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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 22:10

les grandes viesRésumé de l'éditeur      


 

Grand manipulateur, figure trouble, Joseph Fouché (1759-1820) fut l'un des individus les plus riches et les plus mystérieux de son époque. Homme puissant aux multiples visages, il sert tour à tour une idéologie puis son contraire. face à ce parcours obscur, c'est toute une réflexion sur l'essence de la politique qui se dessine. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En quelques mots .

Fouché est une biographie de Stefan Zweig, parue en 1930. Sans être un document historique, - on sait avec quelle suspicion l'Histoire regarde ce genre - elle se situe au carrefour de l'Histoire, de la littérature, de la psychologie. Remarquablement documentée, cette biographie rend compte du personnage de Fouché de manière érudite et globale. On sent dans ce texte l'influence de la psychanalyse. C'est un texte rigoureux, sophistiqué et  dont l'écriture  efficace nous entraîne à la découverte de ce personnage froid et sans passion, multi millionnaire, amoral et redoutable.


 


 

 

A 20 ans, Joseph Fouché né à Nantes le 31 mai 1759, porte l'habit écclésiastique et la tonsure. Il partage la vie monacale des Oratoriens mais ne prononce pas de voeux. Il enseigne et apprend la technique du silence, l'art de la dissimulation, la maîtrise dans l'observation et la connaissance des âmes, la discipline et la domination de soi-même, ces instruments psychologiques qui seront caractéristiques de son comportement par la suite. A partir de 1778, il s'interesse aux grands débats sur les droits de l'Homme et aux sciences. Il entre en relation avec les milieux intellectuels et rencontre Maximilien de Robespierre, avocat ambitieux. Il quitte la soutane et fait des discours politiques ; il devient président des "Amis de la Constitution" à Nantes. Il épouse la fille d'un riche marchand et se présente aux élections à la Convention. En 1792, il est élu député. Il a 33 ans.





   

 

Stefan Zweig analyse les forces politiques en présence. Après la conquête de la Constitution, les bourgeois défendent les résultats acquis derrière Condorcet, Roland et les Girondins modérés, représentants des intellectuels et de la classe moyenne. Ceux de la "Montagne" veulent pousser plus loin la vague révolutionnaire,  renverser l'argent et la divinité derrière Marat, Danton et Robespierre, chefs du prolétariat.    Joseph Fouché prend parti auprès des Girondins modérés. Il refuse tout pouvoir public et acquiert dans l'ombre l'intelligence des choses et de l'influence sur les évenements. Le 16 janvier 1793, la Convention se prononce sur la vie ou la mort de Louis XVI. Sous l'influence de la pression des émeutes populaires, Fouché vote la mort. Puis il fait volte face. Se plaçant toujours du côté du vainqueur, il se rallie aux révolutionnaires et, au mépris des hommes, dépose de violentes motions contre les émigrés et les prêtres. La Convention, pour accélérer le rythme de la Révolution en province, choisit en son sein vingt députés chargés de représenter sa volonté. Fouché établit un programme socialiste révolutionnaire et lutte dans le département de la Loire inférieure contre les plus fortes puissances de la France, la propriété privée et l'Eglise.  Il supprime le célibat, ordonne aux prêtres de se marier ou d'adopter un enfant, il prononce des sermons athées et abolit les cérémonies chrétiennes des enterrements. Il introduit le baptême civil. Il envoie à Paris le produit de ses pillages d'églises.


       

A ce moment, la révolte de Lyon exige un homme résolu. Dans cette capitale industrielle de la France, le contraste social est tranchant. Les ouvriers forment une masse prolétarienne opposée à l'esprit royaliste et capitaliste des industriels. Chalier qui représente les Jacobins, la masse des ouvriers et des sans-travail, est exécuté de la manière la plus cruelle. Une proposition de la Convention vise à détruire la ville pour donner aux autres un avertissement. Couthon, partisan de la clémence est remplacé par Callot d'Herbois et Joseph Fouché qui n'a sur la conscience aucune exécution politique.  A Lyon, il pratique en série le massacre  par la mitraille par peur de déplaire comme modéré. Chalier est honoré comme un martyr de la liberté dont le supplice doit être vengé. Joseph Fouché organise une cérémonie blasphématoire. Un tribunal révolutionnaire est crée. Après les massacres, les cadavres précipités dans le Rhône sont un témoignage de l'implacable vengeance républicaine. Il procède à six cents exécutions en quelques semaines. Les familles habitant les maisons destinées à la destruction sont expulsées. Les plus beaux palais sont détruits, les maisons sont rançonnées, les prisons sont vidées par des exécutions. Puis pour rester du côté de la majorité, il ordonne d'arrêter les mitraillades.

 

A Paris, Robespierre ne lui pardonne pas d'avoir supplanté son homme de confiance, Couthon. Le 8 avril 1794  Fouché se rend à la Convention. Robespierre s'est débarrassé d'une centaine de ses adversaires de droite et plus personne n'ose s'élever contre sa volonté sauf Joseph Fouché qui justifie sa conduite à Lyon. Toutes les autorités sont soumises à Robespierre, l'armée, la police, le tribunal, les comités, la Convention, les Jacobins.  Joseph Fouché est quant à lui élu président du Club des Jacobins, à la surprise générale et surtout de Robespierre qui fera tout pour l'en chasser. Exclu et menacé de guillotine, il conspire dans l'ombre. Obligé de se cacher, il est éloigné de sa femme et de sa fille qui meurt alors. Robespierre est finalement mis hors la loi et conduit en prison avant d'être guillotiné. Les exécutions sont devenues impopulaires et Fouché reste fidèle à la gauche. Trop prudent pour tenir dans les faubourgs des discours révolutionnaires et enflammés, il se cache derrière François Babeuf, qu'il encourage à exciter le peuple.  Mais ce dernier est arrêté et fusillé. Joseph Fouché est accusé de terrorisme. Il parvient à sauver sa vie au cours d'une riposte.

 

Exilé pendant trois ans, il vit dans la misère. Il est espion pour le compte de Barras, puis devient l'intime des banquiers républicains. Barras est devenu le maître absolu du Conseil des cinq et du Directoire renouvelé. Fouché est envoyé en Italie puis dans la République Batave afin d'y mener des négociations secrètes. En 1799, il est nommé Ministre de la Police. Il combat l'anarchie, restreint la liberté de la presse. Il parvient à contrôler la rue, les autres ministres, le Directoire, les généraux, toute la politique. Il aide la femme de Bonaparte, Joséphine Beauharnais qui l'informe en retour des manoeuvres de son époux. Silencieux lors de la conspiration de Bonaparte, il devient son parfait serviteur. Il rétablit dans le pays une paix complète et évince Barras. Après l'attentat perpétré contre lui le 24 décembre 1880, Bonaparte lui reproche tous les assassinats des Jacobins et reste sourd à toute intervention de Joséphine en faveur de Fouché. Lorsque Bonaparte est choisi pour souverain à vie, la famille Bonaparte souhaite évincer Fouché dont la fonction est supprimée.


 

 

En 1802, il se retire à Ferrières et étend ses biens fonciers. En 1804, il est rappelé auprès de Bonaparte qui souhaite devenir empereur. Le climat entre eux n'est pas amical. Fouché connait tout de l'empereur, contrôle sa fortune particulière, ce qui lui confère une puissance unique. Une resistance secrète contre la passion meurtrière et le manque de mesure de Napoléon rapproche Fouché et Talleyrand, rivaux jusqu'alors. Lorsque Napoléon entre en lutte avec l'Espagne en 1808, les deux ministres désapprouvent cette guerre publiquement. Talleyrand est alors destitué de sa dignité de chambellan. Mais Fouché reste. Pendant la guerre contre l'Autriche en 1809, il repousse les anglais dans l'île de Walcheren et mobilise les hommes au nom de l'empereur qui ne sait rien de toutes ces mesures. Il nomme Bernadotte commandant en chef de l'armée qu'il improvise ainsi. Le 15 aôut 1809, Napoléon l'anoblit et l'autorise à s'appeler le duc d'Otrante.

 

 

L'Angleterre est l'ennemi héréditaire de la France. Napoléon rompt les négociations de paix ouvertes par la voie de la Hollande ce qui ne convient pas à Fouché qui poursuit les négociations dans l'ombre au nom de l'empereur. Il est alors renvoyé et remplacé par Savary. Avant de partir, il saccage les archives puis envisage de rejoindre son poste d'ambassadeur à Rome. Mais il est congédié et banni et reste trois ans sans emploi.

 

  L'empereur est au sommet de sa puissance et prépare la guerre contre la Russie. Fouché perd sa femme tant aimée. Pendant la campagne, l'empereur cherche à éloigner Fouché de Paris et lui confie l'administration des territoires occupés en Prusse. Il perd l'Illyrie, cet Etat sans unité et se rend à Naples puis retourne en France. Le roi Louis XVIII le sollicite en vain et il est arreté comme suspect parce qu'il refuse de devenir ministre du roi. Il échappe aux policiers juste avant le retour de l'empereur.

 

 

Le 19 mars 1815, Napoléon revenu de l'île d'Elbe fait fuir le roi. Fouché redevient ministre de la Police. Autour de Napoléon le vide se fait. Durant la période des Cent Jours qui séparent le rétablissement de la chute de l'Empire, Fouché domine les évenements. Après la défaite de Waterloo, il se rapproche du duc de Wellington. L'empereur réclame la dictature. La Fayette poussé par Fouché demande l'abdication de Napoléon. Fouché propose alors d'élire un gouvernement provisoire dont il est le président. A 56 ans, il est au sommet de la puissance. Il négocie le retour au pouvoir de Louis XVIII qui consent à le prendre comme ministre dans le nouveau gouvernement royal. Le 28 juillet 1815, le roi Louis XVIII rentre à Paris. Les royalistes exigent de proscrire tous ceux qui pendant les Cent jours ont suivi Napoléon. A contre coeur, Fouché établit une liste de noms dont Carnot, le Maréchal Ney, les camarades de Fouché au gouvernement provisoire qu'il envoie à la mort ou en exil. Il épouse religieusement une comtesse de Castellane. Mais la duchesse d'Angoulême, fille de Louis XVI et de Marie Antoinette ne peut pardonner ces années de souffrance. Fouché, meurtier de son père est renvoyé et nommé ambassadeur à la cour de Dresde. La haine de tous les partis finit par se porter sur lui. Il se réfugie à Linz puis à Trieste. Avant de mourir en paix, il détruit tous les papiers compromettant qui auraient pu mettre ses anciens ennemis en danger et meurt  le 26 décembre 1820.



 

Outre le rappel des évènements historiques et des mouvements sociaux et politiques qui déterminent l'action de Joseph Fouché, Stefan Zweig fait un portrait psychologique de ce personnage à sang froid, intrigant inné, dieu des métamorphoses, traître consommé se plaçant toujours du côté du vainqueur, cynique audacieux et souvent dissimulé au sein des évènements, à l'intérieur des partis.

 

C'est un texte fulgurant. Les accélérations dans le récit lui confère une facilité de lecture extrêmement agréable et efficace. Zweig ponctue son texte d'exclamations, d'interrogations qui passionnent le récit et le rendent passionnant. Il n'y a aucune longueur. C'est un texte léger et très vivant, qui transporte le lecteur sans jamais le perdre dans cette période trouble de l'après-Révolution, de manière riche et précise. Cette biographie est très instructive sans jamais être ennuyeuse. Elle ne s'appesantit pas.


 



E

ditions



 

Grasset, 

    2009,

1242 p. 


 

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25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 10:12

le-voyage-dans-le-passe.jpg

Résumé de l'éditeur

Louis, un jeune homme pauvre mû par une « volonté fanatique », tombe amoureux de la femme de son riche bienfaiteur, mais il doit partir au Mexique pour une mission de confiance. La grande guerre éclate. Les retrouvailles du couple n’auront finalement lieu que neuf ans plus tard. Leur amour aura-t-il résisté ?

Dans ce texte bouleversant, resté inédit en français jusqu’en 2008, on retrouve le savoir-faire unique de Zweig, son génie de la psychologie, son art de suggérer par un geste, un regard, les tourments intérieurs, les abîmes de l’inconscient.

 

En quelques mots

Cette nouvelle qui commence par le fin interroge le lecteur sur l'amour et le temps. A la gare de Francfort, Louis retrouve la femme qu'il aime ; il ne l'a pas revue depuis plus de neuf ans, et ensemble, ils se rendent par l'express du soir à Heidelberg, en souvenir d'une promesse qu'ils s'étaient faite avant de se quitter. Mais tant de choses ont changé...
A 23 ans, Louis avait été élevé dans la pauvreté. Docteur en chimie et très ambitieux, il était devenu secrétaire particulier du Conseiller G., directeur de la grande usine de Francfort, emménageant dans sa luxueuse villa. Il y avait rencontré sa femme, douce sereine et apaisante qui avait su le mettre à l'aise. Discrète, attentionnée et prévenante, il l'avait aimée dès leur première rencontre.
Le Conseiller, conscient de son ambition et de ses potentialités,  lui avait proposé une mission au Mexique et l'assurance de trouver à son retour un poste de direction dans l'entreprise. Accepter cet emploi signifiait aussi quitter cette maison et la quitter, elle dont il était fou amoureux. A l'annonce de son départ, ils étaient tombés dans les bras l'un de l'autre et elle avait promis de se donner à lui à son retour. Au Mexique, il s'était étourdi de travail et lui avait écrit chaque jour à une adresse convenue. Il connaissait ses lettres par cœur et organisait,  en son honneur, des réjouissances dans l'entreprise. A la date prévue de son retour, il avait appris que l'Europe était en guerre. Il lui avait été impossible de rentrer. Sans nouvelle d'elle, il avait épousé la fille d'un négociant allemand. A la fin de la guerre et après la mort de son mari, il s'était rendu chez elle, lui demandant si elle se souvenait de sa promesse et lui avait proposé de prendre le train pour Heidelberg. Fuyant la chambre d’hôtel hideuse qui rendent décevantes ces retrouvailles tant désirées, ils sortent prendre l'air telles deux ombres cherchant leur passé.
 
Parue en 1929, cette nouvelle est restée inédite en France jusqu'en 2008. Stefan Zweig  manie dans cette nouvelle l'art de la description avec toujours autant de génie. C'est  un bonheur de le lire. Les phrases sont magnifiques et l'intrigue subtile. Les personnages sont touchants. Elle, est d'une grande douceur, d'une grande féminité. Louis, fier, énergique et ambitieux est aussi débordé par son sentiment amoureux dont il ne peut faire le deuil avec l'âge.

 

Editions Grasset, 2008, 177 p.

 

C'est un livre voyageur  

livre voyageur

 

 

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27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 17:56

Le-monde-d-hier.2.jpgRésumé de l'éditeur

Rédigé en 1941, alors que, émigré au Brésil, Stefan Zweig avait déjà décidé de mettre fin à ses jours, Le Monde d'hier est l'un des plus grands livres-témoignages de notre époque. Zweig y retrace l'évolution de l'Europe de 1895 à 1941, le destin d'une génération confrontée brutalement à l'Histoire et à toutes les "catastrophes imaginables".

Il évoque avec bonheur sa vie de bourgeois privilégié dans la Vienne d'avant 1914 et quelques grandes figures qui furent ses amis : Schnitzler, Rilke, Romain Rolland, Freud ou Valéry. Mais il donne aussi à voir la montée du nationalisme, le bouleversement des idées d'après 14-18 puis l'arrivée au pouvoir d'Hitler, l'horreur de l'antisémitisme d'Etat et, pour finir, le "suicide de l'Europe". Avec le recul, la lucidité de son testament intellectuel frappe le lecteur d'aujourd'hui, de même que sa dénonciation des nationalismes et son plaidoyer pour l'Europe.

 

Mon avis

Le Monde d'hier est un livre-témoignage absolument passionnant d'un point de vue documentaire, artistique,  sociologique, philosophique et biographique, emprunt de sensibilité, de simplicité, et de justesse. Remarquablement construit, il est chronologique et très instructif ; il apporte d'indispensables éclairages sur le milieu,  la culture, la pensée, la carrière et les relations de l'auteur. Il a été envoyé par sa femme à son éditeur un jour avant le suicide de Stefan Zweig.

 

Résumé de l'intrigue

Né en 1881, élevé à Vienne, et apatride, Stefan Zweig retrace l'évolution de l'Europe de 1895 à 1941 et écrit ses souvenirs, en pleine guerre, à l'étranger.

Il décrit le monde de la sécurité dans lequel il a été élevé, avant la Première Guerre Mondiale et les particularités du milieu viennois, où confluaient tous les courants de la culture européenne. On comprend mieux, comment Zweig, issu de la bourgeoisie juive, a construit sa personnalité spirituelle et son aspiration profonde à la liberté. Il décrit son milieu social et familial, le contexte culturel,  politique et sociologique de l'époque, sa jeunesse et les conditions de son instruction et il illustre ses propos d'expériences personnelles.

 

Dans ce monde de sécurité politique et monétaire,  personne ne croyait aux guerres ni aux révolutions, chacun était animé par la foi en le Progrès, voyant se développer le téléphone, les voitures, et se répandre le confort et l'hygiène dans les maisons. Ses parents, des gens très riches, s'étaient rapidement adaptés aux plus hautes sphères de la culture tout en développant une puissante industrie textile. Sa mère, née en Italie était issue d'une famille internationale, marquée par l'aspiration juive à la spiritualité. Vienne qui offrait tout le luxe d'une métropole, était animée par un véritable fanatisme pour les beaux arts et l'art théâtral en particulier. Toutes les couches de la population s'y rencontraient, mais les juifs constituaient le véritable public de ces manifestations culturelles. Stefan Zweig parle de ses études, du primaire à l'Université, un apprentissage "morne et glacé" dans un monde où l'ambition de toute bonne famille était qu'un de ses fils soit docteur et où les jeunes gens passaient pour des éléments suspects. La jeunesse à laquelle il appartient apprend avec enthousiasme tout ce qui touche les lettres et l'art nouveau en avance sur le grand public et sur les critiques officiels. Il décrit  le paysage politique autrichien de l'époque,  la bourgeoisie libérale détentrice du pouvoir, le parti socialiste nouvellement formé pour faire triompher les revendications du prolétariat, le parti chrétien social, petit bourgeois et le parti national allemand, révolutionnaire, travaillant à la destruction de la monarchie autrichienne et tente de décrire les mouvements à l'oeuvre. Sur un registre plus intime, il parle de l'oppression constante de la jeunesse et de la sexualité,  de la mode, des vêtements, d'une société sans répit attentive à tout ce qui pouvait paraître inconvenant, de sa crainte de tout ce qui est naturel et corporel, de l'éducation des jeunes filles, maintenues jusqu'au mariage dans l'ignorance totale des choses naturelles et de celle des jeunes hommes, informés dès la puberté des maladies vénériennes par le médecin de famille et pour lesquels on employait souvent  dans les maisons bourgeoises une jolie servante dont la tâche était de "les initier pratiquement". Alors que la prostitution demeurait le fondement de la vie érotique en dehors du mariage, il constate la prodigieuse révolution des moeurs qui s'est opérée par la suite au profit de la jeunesse.

 

A l'Université, Zweig choisit la philosophie qui lui laisse suffisamment de temps pour se consacrer à l'art, sa véritable passion. On découvre alors son parcours et comment il a construit et mené sa carrière d'écrivain, comment il a formé son esprit à l'Europe et à l'humanisme. Il commence très jeune à publier dans des revues littéraires et des quotidiens de premier rang. Il voyage à Berlin qui s'élevait alors du rang de capitale à celui de grande métropole mondiale et rentre en contact avec les jeunes gens issus des milieux les plus opposés. En Belgique, qui avait pris un essor artistique extraordinaire, il fait un voyage d'été et y rencontre Emile Verhaeren qu'il considère comme le premier de tous les poètes de langue française. Il traduit ses textes et prépare un ouvrage biographique qui le font connaître en Allemagne. Il se rend à Paris  et s'installe dans le quartier du Palais Royal à proximité de la Bibliothèque Nationale et du Musée du Louvre. Il se lie d'amitié avec Léon Balzagette traducteur d'oeuvres étrangères et adversaire du nationalisme. A Londres, il a peu de relations littéraires. Il découvre l'Angleterre à travers les dessins de William Blake. Entre la France, l'Angleterre, l'Italie, l'Espagne, la Belgique, la Hollande, Zweig a une vie de nomade. Il loue un appartement à Vienne et y dépose les autographes qu'il collectionne depuis le lycée, des poètes, des acteurs, des chanteurs, les manuscrits originaux, les projets de poèmes, de compositions. Il trouve la maison d'édition qui pendant trente ans a soutenu son oeuvre. Il écrit Thersite et l'envoie aux grands théâtres. Mais la mort soudaine des deux acteurs sensés jouer les personnages principaux de cette pièce ralentit son succès. Son ami Walter Rathenau, grand commerçant et grand industriel, membre du conseil d'administration d'innombrables sociétés, amateur en littérature et polyglotte, conseille à Zweig de dépasser les frontières de l'Europe. Il se rend en Inde, effrayé par la misère, la séparation des classes et des races. En Amérique, il visite New York, Philadelphie, Boston, Baltimore et Chicago. Il rejoint Panama.

 

Le sentiment de solidarité européenne, si cher à Zweig, était en devenir. Mais l'essor du continent avait été si rapide que le désir d'expansion était vif et la concurrence sauvage. Les grandes coalitions se militarisaient toujours plus. Zweig découvre Romain Rolland et sa foi ardente en la mission de l'art qui est d'unir les hommes. Il décrit les premiers jours de la guerre de 1914, la mobilisation générale et l'enthousiasme de milliers d'hommes, portés par une foi naïve et enfantine. Alors que tous les intellectuels en Allemagne, en France, en Italie, en Russie, en Belgique, servaient la propagande de guerre et la haine collective, Zweig écrit un article "A mes amis de l'Etranger" publié dans une revue allemande auquel Romain Rolland répond de Suisse. A partir d'une correspondance suivie, ils tentent de réunir les intellectuels français et étrangers et Zweig étend son influence à travers les grands journaux d'Allemagne et d'Autriche, faisant passer ses articles en contrebande en France. En 1915, il est chargé de réunir les proclamations et les affiches de l'occupation russe et voyage à travers les villes bombardées. En 1917, il fait connaître son drame Jérémie dans les cercles religieux et pacifistes. Il se rend à Zurich, devenue la ville la plus importante d'Europe et y rencontre de nombreux apatrides. L'entrée en guerre de l'Amérique fait apparaître inévitable la défaite allemande.

 

De retour en Autriche devenue indépendante, il est bouleversé par la famine, la ruine, l'effondrement de la moralité, l'inflation, l'égarement, les privations. Les deux partis les plus puissants s'unissent pour former un gouvernement commun. 1923 marque la fin de l'inflation allemande. La vie redevient normale et Zweig connait le succès. Ses ouvrages lui rapportent des sommes considérables. Il collectionne des autographes et acquiert les manuscrits d'oeuvres de Mozart, Bach, Beethoven, Goethe et Balzac. Mais bientôt, Hitler organise des réunions contre la République et les juifs. En 1933, le national-socialisme s'applique avec prudence, par doses successives étouffant toute parole libre jusqu'à l'ordonnance "Pour la protection du peuple allemand qui déclare crime contre la sureté de l'Etat l'impression, la vente, la diffusion de livres juifs. Zweig écrit un livret d'opéra pour Richard Strauss, interdit aux scènes allemandes. Perquisitions, arrestations arbitraires, confiscations de bien, bannissements, déportations  se multiplient. Zweig quitte Salzbourg définitivement et se rend à Londres puis en Amérique, au Mexique et au Brésil.

 

Ce que j'en ai pensé

C'est un livre profondément touchant, bouleversant, un témoignage très fort qui  plonge le lecteur entièrement dans  l'ambiance de l'époque. Il peint une fresque de sa génération. Les anecdotes sont nombreuses et apportent au récit beaucoup de réalisme. Il décrit les réseaux d'amitié qu'il a développés à travers toute l'Europe. Zweig rend hommage à tous les intellectuels plus ou moins célèbres qui ont marqué son oeuvre et son parcours, Rilke, Romain Rolland, Freud, Jules Romains, Tolstoï, Rodin, Strauss et tant d'autres. Biographe, il dresse d'eux un fidèle portrait. C'est un livre très riche et très enrichissant, absolument incontournable, expression de son humanisme, de son ouverture d'esprit, de son engagement pour l'Europe et le pacifisme, de sa passion pour les lettres et les arts.

 

Editeur : Belfond, 1982, 530p


Je participe au challenge Histoire, organisé par jelydragon, au Challenge ich Liebe Zweig et

au challenge J'aime les classiques

 

 

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15 mars 2010 1 15 /03 /mars /2010 09:01

romans et nouvelles ILe joueur d'échecs est extrait du recueil Romans et nouvelles publié aux éditions Livre de Poche dans la collection la pochothèque qui contient aussi  Conte crépusculaire, Brûlant secret, La peur, Amok, La femme et le paysage, La nuit fantastique, Lettre d'une inconnue, La ruelle au clair de lune, Vingt quatre heure de la vie d'une femme, La confusion des sentiments, La collection invisible, Leporella, Le bouquiniste Mendel, Révélation inattendue d'un métier, Virata, Rachel contre Dieu, Le chandelier enterré, Les deux jumelles et La pitié dangereuse.

En quelques mots

Le joueur d'échecs est le dernier écrit de Stéphan Zweig, publié à titre posthume en 1943. Cette nouvelle fut portée à l'écran par Gerd Oswald en 1960.

Le narrateur, joueur d'échecs occasionnel, embarque sur le même grand paquebot reliant New-York et Buenos Aires que Mirko Czentovic, le champion mondial d'échecs. Czentovic avait été un fils de batelier, un jeune prodige inculte qui depuis qu'il était champion du monde, se croyait le personnage le plus important de l'humanité, ivre de vanité. Le narrateur joue avec Mac Connor, un autre voyageur, qui accepte de payer Czentovic pour jouer contre lui. Un parfait inconnu vient les aider et met Czentovic en difficulté avec une précision et une rapidité de calculs déconcertantes. Cet inconnu, M. B. est autrichien. Il se confie au narrateur qui, après la partie, était venu le convaincre de rejouer le lendemain contre Czentovic. M. B. n'a pas touché d'échiquier depuis 20 à 25 ans. Administrateur des biens de grands couvents, il avait été poursuivi par la Gestapo, isolé par elle pour lui arracher quelques informations de fortune. Cette nouvelle décrit les tentatives de déhumanisation entreprises par les nazis, M. B. ayant été enfermé pendant 4 mois en dehors de l'espace et du temps, jusqu'à ce qu'il parvienne à voler dans l'antichambre d'un juge d'instruction, un manuel d'échecs. Patiemment, à l'aide de mie de pain, il avait reproduit les pièces du jeu sur son drap quadrillé et refaisait systématiquement les 150 parties du manuel avant d'en inventer d'autres, pour échapper à la folie et à la décrépitude de son esprit. Mais la frontière avec la folie est toujours mince et cette partie est un défi, un instant de vérité sur son réel état mental.


Ce que j'en pense

Dans cette nouvelle, Zweig installe une atmosphère de suspense et décrit avec précision la lutte et l'activité mentale de cet homme, activité prisonnière de ce seul échiquier. La monomanie n'a rien à voir ici avec la passion. Jouer est une affaire de survie qui met pourtant en péril son équilibre mental. Ce livre est excellent. Nul doute qu'il fait référence à l'histoire des echecs en Europe, développé par plusieurs personnages juifs et chrétiens aux XVème, XVIème siècle et XVIIIème siècle.

 



Pedro Damiano (né Pedro Damião à Odemira, dans le Sud du Portugal, 1480-1544) était un apothicaire et un joueur d'échecs portugais. Connu pour avoir écrit un traité d'échecs, il est le premier problémiste portugais.

Juif également, il s'était réfugié à Rome en 1497 après que le roi Manuel Ier eut donné à choisir aux juifs du Portugal entre la mort et l'expulsion.

 

Plus tard, Ruy López de Segura (1530 à Zafra près de Badajoz, Espagne - 1580, Espagne) fut l'un des premiers grands joueurs d'échecs et un prêtre espagnol du XVIe siècle, confesseur du roi Philippe II d'Espagne. Il a écrit le Libro de la Invencion del Arte Liberal del Axedrez (Livre de l'invention de l'art libéral des échecs) un des premiers manuels ayant fondé la théorie des échecs en Europe. A la suite d'une visite à Rome où il disputa en 1560 contre le maître italien Leonardo da Cutri un tournoi qu'il gagna nettement, iI tomba sur un livre d'échecs datant de 1512 dû à Damiano ; qui lui déplut ;  il décida d'en écrire un lui-même, et le livre parut en 1561 à Alcalá de Henares. López racontait l'origine des échecs, indiquait les règles de jeu qui correspondaient déjà à celles que nous connaissons, et donnait pour la première fois une analyse exacte des ouvertures que l'on connaissait alors. C'est pour cette raison qu'on appelle aussi López « le père de la théorie des échecs ».


Il est par ailleurs que Sainte Therese d'Avila (1515-1582), sa contemporaine, est la patronne des joueurs d'échecs. Réformatrice monastique du XVIème siècle , sa famille paternelle était issue de Juifs convertis séfarades de Tolède .


Surtout, Domenico Lorenzo Ponziani, l'époux de Sainte Françoise,  était un compositeur d' études d'échecs italien du XVIIIème siècle. Lors de l'invasion de Rome par Ladislas d'Anjou-Durazzo, la famille Ponziani dut s'enfuir. Leur maison fut pillée, leurs biens confisqués, et Lorenzo fut contraint à l'exil. Françoise, restée à Rome, continua ses œuvres de charité, en disant, paraphrasant Job : « Le Seigneur me les a donnés, le Seigneur me les a ôtés ; que Son saint Nom soit béni ! » À la mort du roi de naples, la famille réintégra Rome et reprit possession de ses biens.

 

Le Turc mécanique quant à lui était un  automate doté de la faculté de jouer aux échecs. Construit et dévoilé pour la première fois en 1769 par Johann Wolfgang von Kempelen, il fut présenté à la cour de l'Impératrice autrichienne Marie-Thérèse en 1770. Kempelen l'emmena avec lui pour une tournée à travers l'Europe qui dura de nombreuses années. Pendant cette période, le Turc mécanique fut exposé à Paris où il joua une partie contre Benjamin Franklin, et gagna avant d'être délaissé au palais autrichien .


affiche-le-joueur-d-echecs.jpg
L'avis de Gaël

Editeur : Livre de poche, collection la Pochothèque, 1991, 1191 p.

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ABC challenge 2010

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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 22:27

romans et nouvelles ILa pitié dangereuse est extrait du recueil Romans est nouvelles publié aux éditions livre de Poche dans la collection la Pochothèque qui comprend aussi Conte crépusculaire, Brûlant secret, La peur, Amok, La femme et le paysage, La nuit fantastique, Lettre d'une inconnue, La ruelle au clair de lune, Vingt quatre heures de la vie d'une femme, La confusion des sentiments, La collection invisible, Leporella, Le bouquiniste Mendel, Révélation inattendue d'un métier, Virata, Rachel contre Dieu, Le chandelier enterré, Les deux jumelles et Le joueur d'échecs.

La pitié dangereuse.


Résumé de l'intrigue

La pitié dangereuse est un roman. Il a été entrepris en 1936 et a paru en 1939. Il s'agit du seul roman que Stephan Zweig ait achevé. A l'origine, il devait  s'appeler "Meurtre par pitié" ce qui laisse envisager son issue dramatique.

Toni Hofmiller, le narrateur, est un lieutenant de 25 ans, envoyé en 1913 sur la frontière hongroise près de Vienne. Il aperçoit Ilona,  la belle nièce de Kekesfalva, l'homme le plus riche de la contrée, chez qui il est bientôt invité à dîner. Valsant au bras d'Ilona, il entreprend malencontreusement d'inviter à danser Edith, la fille de la maison, alors qu'elle est paralysée. Honteux, il prend la fuite avec un sentiment exacerbé de culpabilité et lui adresse dès le lendemain une corbeille de roses. Invité à prendre le thé, il assiste à l'anéantissement de Kekesfalva devant le spectacle de sa fille se balançant d'une béquille sur l'autre alors qu'elle interrompt leur entretien pour une séance de kinésithérapie. Il éprouve peu à peu de la gêne dans ses activités sportives  et militaires, tant il est bouleversé par la souffrance d'Edith : il se sent à vrai dire, empoisonné par la pitié.

Mais ses sentiments sont souvent contradictoires et ambivalents. Invité à dîner en compagnie d'un haut responsable militaire, il fait rire Edith toute la soirée et cette attitude lui attire la sympathie et la reconnaissance de Kekesfalva chez qui il passe bientôt toutes les fins d'après-midi et les soirées. La pitié exacerbe alors sa sensibilité dans tous les domaines de son activité.
Ses relations paraissent néanmoins opportunistes à ses camarades et il a lui même le sentiment de se faire acheter. Il espace alors ses visites. Comme marque de confiance, Kekesfalva lui demande d'interroger Condor, le médecin d'Edith, sur les possibilités de guérison de sa fille. Il apprend du médecin que Kekesfalva a été anobli et que commissionnaire à l'origine, il a triplé sa fortune en abusant de la naïveté de la riche héritière du château de Kekesfalva avant de le regretter et de l'épouser. S'entretenant avec lui de la paraplégie d'Edith, il reste réaliste et mesuré et l'informe de certaines recherches exercées par un autre médecin. Obsédé par sa fille et par sa guérison, Kekesfalva l'attend et le prie de lui faire part de sa conversation avec Condor. Une fois de plus, par pitié,Toni Hofmiller commet l'erreur d'éveiller en lui un espoir immense. Averti par Condor, il se rend compte que cette pitié risque de causer plus de dégâts que ne l'aurait fait son indifférence, Edith et son père nourrissant désormais des espoirs absurdes.
C'est le moment que choisit Edith pour lui manifester passionnément son amour et lui, si naïf, presque enfantin, découvre alors à la fois l'amour immense qu'elle lui porte et la cruauté de cette situation.
Cet amour est bien trop pesant pour lui et il étouffe. Il envisage alors de quitter l'armée mais Condor l'en dissuade, le rappelant à la réalité et insistant sur le risque d'une issue dramatique d'une telle décision. A travers  les provocations et les mouvements d'humeur d'Edith confrontée au mensonge comme à cette pitié insupportable, on sent également combien sont étouffantes toutes ces précautions, toutes les stratégies de son entourage pour prendre soin d'elle et de ses sentiments et préserver ses illusions de guérison.
Une pression énorme s'exerce alors sur Toni Hofmiler. Il est quotidiennement confronté à l'attitude pleureuse et suppliante de Kekesfalva poussé par le désespoir, qui parvient à lui arracher malgré lui des promesses de fiançailles et des engagements qu'il ne veut profondément pas donner. Kekesfalva tente d'ébranler ce sentiment de pitié envers Edith dont à aucun moment Toni Hofliller ne parvient à se débarasser, ce sentiment ambivalent qui a certains moments lui donne même l'illusion d'une toute puissance. Mais il est à vrai dire lui-même paralysé, prisonnier de ce sentiment. Il envisage le suicide et se confie à son supérieur qui le mute sur le champ. A la nouvelle de son départ Edith se donne la mort et de nombreuses années plus tard, alors que les horreurs de la guerre de 1914-1918  ont pense-til soulagé sa culpabilité, les souvenirs refont surface.


Ce que j'en pense

Stephan Zweig impose à ce roman un rythme endiablé, pleins de rebondissements, malgré le petit nombre de personnages principaux. Ce tempo est en rapport avec la personnalité très énergique du héros et contraste avec la paraplégie d'Edith. Sweig est d'une surprenante sincérité dans le récit des disputes et de l'explosion de la souffrance d'Edith. C'est un roman très riche. Outre le récit principal, Sweig donne des descriptions très touchantes de la vie quotidienne dans la campagne hongroise et fait une description très fine de ce que pouvait être la vie et  la carrière d'un officier, de ses rapports avec ses camarades et supérieurs. Malgré le titre, on espère jusqu'au bout une issue différente et le héros qui parfois nous paraît sympathique dans son autocritique permanente, apparait dans toute sa faiblesse.
La pitié dangereuse a été adaptée en 1970 par Eduard Molinaro pour la télévision, avec Matthieu Carrière et Marie-Hélène Breillat.

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Editeur : Livre de poche, collection La Pochothèque, 1991, 1191 p.

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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 13:05

romans et nouvelles IRachel contre Dieu, Le chandelier enterré et Les deux jumelles sont extraites du recueil Romans et nouvelles publié au livre de poche dans la collection la pochothèque qui comprend aussi Conte crépusculaire, Brûlant secret, La peur, Amok, La femme et le paysage, La nuit fantastique, Lettre d'une inconnue, La ruelle au clair de lune, Vingt quatre heures de la vie d'une femme, La confusion des sentiments, La collection invisible, Leporella, Le bouquiniste Mendel, Révélation inattendue d'un métier, Virata, La pitié dangereuse et Le joueur d'échecs.

Rachel contre Dieu. Légende.


En quelques mots
La première version de ce récit a paru en 1927. L'action se déroule entre la terre et les cieux, devant l'assemblée des anges, des archanges et des âmes des morts, au dessus de Jérusalem, avant la diaspora. La colère de Dieu s'abat sur le peuple de Jérusalem, faisant trembler la terre et les cieux et réveillant les morts, jusqu'à ce que Rachel, l'aïeule d'Israël, apparaisse suppliant Dieu de l'écouter. Par la force de sa parole, elle s'oppose aux desseins de Dieu. Elle raconte l'épreuve  que son père jadis lui avait imposée avant de la trahir et de l'obliger à renoncer à Jacob, son prétendant,  au nom de Dieu. Elle  témoigne de sa miséricorde et demande à Dieu de montrer sa pitié.


Ce que j'en ai pensé

L'histoire cruelle des relations familiales de Rachel et de son abnégation confèrent à ce personnage biblique une force phénoménale. L'auteur nous laisse ici imaginer l'intensité des sentiments de Rachel, de sa colère en particulier, à l'image de la force que Dieu manifeste en cet instant.

Le chandelier enterré. Légende.


En quelques mots

Le chandelier enterré est une légende  édifiante, composée en 1934, qui a paru pour la première fois en 1936. Elle est construite autour de deux personnages principaux exceptionnels, le Rabbi Eliezer et l'Eprouvé Benjamin Marnefesch, chargé de faire rendre à la communauté juive la Menorah, le chandelier à sept branches, qui lui a été ravie ce qui oblige le peuple juif à la suivre dans son exil pour mieux la protéger, réveillant la solidarité et l'unité des juifs dispersés dans le monde. Cette légende décrit le desespoir de tout un peuple contraint à l'exil, la permanence de l'oppression, de l'injustice faite aux juifs et la détermination de ce peuple.
En juin 455, les Vandales pillent Rome et emportent avec eux le chandelier de Moïse, qui avait appartenu au temple de Schelomo avant d'être ramené par Titus de Jeruscholajim. Le sage Rabbi Eliezer commande à tous les hommes de plus de 70 ans d'accompagner le chandelier et emmène avec lui Benjamin, un jeune enfant de sept ans afin qu'il témoigne plus tard de l'usage de l'objet saint. Pendant le trajet il raconte à l'enfant l'histoire et le périple de ce chandelier. Arrivé au port et, n'écoutant que son coeur, Benjamin tente de récupérer l'objet saint perché sur le dos d'un esclave et se blesse durablement au bras, avant que le gallion prenne le large. Des années plus tard, à 87 ans, lors de l'effondrement de l'empire des Goths, il se rend à Byzance pour tenter de délivrer la Menorah et se présente devant l'empereur Justinien qui ordonne de ramener l'objet à Jerusalem et de le placer sous l'autel de l'église construite par Théodora afin de témoigner de la supériorité de sa croyance. Profondément déçu, Benjamin aspire au repos éternel, lorsque l'orfèvre Zaccharie est autorisé à réaliser une copie parfaite du chandelier. Indifférent au caractère sacré de cet objet, le trésorier choisit par hasard la copie pour l'empereur. Benjamin décide de transporter le chandelier dans un cercueil jusquà Jerusalem et l'enterre dans un endroit connu de lui seul avant de mourir dans un champ.


Ce que j'en ai pensé

J'ai particulièrement aimé cette légende édifiante, qui est un vrai  récit d'aventures. L'auteur nous tient en haleine dans le récit de toutes ces pérégrinations donnant une description vivante et trés réaliste des rites protoclaires et religieux de l'époque romaine.

Les deux jumelles. Conte drolatique.


En quelques mots

Ce conte a paru en 1936. C'est un récit enchassé ayant pour cadre une ville du midi aquitain. Le narrateur découvre un édifice surmonté de deux tours, la maison des soeurs. Il lie conversation avec un homme attablé à la terrasse d'un café pour en savoir davantage sur cet édifice. Il apprend qu'à l'époque du roi Théodose, un lombard nommé Hérilunt s'était épris d'une belle marchande qu'il avait épousé sur le champ avant de mourir révolté et ruiné. Sa femme avait accouché de deux jumelles, Hélène et Sophie aussi semblables physiquement que différentes de caractère, l'une devenant courtisane et l'autre un exemple de vertu féminine jusqu'à ce que par orgueil, Sophie mette à l'épreuve sa dévotion. Elle s'était substituée à Hélène pour recevoir son bel amant et avait fini par prendre le chemin de sa soeur. Puis, se repentant l'une et l'autre, à l'aube de la vieillesse, elles avait fait  don de toutes les richesses accumulées. Un hospice avait été construit avec deux tours dentelées, en mémoire des deux soeurs.

 

Ce que j'en pense

A première vue, ce conte semble moins intéressant que les autres écrits de Zweig. Beaucoup plus court aussi, il aurait été écrit pour échapper à l'horreur de la guerre. En matière de moeurs, ce texte fait explicitement référence à l'empereur Théodose Ier, fils du général romain Théodose l'Ancien, élevé par l'empereur Gratien à la dignité d'Auguste en 379. Pour  stabiliser les frontières, d'abord au Nord avec les Goths puis celle de l'Est avec les Perses, Théodose Ier avait enrolé des barbares dans l’armée romaine, en leur laissant une organisation autonome. En Gaule, il avait du  affronter Maxime  qui usurpait le titre d'empereur après avoir défait Gratien. Maxime s’était emparé de toute la préfecture des Gaules. Il fut vaincu en 388. Voulant mettre fin aux mœurs qui avaient jusqu'alors prévalu dans le monde antique, et imposer la morale ascétique préconisée par les chrétiens les plus radicaux, Théodose Ier publia une loi qui punissait de mort les homosexuels.

Editeur Livre de poche, collection La Pochothèque, 1991, 1191 p.

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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 11:57

romans et nouvelles ILa collection invisible, Leporella, Le bouquiniste Mendel, Révélation inattendue d'un métier et Virata sont issues du recueil Romans et nouvelles paru aux éditions Livre de poche dans la collection la pochothèque, qui comprend aussi Conte crépusculaire, Brûlant secret, la Peur, Amok, La femme et le paysage, La nuit  fantastique, Lettre d'une inconnue, La ruelle au clair de lune, Vingt quatre heures de la vie d'une femme, La confusion des sentiments, Rachel contre Dieu, Le chandelier enterré, Les deux jumelles, La pitié dangereuse et Le joueur d'échecs.

La collection Invisible. Un épisode de l'inflation en Allemagne.


En quelques mots

Cette nouvelle a paru en 1927. Dans le train, le narrateur rencontre un des antiquaires les plus connus de Berlin et s'entretient avec lui de l'engouement des nouveaux riches pour les oeuvres d'art, de sa recherche de collections particulières et de sa rencontre en Saxe avec un vieux conseiller forestier aveugle, collectionneur et fin connaisseur en estampes. Il avait était accueilli chez lui par sa femme. Fier de cette visite, le collectionneur avait proposé à l'antiquaire de lui montrer ses collections mais cet instant avait été discrètement repoussé par sa femme qui, avec sa complicité, avait fixé le rendez-vous l'après midi et proposé que sa fille Anne Marie le conduise chez eux. Celle-ci lui apprit qu'en raison de la crise, leur famille avait été confrontée à de graves difficultés matérielles et que sa mère et elle avaient vendu quelques pièces de la collection sans que son père le sache, substituant des reproductions dans les vieux passe-partout afin qu'il ne se doute de rien. L'antiquaire promit de garder le secret et d'entretenir au cours de cette présentation, les illusions du collectionneur aveugle.

 

Ce que j'en pense

Cette nouvelle décrit  avec beaucoup de tendresse les efforts de ces trois personnages pour préserver les illusions d'un vieil aveugle passioné, des effets de la crise économique d'après guerre.

Leporella

 

En quelques mots

  Cette nouvelle a paru pour la première fois en 1925. Crescientia Anna Aloisia Finkenhuber, alias Crescenz, enfant illégitime, a 39 ans. Elle est disgracieuse et lourde, obsessionnelle, triste et silencieuse. Repérée pour ses qualités de cuisinière, elle est placée à Vienne au service du baron F. et de sa femme, chez qui régne une atmosphère de discorde orageuse. Une simple causerie avec le baron bouleverse un jour Crescenz, après deux ans de service. Elle redouble de soin à son égard et se met à détester son épouse. La discorde s'intensifiant au sein du couple, le médecin recommande à la baronne un séjour de deux mois dans un sanatorium et Crescenz reste seule avec le baron, extériorisant sa joie et redoublant d'attention, se faisant la complice des aventures exta conjugales de son maitre vénéré, de sorte qu'il l'appelle Leporella. Elle, si taciturne, devient tout d'un coup sociable et conserve les billets de théâtre qu'il lui donne pour la remercier comme autant de reliques. Au retour de son épouse, Crescenz se mure dans un silence agressif et dangereux. L'atmosphère lourde et contenue de ce retour contraint le baron à partir à la chasse pour huit jours et Crescenz, compatissante, est résolue à mettre fin à cette situation. Trois jours plus tard, l'épouse du baron est retrouvée morte et le médecin légiste conclut à un suicide. Ne supportant plus la présence de Crescenz, le baron quitte Vienne plusieurs mois puis embauche un nouveau valet de chambre qui l'alerte sur l'attitude et la dangerosité de sa cuisinière. Il est autorisé à la mettre à pied huit jours si elle persiste dans cette attitude. La fin trouble et tragique de cette nouvelle témoigne de la dépendance de cette servante fidèle en quète d'un père.

Le bouquiniste Mendel. Un épisode de la Vienne d'avant et d'après la 1ere guerre mondiale.


En quelques mots

  Ce récit a paru pour la première fois en 1929. Surpris par une averse, le narrateur se réfugie dans un café viennois et reconnait en ce lieu la place du bouquiniste Jakob Mendel, qu'il avait connu alors qu'il était jeune étudiant et qu'il cherchait des livres anciens sur le magnétisme. Cet homme passionné, perdant toute notion de la réalité qui l'entourait lorsqu'il était plongé dans la lecture, était doué d'une étonnante mémoire et capable de dénicher les livres les plus introuvables. Interrogeant le personnel il apprend d'une ancienne employée que le bouquiniste qui travaillait encore au café  au début de la guerre, avait été arrété par un gendarme et un agent de la Secrète, pour avoir adressé en territoire ennemi deux cartes postales par lesquelles il réclamait les numéros d'abonnement qu'il avait payé d'avance. Après enquête, le gouvernement avait découvert qu'il était russe et qu'il vivait en Autriche sans autorisation. Il avait été envoyé au camp de concentration pour les civils russes près de Komorn pendant deux ans sans livre et sans argent. Il avait pu revenir à Vienne en 1917 grâce à l'intervention de clients hauts placés et s'était réinstallé au café. Mais il avait changé et lorsque le nouveau propriétaire avait entrepris de transformer le café, il l'avait chassé. Il mourut peu de temps après, laissant à l'employée un livre en souvenir.

 


Ce que j'en pense

  Zweig dans cette nouvelle témoigne d' une grande tendresse à l'égard de ce personnage hors du temps et des réalités qui l'entourent, un homme totalement dévoré par sa passion des livres, qui n'a pas conscience de son talent, mais qui confronté à l'horreur de la guerre et frustré par l'absence de livre, arraché à son environnement de prédilection, perd tout intérêt pour les autres. Finalement sa passion exclusive le fragilise et l'issue de cette nouvelle est assez cruelle. Heureusement que le narrateur et la vieille employée sont là pour garder sa mémoire.

Révélation inattendue d'un métier.


En quelques mots
Cette nouvelle a paru pour la première fois en 1934. Assis à la terrasse d'un café sur le boulevard de Stasbourg à Paris, un jour d'avril 1931, le narrateur remarque un étrange personnage qu'il prend d'abord pour un détective avant de se rendre compte qu'il s'agit d'un pickpocket. Il observe le travail de cet homme, témoin inattendu de ses compétences techniques qu'il admire. Il ressent une sorte d'empathie pour ce pauvre homme en guenilles qui déploie une énergie étonnante et il devient partie prenante de ses actions. Une première fois exercé son larcin sur une ménagère, il décide de le suivre et de l'épier, constatant son dépit à l'examen de son maigre butin, attablé, ereinté, devant une bouteille de lait. Puis  il se rend à l'hôtel Drouot, au milieu d'une cohue effrayante. L'attention de la foule compacte et tendue est captée par l'action de l'huissier et du commissaire priseur et le narrateur éprouve une véritable fascination à l'observer avant de devenir lui-même victime du pickpocket.

Virata. Légende.

 


En quelques mots

Ce récit légendaire est un conte philosophique paru en 1922. Au pays de Birwagha, Virata est nommé "l'Eclair du glaive" en raison de ses performances à la chasse et au combat. C'est un homme juste et loyal envers le roi qu'il sert. Il accepte de réprimer une rébellion au sein du royaume. Au cours d'un combat, il tue son frère ainé et après la victoire, il est nommé conducteur suprême des armées par le roi mais il refuse cette charge en raison de l'avertissement que l'Invisible lui a envoyé afin qu'il sache que celui qui ôte la vie à un homme tue son frère. Il accepte de devenir le premier des juges du roi. Il est tellement respecté dans ses fonctions qu'on l'appele "Source de la justice" d'un bout à l'autre du territoire des Radjpoutes. A la suite d'un jugement rendu pour une faute capitale, il demande au roi de lui accorder une pause, le temps d'une lune afin de ressentir la souffrance de la captivité et de connaitre la portée de ses actes. Dans l'obscurité d'une cellule, il atteind un état de contemplation immobile et, une fois libéré de sa geôle, il demande à être relevé de ses fonctions. Il est alors nommé "le champ du conseil" par les autres, proches et étrangers, qui le sollicitent pour régler leurs litiges. Six ans après le début de sa retraite il est confronté à la souffrance d'un esclave battu pour mauvais services et il ordonne aux siens de libérer les esclaves chez lui. Pour vivre exempt de toute faute, il décide de vivre seul comme un ermite. Il est alors nommé "l'Etoile de la solitude", jusqu'au jour où rencontrant la femme du tisserand Paratika, père de trois enfants, qui avait suivi son exemple et abandonné sa maison, sa fortune et sa famille à la pauvreté, laissant mourir ses trois enfants, il est  accusé d'en être responsable par orgueil. Il décide de revenir vivre parmi les hommes ; il meurt humblement en qualité de maitre du chenil et tombe dans l'oubli total. La construction du récit se réalise autour de ces quatre vertus du héros.

Editeur : Livre de Poche, Collection la Pochothèque, 1991, 1191 p.

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26 février 2010 5 26 /02 /février /2010 08:36

romans et nouvelles ILa ruelle au clair de lune, Vingt quatre heures de la vie d'une femme et La confusion des sentiments font partie du recueil de romans et nouvelles publié au livre de poche dans la collection pochothèque qui comprend aussi Conte crépusculaire, Brûlant secret, La peur, Mamok, La femme et le paysage, La nuit fantastique, Lettre d'une inconnue, La collection invisible, Leporella, Le bouquiniste Mendel, Révélation inattendue d'un métier,Virata, Rachel contre Dieu, Le chandelier enterré, Les deux jumelles, La pitié dangereuse et Le joueur d'échecs.

La ruelle au clair de lune

 


En quelques mots

Cette nouvelle a paru en 1922. Alors qu'il est en transit pour une nuit dans un petit port français, le narrateur déambule dans les rues du quartier portuaire et entre dans une taverne où il assiste à l'avilissement d'un homme par une femme. C'est un homme humble à l'expression servile qui se confie à lui. Il avait sorti sa femme de la misère, l'obligeant à la remercier à chaque achat qu'il faisait pour elle et à quémander humblement et servilement jusqu'au jour où elle le quitta et inversa les rôles en le traitant plus bas que terre. Il s'agit du récit d'un renversement de perspective dans l'ambiance bien particulière, sombre et un peu trouble du quartier du port. Après qu'elle l'eût quitté, il ressent un amour fou pour elle et se met lui-même en position d'être insulté et humilié.
Cette nouvelle a été adaptée au cinéma par Edouard Molinaro en 1988.
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Vingt quatre heures de la vie d'une femme

 


En quelques mots

Cette nouvelle parue en 1927, a été portée à l'écran en 1952, en 1967 par Dominique Lelouche avec Danièle Darrieux et en 2003. Il s'agit d'un récit enchâssé. Sept pensionnaires d'une petite pension installée sur la Riviera entament de vives discutions à l'occasion d'un scandale qui aboutit à la fuite d'une des pensionnaires, Mme Henriette, avec un jeune homme de passage. Seul le narrateur prend la défense de cette femme et trouve comme alliée une vieille dame anglaise. L'attirant dans sa chambre elle fait de lui son confident et lui raconte, au cours d'une longue conversation, une période de vingt quatre heures de sa vie qui l'a bouleversée. Mariée à 18 ans et mère de deux enfants, elle est veuve à 40 ans. Confrontée à la solitude, elle voyage et fréquente le casino de Monte Carlo. Là, elle prend plaisir à observer l'arène des mains des joueurs sur les tables de jeux lorsqu'elle aperçoit les attitudes particulièrement expressives et proches de la détresse d'un jeune homme de 24 ans dont elle ne peut détourner le regard. Le thème de la passion et de ses manifestations pathologiques sont au coeur de cette nouvelle. La description du visage et des mains des joueurs est en particulier saisissante. Alors qu'il a tout perdu, le jeune homme quitte le casino désespéré. Instinctivement, elle le suit, bien décidée à le mettre à l'abri de lui-même et à le secourir. Elle tente de créer  avec lui un rapport de confiance, puis, découvrant sa folie, elle l'abandonne tel un possédé.

 

Ce que j'en pense

A aucun moment l'auteur ne porte de jugement moral et pourtant la forme enchâssée du récit ajoute au contraste d'un regard débonnaire et compatissant sur les écarts d'une société bien pensante.

Extrait : "...Je ne puis vous décrire en détail les milliers d'attitudes qu'il y a dans les mains, pendant le jeu : les unes, bêtes sauvages aux doigts poilus et crochus qui agrippent l'argent à la façon d'une araignée, les autres nerveuses, tremblantes, aux ongles pâles, osant à peine le toucher, les autres nobles ou vilaines, brutales ou timides, astucieuses ou quasi balbutiantes ; mais chacune a sa manière d'être particulière, car chacune de ses paires de mains exprime une vie différente, à l'exception de celles de quatre ou cinq croupiers. Celles-ci sont de véritables machines ; avec leur précision objective, professionnelle, complètement neutre par opposition à la vie exaltée des précédentes, elles fonctionnent comme les branches au claquement d'acier d'un tourniquet de compteur. Mais elle-mêmes, ces mains indifférentes, produisent à leur tour un effet étonnant par contraste avec leurs soeurs passionnées, tout à leur chasse : elles portent si j'ose dire un uniforme à part, comme des agents de police dans la houle et l'exaltation d'un peuple en émeute..."
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La confusion des sentiments.


En quelques mots

Cette nouvelle parue en 1927 fut adaptée à la télévision en 1980 par Etienne Perrier avec Michel Piccoli. Pour ses 30 ans de carrière, ses collègues de la faculté offrent à Roland un livre d'hommages dans lequel pourtant il manque un évenement qui a bouleversé sa vie. Il se souvient de ses jeunes années, losque son père l'avait envoyé étudier dans une petite université de province, au coeur de l'Allemagne. Il avait été frappé par la qualité des cours d'un de ses professeurs. Il le compare à un chef d'orchestre, captivant. Poussé par une sorte d'idolâtrie, il établit avec lui ainsi qu'avec sa femme des relations privilègiées et il éprouve pour lui une véritable fascination. Mais le caractère sombre et taciturne de son professeur lui font parfois tenir des propos que Roland trouve cruels et durs. Ces rapports ambigus le plongent dans une confusion mystérieuse de ses sentiments. Il se sent repoussé, voire persécuté, tourmenté et tiraillé entre l'amour et la haine. En véritable souffrance, il trahit le professeur avec sa femme et décide de tout quitter. Le maitre lui révèle alors son amour pour lui et son homosexualité...


Ce que j'en pense

L'intrigue psychologique est ici merveilleusement menée tant et si bien que l'auteur nous plonge réellement dans le malaise de cette relation, perméable au regard des autres et aux valeurs ambiantes. L'effet de ce malaise est d'autant plus marqué que le secret de la vie du professeur est gardé jusqu'au 3/4 de la nouvelle.
la-confusion-des-sentiments-etienne-perier-1979.jpgEdition : Livre de poche, collection La Pochothèque, 1991, 1191 p.

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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 11:02

romans et nouvelles IAmok ou le fou de malaisie, La femme et le paysage, La nuit fantastique et Lettre d'une inconnue font partie du recueil Romans et nouvelles publié dans la collection la Pochothèque des livres de poche qui comprend aussi Conte crépusculaire, Brûlant secret, La peur, La ruelle au clair de lune, vingt quatre heures de la vie d'une femme, La confusion des sentiments, La collection invisible, Leporella, Le bouquiniste Mendel, Révélation inattendue d'un métier, Virata, Rachel contre Dieu, Le chandelier enterré, Les deux jumelles, La pitié dangereuse et le joueur d'échecs.

Amok ou le fou de Malaisie

 


En quelques mots

Cette nouvelle  qui a connu un grand succès en Allemagne comme en France, a donné lieu à deux adaptations cinématographiques, l'une soviétique en 1927 et l'autre française en 1934.

Le narrateur raconte l'accident qui s'est produit en 1912 à Naples, lors du déchargement de l'Océania, un grand transatlantique dans lequel il s'était embarqué depuis Calcutta. Lors de son voyage, alors qu'il déambule sur le pont supérieur du navire, il rencontre un homme, médecin, parti en Inde depuis sept ans qui se confie à lui.

Rêvant de devenir missionnaire de l'humanité il avait signé un engagement de dix ans avec le gouvernement hollandais. Isolé dans une station de district à deux journées de voyage de la ville la plus proche, il avait refusé de répondre à la demande d'une européenne venue le consulter en secret. Poursuivant cette femme sous l'emprise de la folie, l'amok, cet accès de rage meurtrière qui saisit certains maltais et les contraint à courir droit devant eux en tuant tous ceux qu'ils rencontrent sur leur chemin, il avait fini par demander sa mutation et s'était mis dans des situations aussi pénibles que périlleuses, en tentant d'établir un rapport avec elle...


La femme et le paysage

En quelques mots

Ce récit a paru pour la première fois en 1922. Au cours d'un été torride, dans un hôtel situé dans une vallée du massif des Dolomites, le narrateur ressent la fièvre de l'univers et rencontre une mystérieuse jeune fille qui se fond littéralement dans le paysage. Ils éprouvent ensemble un véritable contact physique avec la nature.
Ce récit est plein de sensualité, il y règne une singulière atmosphère et la nature est personnifiée...

Extrait : "J'éprouvais une horreur délicieuse d'être ainsi soudain sans résistance, de livrer mon corps entier à la seule nature ; cette puissance invisible était merveilleuse, elle me caressait la peau, la pénétrait peu à peu, me détendait les articulations, et je ne ma défendais pas contre cet alenguissement de mes sens. Je m'abandonnais à ces sensations nouvelles, et confusément, comme dans un rêve, je n'avais qu'une impression : la nuit et ce regard de tout à l'heure, la femme et le paysage n'était qu'une seule et même chose, dans laquelle il était si doux de se perdre. Il me semblait par instants que cette obscurité n'était qu'elle, que cette chaleur qui baignait mes membres était celle de son corps, dissous dans la nuit comme le mien et, la trouvant jusque dans mon rêve, je m'abolissais dans cette vague noire et chaude d'abandon voluptueux..."

La nuit fantastique
 


En quelques mots

Cette nouvelle a paru en 1922. Le narrateur entreprend de faire le récit écrit d'une expérience survenue le 07 juin 1913, qui a bouleversé sa vie. Il s'agit d'une nuit qu'il a passé au Prater. Il décrit l'homme qu'il était avant : à 36 ans c'était un jeune héritier viennois, profitant d'une existence bourgeoise et de chaque évenement de sa vie d'une manière insensible. Un jour, sur le champ de course du Prater, il remarque une femme accompagnée de son mari qui laisse tomber un ticket de pari dont il s'empare, découvrant par la suite qu'il s'agit d'un ticket gagnant. Honteux et excité à la fois par ce gain, il décide de rejouer la somme gagnée comme pour mieux s'en débarrasser, et contre toute attente, il gagne à nouveau une somme importante. Etonné de lui-même et de la passion qu'il est capable de ressentir à cet instant, il se sent revivre, il est ennivré par ce qu'il dédaignait auparavant. Il entreprend toute la nuit de dépenser son argent, de faire plaisir, de le semer dans la rue, pris par une sorte de vertige. A son réveil, il se sent transformé, rajeuni, épanoui et il ressent le besoin d'écrire.
Ce récit est surprenant car on ne sait pas toujours où l'auteur nous emmène, dans quels méandres, dans quelles ambiguités. Cette nuit magique est celle d'un éveil à soi, palpitant et renversant à la fois

Lettre d'une inconnue
 


En quelques mots

Cette nouvelle a paru en 1922. Elle est vite devenue une oeuvre très populaire et a été adaptée pour le cinéma en 1943 puis en 1948. En rentrant chez lui, R, romancier à la mode reçoit une enveloppe contenant le manuscrit d'une femme inconnue. A la mort de son enfant cette femme entreprend de lui révéler toute sa vie, lui qui ne l'a jamais connue. Elle lui révèle son amour, un amour vibrant fort et passionné depuis qu'elle l'a remarqué lorsqu'elle avait 13 ans et qu'il emménageait près de chez elle. Elle retourne en arrière et raconte l'amour fou qu'elle éprouvait jadis pour lui et qu'elle a entretenu à l'âge adulte sans le dévoiler à quiconque. A 15 ans sa mère lui annonçe son prochain mariage et son déménagement pour Innsbruck. Loin de lui elle se sent abandonnée jusqu'à ce qu'à 18 ans, elle retourne à Vienne...C'est pour moi une des plus belles nouvelles de Zweig parmi celles que j'ai lues, peut-être en raison du mystère qui l'entoure. Ce témoignage d'amour est vibrant, démesuré, absolument unique. A la fin du récit, j'avais les larmes aux yeux. Le récit de cet amour inconditionnel, presque invraisemblable, est extrêmement romantique et troublant.

LETTRE-D-UNE-INCONNUE.jpg
Editeur : Livre de poche, collection la Pochothèque, 1991, 1191p.

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21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 07:52

romans-et-nouvelles-I.jpgConte crépusculaire, Brûlant secret et La peur sont les 3 premiers récits du recueil édité au Livre de Poche, collection La pochothèque, qui contient aussi Amok, La femme et le paysage, La nuit fantastique, Lettre d'une inconnue, La ruelle au clair de lune, Vingt quatre heures de la vie d'une femme, La confusion des sentiments, La collection invisible, Leporella, Le bouquiniste Mendel, Révélation inattendue d'un métier, Virata, Rachel contre Dieu, Le chandelier entérré, Les deux jumelles, La pitié dangereuse et Le joueur d'échecs.

Conte crépusculaire


En quelques mots

Subtil, troublant et raffiné, Conte crépusculaire raconte la première expérience d'un adolescent de 15 ans, Bob, qui passe de l'enfance à l'âge adulte. Le narrateur raconte à un interlocuteur inconnu une histoire au crépuscule, dont l'action se déroule dans un château écossais. Un soir, dans l'obscurité d'une nuit d'été, un jeune adolescent est étreint par une inconnue qui disparait soudain. Il ne parvient pas à la reconnaître , même le lendemain lorsqu'elle revient l'étreindre, lui laissant comme seul indice, la marque d'une médaille gravée sur sa peau. Il aperçoit la médaille au poignet de sa blonde cousine Margot, qu'il trouve d'habitude si froide et si distante, inaccessible. Dévoré par une passion naissante, il cherche à se rapprocher d'elle mais il est fermement repoussé. Puis il découvre sa méprise alors qu'accidenté, à la suite d'une romantique tentative de rapprochement, il prend conscience qu'il aime une femme et qu'il est aimé d'une autre...

Mais découvrez plutôt cette atmosphère : "...Les heures semblent être endormies ; la nuit a l'air d'un animal paresseusement couché devant le chateau : le temps passe avec une lenteur inouïe. Il croit entendre des voix moqueuses chuchoter autour de lui dans le léger bruissement de l'herbe ; ces branches et ces ramures qui s'agitent doucement et jouent avec leur ombre dans le faible scintillement de l'éclairage lui paraissent autant de mains moqueuses. Tous ces bruits sont confus et étranges, plus agaçants que le silence lui-même. Parfois un chien aboie au loin dans la campagne ; parfois une étoile filante raye le ciel et disparait quelque part derrière le château. Il semble que la nuit s'éclaircit, que l'ombre des arbres s'épaissit au-dessus du chemin et que ces bruissements légers deviennent de plus en plus indistincts. Puis des nuages vagabonds couvrent de nouveau le ciel d'une obscurité opaque et plein de tristesse. La solitude pèse douloureusement sur ce coeur tourmenté.
Le jeune garçon va et vient, de plus en plus vite, de plus en plus agité. Quelquefois son poing s'abat avec colère sur un arbre ou bien il en arrache un morceau d'écorce qu'il broie entre ses doigts, avec tant de fureur qu'ils en saignent. Non, elle ne viendra pas, il le savait bien..."


Brûlant secret

En quelques mots

Brûlant secret est une nouvelle dramatique, divisée en quinze chapitres, adaptée pour le cinéma en 1933 puis en 1988, par Andrew Birkin.  Un jeune baron de la noblesse autrichienne prend ses vacances en montagne. Séducteur impatient, ayant le goût de la chasse amoureuse, il remarque dans son hôtel une femme d'âge mûr accompagnée de son enfant, Edgar, âgé d'une douzaine d'années, le fils d'un avocat juif de Vienne. Le baron entreprend de gagner sa confiance et d'en faire son intermédiaire entre lui et sa mère. Fier et ravi de faire l'objet de tant d'attention de la part d'un adulte, Edgar devient jaloux lorsqu'il remarque l'amabilité du baron à l'égard de sa mère. Le baron, qui rêve d'une aventure amoureuse, parvient à  troubler la jeune femme et commence à trouver importune la présence de l'enfant. Blessé par ce changement d'attitude, Edgar se persuade qu'un secret unit sa mère et le baron et, se sentant trompé, il commence à éprouver de la haine. Un conflit va naître entre ces trois personnages et rapidemment s'envenimer. La confiance est rompue et l'auteur met en scène la confusion, l'angoisse et la détresse de ce jeune garçon à peine sorti de l'enfance.

BURNING-SECRET-BIRKIN.jpg
La peur

En quelques mots

La peur est une nouvelle tragique qui a connu un succès considérable et a été adaptée pour le cinéma en 1928, 1934 et 1954 par Roberto Rosselini avec Ingrid Bergman. Pour échapper à une vie conjugale ennuyeuse, Irène, 30 ans a pris un amant, Edouard, pianiste réputé. En sortant de chez  lui, elle a peur d'être reconnue et heurte une femme qui se prétend elle aussi sa maitresse, la menace et lui extorque de l'argent. De retour chez elle, elle retrouve Fritz, son mari et ses deux enfants, Hélène sa fille et un jeune garçon dont on ne connait pas le nom. Angoissée par cette rencontre, elle décide d'écrire à son amant pour mettre fin à leur relation et annuler leurs rendez-vous ultérieurs. Mais, de nouveau cette femme la suit et, à plusieurs reprises, elle cède  à l'escalade de son chantage, vivant alors un véritable cauchemar. La tension est à son comble et elle ne peut pas se libérer par la parole malgré les tentatives de rapprochement de son mari. Elle affronte ainsi son sentiment de honte et la peur de tout perdre. A bout de force et de résistance, elle vit sous l'emprise de la terreur et de l'angoisse et connait, à leurs paroxysmes, des états paranoïaques.

 

Ce que j'en pense

L'auteur analyse minutieusement la souffrance psychologique et la dégradation de cette femme en proie à l'angoisse. J'ai particulièrement apprécié cette nouvelle si fine, si précise et si réaliste dans la description des états intérieurs du personnage principal. Avec La peur, je deviens une inconditionnelle de Zweig.
affiche-La-Peur-La-Paura-1954-1.jpg
Editeur : Livre de poche, collection la Pochothèque, 1991, 1191p.

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