Sa mère l’a mise en garde contre les dangers de la passion, le peu de sincérité, la tromperie et l’infidélité des hommes mais elle rencontre par hasard le prince de Clèves qui, séduit par sa beauté,  conçoit pour elle une passion et une estime extraordinaire et la demande en mariage. Il se heurte à l’opposition de son père mais celui-ci meurt peu après. Les projets d’union de Mlle de Chartres échouent à la suite d’intrigue de cour et, reconnaissante à l’égard du Prince de Clèves d’avoir bravé la cabale, elle l’épouse. Mais elle ne ressent pas de réels sentiments pour lui, ce dont il souffre profondément. Quelques temps après son mariage, elle rencontre au bal  le duc de Nemours, seigneur extrêmement brillant sur le point d’épouser la reine Elisabeth d’Angleterre. C’est un véritable coup de foudre. Une passion grandissante s’empare de Mme de Clèves. Elle se range secrètement à l’avis de M. de Nemours, exprimé publiquement, sur le sujet non anodin de la place des amants dans les bals et se prétend malade pour échapper à celui qu’organise le Maréchal de Saint André. Mais le trouble que cette dissimulation provoque n’échappe pas à son entourage, en particulier à sa mère. Elle prend conscience un peu trop tard de ses sentiments amoureux et ressent à la fois de la  honte et de la jalousie à l’égard de Mme la Dauphine dont elle pense M. Nemours épris. La maladie passagère de Mme de Chartes à qui elle voulait se confier lui donne l’occasion de se rapprocher de Mme la Dauphine qui lui fait part de ses observations sur le changement de comportement amoureux de M. de Nemours. Elle entre alors dans le jeu des intrigues galantes qui calme sa jalousie. M. de Némours cherche tous les prétextes pour la rencontrer. Sur son lit de mort, Mme de Chartes lui donne une dernière leçon de conduite et la rappelle sèchement à ses devoirs d’épouse. Mme de Clèves cherche à fuir le monde et M. Nemours en particulier mais son mari n’en comprend pas les raisons.  M. de Clèves apprend alors à sa femme la mort de Mme de Tournon dont son ami M. de Sancerre avait été follement amoureux. Ce passage est l’occasion pour M. de Clèves d’édifier son épouse et pour l’auteur de décrire les effets dévastateurs de la dissimulation et de la  trahison. M. de Sancerre est profondément attristé par la promesse de mariage de Mme de Tournon avec M. d’Estouville qu’il apprend sur son lit de mort. Larmes, rage, colère et affliction accompagnent cette découverte.

 

Les sentiments lorsqu’ils ne sont pas réciproques, le style de la vie de cour, ce mélange permanent des intérêts et des affections, l’exposition constante de soi, les cabales et la difficulté de protéger sa vie privée et son intimité sont au cœur de ce roman. Le style de vie a une grande influence sur la finesse des sentiments à peine dissimulés et sur les intuitions des personnages qui perçoivent la vérité sans qu’elle leur soit toujours révélée. La place des attitudes est essentielle dans ce livre. Les signes physiques de la honte, de la tristesse, de la joie ou de l’embarras sont largement décrits et interprétés et participent à nourrir les intrigues. Le défi est bien  de rester maître de ses paroles et de son visage.

 

M. de Némours subtilise sous ses yeux le portrait de Mme de Clèves que Mme la Dauphine avait fait réaliser. Cette disparition n’échappe pas à la cour, à son mari en particulier qui, sous le ton de la plaisanterie, pressent la vérité. Cet évènement plonge Mme de Clèves dans l’embarras et lui donne des remords. Assurée des sentiments de M. de Némours à son égard et soucieuse de rester sincère avec son mari, elle envisage de lui révéler ses sentiments. Au cours d’un exercice, M. de Némours perd une lettre qui lui aurait été adressée par une maîtresse. Mme la Dauphine se fourvoie sur la qualité de l’auteur qu’elle prend pour l’aimée de M. de Némours. Mme de Clèves ressent une jalousie profonde et douloureuse à la lecture de ce billet. Elle perd confiance en elle et, plongée dans l’aigreur, elle ne sait plus interpréter les signes que lui a donnés M. de Nemours. C’est alors qu’il se rend chez elle lui apprenant que cette lettre est en fait destinée à son oncle le Vidame de Chartres. Le passage sur la lettre du vidame est tout à fait représentatif de ce mélange des genres affectif et affairiste. Mme de Clèves retrouve calme et douceur. Passant d’un extrême à l’autre, elle se sent coupable et médite un aveu aussi cruel soit-il. A la campagne, M. et Mme de Clèves s’éloignent du tumulte de la cour. Là, avec la sincérité à laquelle son mari attache tant de prix, elle avoue courageusement son inclination en présence de Némours qui assiste, dissimulé, à cet entretien confidentiel et le rapporte au vidame de Chartres. Jaloux, M. de Clèves fait suivre M. de Némours qui observe Mme de Clèves tout en étant dissimulé et trouve les preuves de son amour pour lui. Il est littéralement transporté par cette expérience. Mais M. de Clèves en est informé. Il tombe gravement malade et meurt. La mort de son mari plonge Mme de Clèves dans une grande douleur mais avec le temps, elle avoue son amour à Nemours qui de son côté s’était entretenu avec le Vidame de Chartres sur son amour pour sa nièce. La déclaration de M. de Nemours est à la fois discrète et réservée. Mme de Clèves démontre une parfaite maîtrise d’elle-même.

 

 

Extrait : « Je vous avoue que vous m’avez inspiré des sentiments qui m’étaient inconnus devant que de vous avoir vu, et dont j’avais même si peu d’idée qu’ils me donnèrent d’abord une surprise qui augmentait encore le trouble qui les suit toujours. Je vous fais cet aveu avec moins de honte parce que je le fais dans un temps où je le puis faire sans crime et que vous avez vu que ma conduite n’a pas été réglée par mes sentiments. »

 

Mais elle le rend responsable de la mort de M. de Clèves et la raison l’emporte sur sa passion. Elle renonce à celui qu’elle aime, car elle ne peut supporter l’idée qu’un jour peut-être, il cessera de l’aimer. Elle choisit aussi de se retirer du monde, surmontant les restes de cette passion.

 

Il n'y a pas de description physique dans ce roman, rien sur les costumes en particulier. Tout le récit est axé sur une certaine vérité des sentiments et sur les émotions des personnages.  La finesse des analyses est dans ce domaine remarquable, le vocabulaire relatif à la psychologie amoureuse est très riche. La signification des termes employés est parfois éloignée du sens actuel et il peut être intéressant de se référer à un lexique romanesque. Ce n'est pas tant le caractère que les sentiments qui sont analysés.  Les personnages sont tous d'une beauté parfaite et  de nature exceptionnelle.  Ce qui les différencie c'est leur parcours amoureux et l'expression de leurs sentiments. J'ai été très touchée par  leurs troubles, leurs expressions et leur situation amoureuse, en particulier celle de M. de Clèves bien malheureux en amour et qui malgré ce triste destin reste fidèle à lui-même. Mais je ne peux m'empêcher de regretter le dénouement, si austère. La vertu et l'honneur ne sont pas les garants du bonheur. Le personnage de Mlle de Chartres attire vers elle l'admiration, le respect et l'amour de son entourage. Elevée à distance des moeurs dissolues de la cour, elle suscite des réactions passionnelles et elle en ressent aussi. Le roman décrit l'épanouissement de ses sentiments  amoureux, les nuances de son attachement. Peu à peu, elle découvre la passion. Elle est parfois lucide sur elle-même, lorsqu'elle épouse M. de Clèves notamment, consciente qu'elle risque de ne jamais l'aimer au delà de l'estime. Mais elle est complètement troublée par sa rencontre avec  le prestigieux M. de Nemours. Car c'est   un véritable coup de foudre, une fusion amoureuse platonique qu'elle découvre avec  lui.  Cette nouveauté l'expose d'abord à une certaine aliénation, elle  dénie ses émotions, se trompe sur elle-même, sur les autres et d'autres sentiments moins agréables viennent se greffer sur son inclination : elle est rongée par la douleur, l'aigreur et la jalousie. Par respect et souci de dignité elle repousse ses penchants et tente de mettre à distance ses sentiments déraisonnables mais elle ne peut maîtriser les effets dévastateurs de cet amour évident et surtout ceux de l'aveu de cette évidence qui causera chez elle un profond sentiment de culpabilité.  Son amour s'est épanoui dans la contrariété,  il s'appuie sur un interdit et elle recherche alors une voie plus spirituelle abandonnant M. de Némours à la détresse, à l'amour platonique éternel.

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Diane de Poitiers                                                             Henri II(  Dante Alighieri source wikimedia commons)

D'autres avis sur ce roman, celui de Pascal, qui  rappelle les propos du président sur ce roman et le défend, celui de  Schlabaya , l'avis de Georges, celui de  Bulle ,

 

Pour aller plus loin :

Claude Reichler, Thèmes d’histoire littéraire XVIe au XVIIé siècle. Université de Lausanne 

Georges Duby et Michelle Perrot (sous la direction de) : Histoire des Femmes

René Pillorget : « L’âge classique, 1661-1715 » dans Histoire de la France  sous la direction de Georges Duby, Larousse, 1988, p. 275-293.

Delumeau, Jean : « Renaissance et discordes religieuses, 1515-1589 » dans Histoire de la France  sous la direction de Georges Duby, Larousse, 1988, p. 231-252.

André Lagarde et Laurent Michard : « XVII è siècle les grands auteurs », p.355-367

 

Edition Larousse

 

Je participe au challenge Histoire organisé par jelydragon et au challenge demoiselles de Lettres organisé par Céline
challenge histoire-copie-1

demois10

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19 février 2011 6 19 /02 /février /2011 18:31

La-ballade-de-Lila-K.jpgRésumé de l'éditeur

La ballade de Lila K, c’est d’abord une voix : celle d’une jeune femme sensible et caustique, fragile et volontaire, qui raconte son histoire depuis le jour où des hommes en noir l’ont brutalement arrachée à sa mère, et conduite dans un Centre, mi-pensionnat mi-prison, où on l’a prise en charge.

Surdouée, asociale, polytraumatisée, Lila a tout oublié de sa vie antérieure. Elle n’a qu’une obsession : retrouver sa mère, et sa mémoire perdue.

Commence alors pour elle un chaotique apprentissage, au sein d’un univers étrangement décalé, où la sécurité semble désormais totalement assurée, mais où les livres n’ont plus droit de cité.

Au cours d’une enquête qui la mènera en marge de la légalité, Lila découvrira peu à peu son passé, et apprendra enfin ce qu’est devenue sa mère. Sa trajectoire croisera celle de nombreux personnages, parmi lesquels un maître érudit et provocateur, un éducateur aussi conventionnel que dévoué, une violoncelliste neurasthénique en mal d’enfant, une concierge vipérine, un jeune homme défiguré, un mystérieux bibliophile, un chat multicolore…

Roman d’initiation où le suspense se mêle à une troublante histoire d’amour, La ballade de Lila K est aussi un livre qui s’interroge sur les évolutions et possibles dérives de notre société.

 

En quelques mots

Lila est séparée de sa mère par des hommes en noir et envoyée dans un centre où elle est prise en charge et rééduquée, attachée puis nourrie au moyen d'une sonde, opérée, promenée dans un fauteuil roulant dans une grande cour survolée par des hélicoptères, mise sous calmant, massée malgré le dégoût qu'elle ressent au moindre contact. Elle  réapprend à marcher et à parler. Peu à peu, sa vie reprend cohérence. Elle entreprend de dormir sous son lit  pour retrouver ses sensations malgré les caméras qui la surveillent nuit et jour. Ses difficultés avérées de socialisation lui valent un régime spécial de cours particuliers. Lila est surdouée, asociale et polytraumatisée. M. Kaufmann, le thérapeute, la prend sous son aile. Il est joueur de violoncelle, gai, imprévisible et polyglotte et elle a avec lui des relations épanouissantes. A neuf ans, elle apprend des poèmes pour améliorer son expression. A la demande de la Commission qui porte un regard sur ses activités, M. Kaufmann lui impose des promenades le long d'un mur jouxtant la cour principale puis la présence de Fernand pour qu'elle cotoie d'autres personnes. Dans ce monde où les grammabook ont remplacé les livres papiers, elle découvre  grâce à lui des livres, des contes, des romans, des albums illustrés, des essais d'histoire et de sociologie, des poèmes en latin, un traité d'architecture. M. Kaufmann est finalement démis de ses fonctions par les membres de la Commission et par le Grand Conseil. Soupçonné de trafic de drogue et d'activités subversives, on l'accuse de falsifier les comptes et de détourner des sommes colossales. Placé en résidence surveillée, il décède d'une crise cardiaque non sans lui avoir offert, avant de partir une boussole, une écharpe et un dictionnaire qu'elle gardera précieusement.

Lila ne sait rien de sa mère est cela est intenable. Elle a appris par M. Kaufmann qui avait promis de l'aider dans sa quête, qu'elle a été déchue de ses droits maternels quelques semaines après son arrivée dans le Centre.

Fernand est désigné comme son nouveau tuteur. Il l'emmène déjeuner chez lui avec sa femme, ancienne pensionnaire du Centre et élève de M. Kaufmann. Elle se rend chez eux toutes les semaines et dépasse sa peur du trajet. Chez Lucienne et Fernand, elle se souvient du pâté pour chat que lui donnait sa mère. Elle en vole plusieurs boîtes qu'elle mange en cachette sous son lit. Lucienne attend un enfant. A l'annonce d'une atrophie des membres supérieurs du foetus, porteur du gène de la maladie d'Huntington non prise en charge par l'assurance, elle est sommée d'interrompre sa grossesse et elle se réfugie chez le docteur Vesalius, médecin, philanthrope, proxénète, producteur de spectacles et directeur de cirque, ami des monstres et des disgraciés. Elle accouche au siège de sa Fondation et demande le divorce.

Lila s'applique à devenir une fille normale. Elle met de son côté toutes les chances de sortir du Centre à sa majorité. Elle apprend à se tenir, à se coiffer, à chatier son langage, à imiter les autres en visionnant des films et des documentaires pour faire illusion en toutes circonstances et réussir l'examen d'aptitude. Son seul but est de retrouver sa mère. Elle découvre un message codé dans la couverture du dictionnaire que lui avait offert M. Kaufmann et le déchiffre peu à peu. En 2107, elle passe brillament l'examen de fin d'études et réussit les tests d'aptitude. Elle bénéficie d'un emploi réservé à la Grande Bibliothèque bien au dessous de ses capacités, en qualité de technicienne en numérisation des documents papiers et choisit au hasard son nom de famille en ouvrant le dictionnaire à la lettre K. Elle consulte son dossier sur lequel le nom de sa mère a été soigneusement caché et emménage dans un studio dans l'immeuble de Fernand, équipé d'un dispositif d'analyses des urines dont les résultats sont transmis au médecin référent. Placée en période probatoire pendant deux ans, elle est surveillée et évaluée constamment. Elle rencontre Justinien, le magasinier. Dans le moteur de recherche, elle entre les dates de son admission afin de découvrir le nom de sa mère. Avec Justinien, elle évoque la possibilité de sortir des réserves des documents clandestinement. C'est ainsi qu'elle découvre le nom de sa mère Moïra Steiner, jeune zonarde droguée et prostituée. Elle en apprend beaucoup sur son procés et sa condamnation, son incarcération à la Centrale de Chauvigny. Elle fait la connaissance de Milo Templeton, le directeur de la Grande bibliothèque qui découvre les documents clandestins au décés de Justinien mais qui ne dit rien et aide Lila en choisissant pour elle des documents se rapportant au quartier de la Zone, aux émeutes, au terrorisme, aux opérations de maintien de l'ordre. Lila sillonne la ville  et parvient à approcher la vie des autres en attendant son émancipation prononcée à l'aube de ses vingt ans. Elle se rend alors à la Zone pour approcher la prison et retrouver sa mère. Mais elle est décédée. Elle perd connaissance et se réveille à l'hôpital psychiatrique après avoir avalé un flacon entier d'anxiolytiques. Fernand raconte alors la maltraitance qu'enfant elle a subie, les fractures, les brulûres. A sa sortie de l'hôpital elle rencontre Milo clandestinement  dont elle tombe amoureuse et qui lui remet le dossier de sa mère.  Il résiste aux règles du Ministère qui a lancé contre lui un mandat pour entrave à l'action de la Justice.  Ce dossier contient des centaines de documents qu'elle consulte la nuit, nichée dans l'ombre de son placard. Elle découvre alors le destin de sa mère et l'histoire de son enfance.

 

Ce que j'en ai pensé

C'est un livre à la fois futuriste et réaliste dont l'action se déroule dans les années 2100. Il décrit une société sécuritaire où chacun est placé sous surveillance constante et contrôlé. L'action se déroule dans les différents quartiers d'une ville coupée en deux : Dans la Zone extra-muros, la misère sévit, la drogue et la délinquance font des ravages. Les gardes sont des automates et les subalternes des chimères. Les livres sont diabolisés et censurés. On ne peut les consulter qu'en portant des masques et des gants. C'est une histoire  troublante. La toile de fond est plutôt  noire. Il y a quelque chose d'effrayant dans la description de cette société  dure et froide, angoissante et deshumanisée sur laquelle on sait finalement peu de choses.  On la découvre en effet au travers de l'expérience de Lila et de sa mère, du suivi administratif des naissances, de l'organisation des soins et des rapports qu'entretiennent les tuteurs avec les instances de contrôle que sont la Commission et le Grand Conseil. Quelle vie pour Lila, recueillie dans le dénuement le plus complet et qui, après le placard où l'avait placée sa mère, est contrainte d'évoluer dans l'univers quasi-carcéral du Centre dans lequel elle a été placée toute jeune, puis à l'hôpital psychiatrique. Elle fait preuve de volonté, de courage et de détermination, elle trouve la force de faire semblant et de continuer.

Merci à Clara qui en a fait un livre voyageur.

livre voyageur

 

Extrait : "- Je veux sortir d'ici, ai-je répondu sans ouvrir les yeux.

- Tu penses que c'est raisonnable après ... après ce que tu as fait ?

- Je me suis déjà expliquée la dessus, mais on dirait que vous ne voulez rien entendre !

- Ce voyage insensé pour retrouver ta mère...

- Il y avait trop de questions sans réponse, Fernand. Je voulais savoir. N'importe qui comprendrait.

- Ce sera aux psychiatres d'en décider.

- La décision des psychiatres se fondera aussi sur les différents témoignages qu'ils recueilleront à mon sujet, c'est bien ça ?

- Exact.

- Vous étiez mon tuteur votre avis sera donc déterminant.

- Probablement.

J'ai rouvert les yeux.

-Qu'allez-vous leur dire Fernand ? Que je suis une folle ? C'est ce que vous pensez  vraiment ?

Il m'a jeté ce regard fiévreux, exalté, qui me mettait chaque fois si mal à l'aise.

-Tu ne veux pas rester ici n'est-ce pas ?

J'ai secoué la tête.

- Moi non plus je ne veux pas que tu restes ici. ce serait l'échec de tout ce que j'ai fait pour toi.

- Alors vous êtes prêt à témoigner en ma faveur ?

- Oui, Lila, à une condition : que tu ne retournes pas à la Bibliothèque."

 

Pour finir, je vous propose la citation suivante que je trouve pertinente  :

« Pour comprendre les affaires humaines (les pragmata), force est de s'exiler hors de l'empire des signes pour aborder au pauvre royaume de l'objet, "des machines inhumaines"» Régis Debray Histoire des 4 M Cahiers de médiologie n°6 p. 11 1998 

Source : wikipedia

A lire, l'avis beaucoup plus nuancé de Marie Javet qui établit un comparatif avec de nombreux autres romans d'anticipation.

 

Editions Stock, 2010, 394 p.

 

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 08:15

Nagasaki.jpgRésumé de l'éditeur

Tout commence par des disparitions, des déplacements d'objets. Shimura-san vit seul dans une maison silencieuse qui fait face aux chantiers navals de Nagasaki. Cet homme ordinaire rejoint chaque matin la station météorologique de la ville en maudissant le chant des cigales, déjeune seul et rentre tôt dans une retraite qui n'a pas d'odeur, sauf celle de l'ordre et de la mesure. Depuis quelque temps déjà, il répertorie scrupuleusement les niveaux et les quantités de nourriture stockée dans chaque placard de sa cuisine. Car dans ce monde contre lequel l'imprévu ne pouvait rien, un bouleversement s'est produit. «Comme je l'apprendrais plus tard lorsqu'un inspecteur me rappellerait, les agents avaient trouvé porte close chez moi. Aucune fenêtre ouverte, ce qui les avait étonnés. Après avoir forcé la serrure, ils avaient été plus intrigués encore de ne mettre la main sur personne à l'intérieur. Or tout était bien fermé. Croyant à une farce, ils avaient failli repartir tout de suite. L'auteur de cette plaisanterie l'aurait payé cher, monsieur Shimura, me ferait-il remarquer. Par acquit de conscience, toutefois, ils avaient fouillé chaque pièce. C'est dans la dernière, la chambre aux tatamis...»

 

En quelques mots

Shimura-san est un météorologue de 56 ans célibataire, domicilié à la lisière de Nagasaki. Un jour, en rentrant chez lui plus tôt que d'habitude, il s'aperçoit que quelqu'un s'est servi dans son frigo. Depuis plusieurs semaines, il remarque que des objets sont déplacés. Il n'en dort plus et décide d'installer une webcam chez lui avant de se rendre à son travail. Il entrevoit une femme qui traverse la pièce. Lorsqu'il rentre chez lui, la serrure n'a pas l'air fracturée. Il s'entretient avec Ota, sa voisine qui n'a rien remarqué d'anormal chez lui si ce n'est une silhouette féminine, le mois précédent. Le lendemain, lorsque l'ombre de la femme apparait sur l'écran de son ordinateur, il appelle la police. Elle est retrouvée pétrifiée, blottie dans la pénombre du placard à futons. La clandestine est une chômeuse de longue durée en fin de droits, qui vit chez lui à son insu depuis près d'un an. Au tribunal, elle risque trois ans ferme et 500.000 yens d'amende. Elle écope  finalement de cinq mois sans amende. Mais Shimura-san ne se sent plus chez lui et vend son appartement. Elle décide alors de lui écrire. On découvre ainsi les raisons de sa présence, comment elle est entrée et a vécu durant presqu'une année dans la clandestinité.

 

Ce roman est très court. Le style est sobre et concis. L'histoire est inspirée d'un fait divers japonais.  Elle traite de l'intrusion et de la dépossession de chez soi, du sentiment de violation, beaucoup plus fort dans ce roman que le préjudice réellement subi, du traumatisme qui en résulte. Ces deux êtres solitaires ne se rencontrent pas vraiment. Au procès, ils ne se regardent pas.  Pourtant, elle connait tout de lui, son régime alimentaire, ses habitudes, la marque de ses sous-vêtements et sans le vouloir, elle le perturbe profondément. C'est une histoire singulière. Le narrateur qui pendant presqu'un an ne s'est rendu compte de rien, change au cours du roman. Shimura-san cède la parole à la clandestine.

 

C'est un très bon moment de lecture, agréable et surprenant. Ce roman a reçu le grand prix du roman de l'Académie française et  figure dans la sélection du prix Wepler. Ce jury rendra son verdict le 22 novembre. 

 

Extrait : "Dans la cuisine, aussi, je devais redoubler d'attention jusqu'à tourner en bourrique. Le plus souvent pour manger, j'allais me servir dans les poubelles à l'arrière d'un libre-service du quartier, ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre, qui m'entretenait sans le savoir en jetant des produits à peine périmés. Les jours de pluie torrentielle, ou lorsque je ne me sentait pas bien, je puisais un peu dans les stocks de mon hôte, me contentant de riz ou de pâtes. Je ne prenais rien dont il aurait pu remarquer la présence. Presque rien. Exceptionnellement, je succombais à la tentation d'un yaourt ou d'un peu de jus de fruits. C'est tout. Avec le temps, j'ai fini par me ranger à ses goûts, par les apprécier même."

 

Editions Stock, 2010, 108 p.


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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 15:37

lettres-a-un-ami-allemmand.jpgRésumé de l'éditeur


Je ne déteste que les bourreaux. Tout lecteur qui voudra bien lire les Lettres à un ami allemand dans cette perspective, c'est-à-dire comme un document de la lutte contre la violence, admettra que je puisse dire maintenant que ne n'en renie pas un seul mot. Albert Camus (1948).

Les quatre Lettres à un ami allemand, écrites sous l'Occupation et destinées à des publications clandestines, expriment déjà la doctrine de La peste et de L'homme révolté. Elles se placent sous l'invocation de Senancour qui, en une formule saisissante, avait résumé la philosophie de la révolte : " L'homme est périssable. Il se peut ; mais périssons en résistant, et si le néant nous est réservé, ne faisons pas que ce soit une justice ! "

 

En quelques mots


Ce recueil épistolaire a été écrit par Albert Camus sous le pseudonyme de Louis Neuville pendant l'occupation et publié en France après la libération. Il contient quatre lettres, destinées à son ami allemand, ami car c'est à lui qu'il livre sa pensée. Albert Camus précise dans la préface à l'édition italienne qu'il ne s'adresse pas au peuple allemand mais aux nazis et que le "nous" qu'il emploie dans ces lettres désigne les Européens libres. Il définit ce recueil comme le document de la lutte contre la violence. Il défend d'excuser certains moyens utilisés en temps de guerre et affirme son amour de la justice. Il fait l'apologie du courage, celui auquel son peuple est contraint, le courage d'avancer vers la torture et vers la mort, de prendre sur soi-même pour ne pas ressembler aux nazis, de garder un certain recul sur la notion d'héroïsme, plus facile à atteindre que le bonheur, d'accepter de se battre, de voir mourir et de risquer de mourir. Il exprime les formes de son amour pour son pays et sa lutte pour les nuances. L'homme est la "force de l'évidence qui balance les tyrans et les dieux". Son destin et celui de son pays sont liés l'un à l'autre. Il parle de l'Europe comme un espoir et non une propriété, une "terre de l'esprit," une aventure commune, une terre magnifique faite de peine et d'histoire. Il défend l'activité intellectuelle et lance un appel à l'intelligence, celle qui "donne son accord au courage" et rentre dans l'histoire.A l'heure de la défaite allemande, il parle du sens de ce monde, de l'espoir et des hommes, capables de créer du bonheur "pour protester contre l'univers du malheur", de retrouver leur solidarité pour"entrer en lutte contre leur destin révoltant.

 

Ce recueil est un condensé de la pensée de Camus, très riche et complet bien que court. On ressent beaucoup d'émotions à la lecture de ces quatre lettres splendides.

 

Editions Gallimard, 1948, 78 p.

 

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14 octobre 2010 4 14 /10 /octobre /2010 10:20

la-dame-pale-copie-1.jpgRésumé de l'éditeur

Au coeur des Carpathes dans le sombre château de Brankovan, les princes Grégoriska et Kostaki s'affrontent pour conquérir la belle Hedwige. Or, Kostaki est un vampire qui revient chaque nuit assouvir sa soif de sang auprès de la jeune femme devenue l'objet d'une lutte sans merci entre les deux frères.

 

En quelques mots

 La dame pâle est un conte fantastique écrit  par Alexandre Dumas en 1849 et extrait des Mille et un fantômes.

Hedwige est polonaise. Elle est née à Sandomir. Lorsqu'en 1825 la Russie et la Pologne entrent en guerre, son père lui ordonne de se réfugier dans le monastère de Sahastru, situé au milieu des monts Carpathes. Après dix jours de marche, son guide est frappé à mort par une balle. Une trentaine de bandits entourent  l'expédition, vétus de peau de mouton. Ils portent de longs fusils turcs et des sabres et poussent des cris sauvages. Leur chef, Kostaki est un homme de vingt deux ans au teint pâle et aux cheveux noirs. Au moment où Hedwige pense sa dernière heure arrivée, Grégoriska, le demi-frère aîné de Kostaki, ordonne de cesser le combat. Hedwige est conduite dans la plus belle chambre d'un château moldave du XVIIème siècle, le château de Brankovan. Smérande, la mère des deux garçons est la dernière princesse de ce nom. Après son divorce, son amant , le père de son second fils, avait été assassiné, et une étrange malediction pèse sur sa famille. Les deux frères sont amoureux d'Hedwige qui n'aime que Grégoriska. Mais un soir le corps de Kostaki est ramené mort. Au cours de la cérémonie, les yeux du cadavre s'ouvrent et s'attachent sur Hedwige. Après l'enterrement, comme chaque soir à la même heure,  elle est prise d'une terreur frissonante...

 

Je ne suis pas particulièrement passionnée par les histoires de vampires et pourtant je dois reconnaître que ce petit livre  romantique se lit très bien. La description des lieux et des paysages est captivante et la rivalité fraternelle est une trame efficace. C'est une lecture facile et agréable, un peu courte cependant.

 

Editions Gallimard, 2006, 102 p.

 

C'est un livre voyageur  

livre voyageur

 

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13 octobre 2010 3 13 /10 /octobre /2010 09:14

La-mort-d-olivier-becaille.jpg

Résumé de l'éditeur

«C'est un samedi, à six heures du matin, que je suis mort après trois jours de maladie.»

Mais est-ce vraiment la mort, ce singulier état de torpeur, cette chair frappée d'immobilité tandis que l'intelligence fonctionne toujours ? Olivier Bécaille semble bien en faire l'expérience : son corps ne lui obéit plus mais sa conscience continue de percevoir, quoique de façon assourdie, les faits et gestes de son entourage. Puis soudain, c'est la panique... Et si on l'enterrait vivant ?

Quatre nouvelles, tour à tour graves ou satiriques, révèlent un Zola inattendu. Pour notre plus grand plaisir...

 

En quelques mots

Olivier Bécaille meurt un samedi à six heures du matin. Il entend sa femme Marguerite déclarer sa mort, à demi conscient, paralysé. Cette idée de la mort l'avait longtemps hanté. Il était chétif et souvent malade. Mariés à Guérande alors que Marguerite était encore enfant et avait été donnée sans attendre pour débarrasser ses parents, ils s'étaient rendus à Paris par la suite. Olivier craignait aujourd'hui qu'elle soit perdue, ignorante de tout. Il raisonne et espère se réveiller bientôt. La voisine, Mme Gabin, alertée par ses pleurs, tente de la consoler. Il assiste , impuissant, à ses moindres actions. Le fils de Mme Gabin le croit mort également. Mme Gabin rappelle les formalités d'usage à Marguerite, appelle un voisin, Monsieur Simoneau qui accepte de se charger de tout, de passer à la mairie et de commander le convoi. L'angoisse d'Olivier monte alors et il espère que le médecin se rendra compte qu'il est en simple léthargie. Mais ce dernier se limite aux formalités d'usage et laisse Olivier dans un profond désarroi. M. Simoneau et Mme Gabin éloignent Marguerite et bientôt, il est placé dans la bière et emmené jusqu'à l'église, puis dans un lieu désert, sous des arbres. Il est descendu , des cordes frottent comme des archers contre les angles du cercueil. Il s'évanouit puis sort brusquement de sa syncope. Il crie mais il est enfermé, écrasé sous la terre. Il parvient à se dégager et à rouler dans la fosse voisine, nouvellement ouverte. Pour ne pas effrayer le gardien, il décide de rentrer seul chez lui mais sur la route, il s'évanouit et demeure trois semaines sans connaissance, recueilli par un vieux docteur. Lorsqu'enfin il retourne chez lui, Marguerite n'y est plus et ses noces sont prévues. Olivier ne vaut même plus la peine qu'on se souvienne de son nom.

 

Ce texte est magistral. La montée de l'angoisse d'Olivier en particulier est remarquablement décrite. On se met très aisément dans la peau d'Olivier ce qui est à la fois dérangeant et totalement palpitant. Le texte est admirablement écrit. Le style de Zola est incomparable. Naturaliste, il dépeint toute la mécanique psychologique à l'oeuvre. Le texte est raconté à la première personne ce qui ne laisse aucun doute au lecteur sur l'être du narrateur. L'histoire se passe à Paris rue Dauphine, dans un hôtel meublé.  Elle est racontée des années plus tard, laissant au narrateur le temps de l'encaisser. Par un déterminisme sans faille, le  héros est entrainé par "le fatalisme de sa chair". Il est de faible constitution  et de nature anxieuse, mélancolique et sombre. Il a conscience de son état, de ce qu'il est et il expérimente la mort qui lui a toujours fait peur.  Il est aussi jaloux de M. Simoneau que la nature a gâté davantage. Marguerite est encore une enfant, effarouchable et soumise, tendre et douce. On lui prête volontiers un avenir. La scène de la mise en bière est vue de l'intérieur. Tous les sens d'Olivier sont en éveil. Sans pouvoir agir il a une conscience aigüe de son environnement. Il fait un rêve prémonitoire et rassemble ses forces. Le texte contient de nombreux indicateurs de temps. Dans la dernière partie du texte, les ellipses permettent d'accélérer le rythme de la narration très ramassé jusqu'alors. J'ai beaucoup aimé ce récit que je vous recommande.

 

Nantas

Nantas est une nouvelle réaliste publiée en 1878 et composée de 5 chapitres.
Depuis son arrivée de Marseille, Nantas vit à Paris, rue de Lille. Fils de maçon, instruit jusqu'au bac puis négociant avant de s'occuper de son père impotent, il est sans situation malgré tous ses efforts, des mois de recherche et d'humiliation. A cours d'argent et sans ami pour le dépanner, il est gagné par l'amertume et envisage de se suicider. Il reçoit alors la visite d'une dame de quarante cinq ans, Mademoiselle Chuin qui lui propose  un marché, le mariage avec une jeune fille très belle et très riche. Cette alliance lui permettra d'arriver à la situation la plus haute et de réaliser ses ambitions. La jeune fille est enceinte d'un homme déjà marié. Il accepte d'épouser Mademoiselle Flavie, fille du baron Danvilliers. Mlle Chuin lui remet un billet de 500 francs comme avance des premiers frais. Peu de temps après, il est reçu par le baron qui ignore sa véritable identité et apprend que Mlle Flavie a hérité à la mort de sa mère d'une somme de 200.000 francs qu'elle ne devait toucher que le jour de son mariage. Cette dot, il l'a lui donne, sa fille ne pouvant épouser un homme moins riche qu'elle. Il rencontre alors Mlle Flavie, belle et orgueilleuse qui lui demande d'abandonner ses droits sur elle, de mener une vie totalement distincte, dans l'absolue liberté. Dix ans plus tard, Nantas a conquis une des plus hautes situations financières et industrielles. L'empereur lui offre même le portefeuille des finances.  Mais son amour pour Flavie le submerge. Elle est devenue au fil des années l'unique but de toutes ses pensées. Elle le rejette alors qu'il est au sommet de la gloire, ce qu'il ne supporte pas. Dans un accès de violence il prend son père à témoin de l'infidélité de sa femme. Elle avoue alors la vérité sur son mariage. Nantas recourt aux services de Mlle Chuin à qui il demande de le tenir informé des moindres actions de sa femme. Mlle Chuin choisit de servir à la fois le mari et l'amant qu'elle accepte de cacher dans la chambre de Flavie. Découvrant sa présence et privé de l'amour de sa femme, Nantas envisage de se tuer. Au moment où il va appuyer sur le canon, Flavie entre violemment dans la pièce et lui crie son amour.

 

L'innondation

Louis Roubieu est né près de Toulouse, à Saint-Jory. Il est le plus riche fermier de la commune, entouré de son frère cadet Pierre, de sa soeur Agathe, de son fils jacques, de sa femme Rose et de leurs trois filles, Aimée, Véronique et Marie. La première est mariée à Cyprien Bouisson, la seconde doit épouser Gaspard Rabuteau. Il ont une vie professionnelle et de famille très heureuse jusqu'au jour où la Garonne sort de son lit. Des vagues roulantes cassent les peupliers, engloutissent les cabanes et détèlent les charrettes.  L'eau monte avec une rapidité effrayante et ils se réfugient chez eux. Le sauvetage du bétail est impossible et leurs servantes meurent en tentant de sauver leurs économies. Ils montent sur le toit et envisagent de rejoindre l'église. Cyprien, sa femme et leurs enfants traversent les toits des maisons voisines mais l'une d'entre elle s'écroule et Cyprien disparait, coincé entre les poutres. Rejoint par le reste de la famille, il meurt dans une lente agonie. Le fleuve charrie les poutres et les toitures. Une épave aborde le toit et ils embarquent utilisant des perches en guise de rames. En rejoignant Aimée qui est isolée et perchée sur un autre toit, Jacques a la tête fracassée par le heurt d'une poutre. La nuit tombe. A bout de force Pierre se laisse mourir en se précipitant dans la Garonne. Gaspard entreprend de porter Véronique jusqu'à l'église. Tous disparaissent sauf Louis qui se souvient des jours heureux et prospères.

 

En juin 1875, de terribles crues de la Garonne dévastaient tout sur leur passage. Les eaux atteindront 9m 47 à Toulouse. Cette catastrophe a probablement inspiré Émile Zola. Cette nouvelle relate le combat inégal des hommes contre les forces de la nature, le destin tragique d'une famille de paysans brisée en une nuit apocalyptique.

 

inondations_p.jpg

 

Les coquillages de M. Chabre.

A son grand regret, M. Chabre n'a pas d'enfant. A quarante cinq ans, c'est un riche bourgeois, marié à Estelle, âgée de vingt deux ans.Son médecin lui recommande de manger des coquillages. Ils se rendent ensemble au Poulighen, près de saint Nazaire et couchent à Guérande. En se promenant, ils rencontrent Hector qui leur conseille de se rendre à Priac. Estelle s'y baigne et retrouve dans l'eau Hector de Plougastel. Sur place, M. Chabre se bourre de coquillage. Hector leur rend visite tous les jours et devient le grand ami de M. Chabre qui lui confie le motif de son voyage. Estelle retrouve Hector à la messe le dimanche puis va voir les bateaux de sardines. Ensemble ils vont pêcher les crevettes un jour de grande marée. Hector trouve Estelle charmante. M. Chabre, parisien et anxieux ne pense qu'à rentrer. Il gêne Hector qui se promet de faire une déclaration à Estelle. La prenant sur son dos lors d'un passage difficile, il attrape ses mains et les couvre de baisers. Puis, envoyant M. Chabre dans la mauvaise direction en pleine marée montante, il déclare son amour à Estelle. Il propose par la suite une nouvelle promenade. M. Chabre, peu assuré, préfère les abandonner aux premières difficultés de la marche et les suivre sur la crête de la falaise. Comme l'avait prévu Hector, ils ne peuvent échapper à la marée croissante et se trouvent tous les deux pris dans la Grotte à Madame, ayant pour deux heures à attendre. Hector prévient M. Chabre sur la crête puis prend la main d'Estelle...Neuf mois plus tard, à Paris, Estelle accouche d'un garçon, miracle que M. Chabre a tôt fait d'attribuer aux arapèdes.

 

Cette nouvelle courte et très facile à lire est extrêmement drôle. Les situations sont cocasses et les jeux de mots innombrables. La description de Guérande et de ses environs est tout à fait remarquable.

 

Editions Librio, 1994, 128 p.

 

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12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 09:08

la-carte-et-le-territoire.jpgRésumé de l'éditeur

Si Jed Martin, le personnage principal de ce roman, devait vous en raconter l'histoire, il commencerait peut-être par vous parler d'une panne de chauffe-eau, un certain 15 décembre. Ou de son père, architecte connu et engagé, avec qui il passa seul de nombreux réveillons de Noël. Il évoquerait certainement Olga, une très jolie Russe rencontrée au début de sa carrière, lors d'une première exposition de son travail photographique à partir des cartes routières Michelin. C'était avant que le succès mondial n'arrive avec la série des "métiers", ces portraits de personnalités de tous milieux (dont l'écrivain Michel Houellebecq), saisis dans l'exercice de leur profession. Il devrait dire aussi comment il aida le commissaire Jasselin à élucider une atroce affaire criminelle, dont la terrifiante mise en scène marqua durablement les équipes de police. Sur la fin de sa vie il accédera à une certaine sérénité, et n'émettra plus que des murmures.

L'art, l'argent, l'amour, le rapport au père, la mort et le travail, la France devenue un paradis touristique sont quelques-uns des thèmes de ce roman résolument classique et ouvertement moderne.

 

En quelques mots

Jed Martin est un artiste peintre. Il vit à Paris dans un atelier dont le chauffe-eau tombe régulièrement en panne et passe comme chaque année le réveillon de Noël avec son père à la cité des cigales au Raincy. Un an plus tard, son père, malade, s'installe dans une maison de retraite à Boulogne. Jed Martin prépare un catalogue et envisage de solliciter les talents de Michel Houellebecq pour en écrire le texte. Il est en train de peindre "Damien Hirst et Jeff Koons se partagent le marché de l'art" mais il est insatisfait de son tableau qu'il finit par détruire.

Le personnage de Jed Martin est assez bien campé. C'est un artiste solitaire. Jed a commencé à peindre très jeune. Enfant, il dessinait des fleurs. Jean-Pierre Martin, son père, était veuf et l'avait élevé seul. PDG d'une entreprise de construction spécialisée dans la réalisation de stations balnéaires, il avait gagné beaucoup d'argent. Le père de son père avait été photographe. Anne, sa mère était issue d'une famille de la petite bourgeoisie juive et s'était suicidée alors que Jed avait sept ans. Jed était entré en pension au collège de Rumilly dans l'Oise, tenu par des jésuites, puis il avait présenté un dossier photo pour son entrée aux Beaux-Arts. Il s'était lancé dans la photographie d'objets puis dans celle de cartes routières.

C'est un personnage sans enthousiasme ni émotion comme le dit très bien Yspaddaden. Celles qu'il ressent méritent d'être soulignées. Il rencontre Olga Shermoyova travaillant au service communication chez Michelin dont il devient l'amant et qui organise sa première exposition. Il recueille les avis élogieux des critiques dans la presse mais Michelin qui souhaite augmenter sa présence en Russie, propose à Olga de s'y installer et Jed met fin à cette série d'oeuvres. Après plusieurs semaines, Franz Teller, galeriste, propose à Jed d'exposer ses tableaux quelles qu'ils soient. Jed se remet alors à la peinture et choisit de peindre des professions. Il commence par des métiers sinistrés (boucher chevalin, gérant de bar tabac). Il peint quarante-deux professions type pendant sept ans puis, en moins de dix-huit mois, une série de compositions d'entreprises visant à donner une image du fonctionnement de l'économie.

L'histoire qui est une succession d'allers retours dans le passé et le futur, nous ramène à ce fameux soir du 25 décembre. Jed sollicite les services de Houellebecq installé en Irlande et lui demande de participer au catalogue de sa future exposition. Il demande à Begbeider qu'il avait rencontré par l'intermédiaire d'Olga, d'intercéder en sa faveur auprès de l'écrivain. Jed se rend en Irlande chez Houellebecq et lui présente ses travaux. Il obtient son accord et décide de faire son portrait. Il retourne sur place quelques jours plus tard pour prendre des photos de l'écrivain. Le vernissage est un véritable succès auprès des plus grosses fortunes mondiales et ses tableaux se vendent à des prix exorbitants.

Le rapport au père est décrit tout au long du roman, ce qui permet de mettre son oeuvre en perspective. A l'occasion du réveillon, il l'invite chez lui, ils parlent de sa mère et de la vocation d'architecte de son père et des penseurs qui l'ont influencé dans son travail. Les rapports sont tendres et fidèles même si la communication n'est pas toujours facile. Jed revoit Olga lors d'une soirée réunissant toutes les stars de la télévision française et rapporte son portrait à Houellebecq dans sa maison du Loiret.

La troisième partie du livre est une enquête policière sur le meurtre de Houellebecq assassiné à son domicile dans d'atroces conditions. L'auteur imagine son propre enterrement, au cimetière Montparnasse et Jed aide le commissaire Jasselin à résoudre l'affaire.

Houellebecq se met lui-même en scène dans ce roman. C'est probablement l'aspect le plus original du livre. Il dresse un portrait particulier, à la fois flatteur et dégradé. Les évènements du roman s'inscrivent dans une réalité tout autant concrète que fictive. Il présente des personnages réels, choisis parmi les plus médiatiques (Frédéric Beigbeder, Jean-Pierre Pernault, Julien Lepers) et leur invente une histoire. Il opère des renvois dans le passé puis dans le futur et crée des repères différents. La carte et le territoire reflète l'image d'un cheminement d'artiste. C'est une réflexion sur les objets et la fonction de l'art, un témoignage  intéressant sur les relations entre artistes d'une part et entre disciplines artistiques d'autre part. C'est aussi une réflexion sur notre société et son évolution. J'ai apprécié le style de l'auteur que je ne connaissais pas. Je l'ai trouvé fluide et efficace, sobre et sincère, à la fois libre et moderne.

Ce roman, l'un des titres de la rentrée littéraire 2010, a reçu le Prix Goncourt. Je remercie Rémi de Price Minister qui me l'a fait parvenir.

 

Editions Flammarion, 2010, 450 p.

 


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Published by Bénédicte - dans Littérature française
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