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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 09:25

Le-premier-homme-camus.jpgRésumé de l'éditeur

En somme, je vais parler de ceux que j'aimais", écrit A. Camus dans une note pour Le premier homme. Le projet de ce roman auquel il travaillait au moment de sa mort était ambitieux. Il avait dit un jour que les écrivains "gardent l'espoir de retrouver les secrets d'un art universel qui, à force d'humilité et de maîtrise, ressusciterait enfin les personnages dans leur chair et dans leur durée".
Il avait jeté les bases de ce qui serait le récit de l'enfance de son "premier homme". Cette rédaction initiale a un caractère autobiographique qui aurait sûrement disparu dans la version définitive du roman. Mais c'est justement ce côté autobiographique qui est précieux aujourd'hui.
Après avoir lu ces pages, on voit apparaître les racines de ce qui fera la personnalité de Camus, sa sensibilité, la genèse de sa pensée, les raisons de son engagement. Pourquoi, toute sa vie, il aura voulu parler au nom de ceux à qui la parole est refusée.

 

En quelques mots

Le premier homme que Camus avait d'abord envisagé d'appeler Adam, est un roman autobiographique inachevé, écrit en 1960 et dactylographié par sa fille après le tragique accident de voiture de l'auteur. Il fut publié en 1994. Traduction du mythe du retour et de l'origine, il comprend deux parties. La première "Recherche de père"  est complète, la seconde "Le fils ou le premier homme" ne l'est pas et la troisième manque totalement.  De nombreuses traces renvoient à la réalité autobiographique de ce texte. Y figurent des noms réels notamment, celui de son instituteur, M. Germain alias M. Bernard et le nom de jeune fille de sa grand-mère paternelle, Cormery. C'est un récit à la troisième personne, universaliste. Il manque certains mots, d'autres sont signalés comme illisibles ou de lecture douteuse par l'éditeur. Des notes renseignent sur les passages que l'auteur envisageait de supprimer ou de retravailler.

En Algérie, sous la pluie, une nuit de l'automne 1913, une carriole chargée de meubles conduite par un Arabe, se dirige vers le domaine de Saint Apôtre. A son bord, un français d'une trentaine d'année, Henri Cormery, une femme prête d'accoucher et un petit garçon de quatre ans. Ce soir là naît Jacques, alter ego d'Albert Camus, juste avant l'arrivée du docteur. Quarante ans plus tard, Jacques prend le train de Saint Brieuc et se rend au carré du Souvenir français au cimetière, sur la tombe de son père, mort à la bataille de la Marne le 11 octobre 1914, à la suite d'une blessure. Il part à la recherche de cet inconnu, auprès de son vieil ami Victor Malan dont il n'apprend rien, puis retourne en Algérie à bord d'un paquebot. Il se souvient de sa grand-mère chez qui il a grandi à Alger, de ses amis, Pierre, Jean, Joseph, Max et les autres et de ses jeux d'enfant. Il retrouve sa mère que toute sa vie il avait vue douce, polie, conciliante, presque passive, isolée dans sa semi-surdité, seule depuis la mort de son père et sans consolation. Il parle avec elle de son père placé par ses frères à l'orphelinat, dont elle avait partagé la vie pendant cinq ans et qui avait été chassé de Saint Apôtre vers son corps d'Armée à Alger puis en France, un homme dur, amer et pauvre. Sa mère, qui ne savait ni lire, ni écrire,  travaillait  à la cartoucherie de l'arsenal militaire jusqu'à l'annonce par le maire de la mort de son mari. Sa grand-mère qui avait eu neuf enfant, s'était installée à Alger et l'avait recueillie. Elle régnait sur sa famille, enfants et petits-enfants qu'elle élevait à coup de bâtons. Elle emmenait parfois Jacques au cinéma muet et il était chargé de lui lire les sous-titres car elle ne savait pas lire non plus. Avec son oncle sourd, Ernest, incarnation de la force et de la vitalité, il vit des moments de bonheur intense. Il partait à la chasse avec le chien, Daniel et Pierre des camarades d'atelier d'Ernest et Georges aussi. Il se souvient aussi des colères de son oncle, notamment à l'encontre de son frère Joséphin qui travaillait aux chemins de fer. A la tonnellerie, Jacques se rendait tous les jeudis et y retrouvait Ernest et les cinq ou six ouvriers de l'atelier. A l'école,  Monsieur Bernard est l'instituteur qui  modifia son destin et qu'il n'a jamais oublié. Jacques se rendait deux fois par jour à l'école avec Pierre, son voisin et ami. L'école leur fournissait une évasion de la vie de famille et nourrissait leur faim de la découverte. Leur maître leur parlait souvent de la guerre et prenait sous son aile les pupilles. Lorsqu'ils se sentaient insultés, les enfants se battaient sur le champ vert, une sorte de terrain vague, entourés d'un cortège d'admirateurs, ce qui leur valait parfois d'être punis par Monsieur Bernard, favorable aux punitions corporelles et par le directeur.  M. Bernard réussit à convaincre sa famille de le laisser poursuivre ses études. Jacques continua à rendre visite à son maître chaque année pendant quinze ans. Il prit des leçons supplémentaires avec lui pour entrer au lycée en même temps qu'il préparait sa première communion en accéléré. Reçu à son examen, il sut d'avance qu'il venait par ce succès d'être "arraché au monde innocent et chaleureux des pauvres pour être jeté dans un monde inconnu".

Jacques retourne aussi au domaine de saint Apôtre, sur les traces de son père. Il y rencontre M. Vieillard, un fermier d'une quarantaine d'année, toujours présent sur le domaine malgré l'ordre d'évacuation, dont les parents avaient acheté la ferme où Jacques était né après la guerre. M. Vieillard décrit l'ambiance invivable de la région, les attaques, les fils égorgés, les femmes violées et le départ de son père à Marseille. Mais le domaine avait changé deux fois de mains, beaucoup étaient morts dans les deux guerres, beaucoup étaient nés et le père de Jacques avait été oublié. A travers l'histoire familiale de M. Vieillard, il en apprend beaucoup sur le contexte, la colonisation et les conditions de vie de ses parents. Les grands parents de M. Vieillard avaient fui le chômage à Paris et étaient venus s'installer en Algérie comme plus d'un millier de personnes rêvant de la Terre Promise en 1849, voyageant en péniche, jusqu'au port de Bône avec femmes, enfants et meubles. Il s'étaient installés sur des espaces nus et déserts dans des tentes de l'armée avant d'édifier des baraquements légers puis des maisons. Ils avaient été confrontés au choléra tuant les deux tiers des émigrants. Les survivants travaillaient escortés. Des générations s'étaient succédées avant que l'oubli ne s'étendent sur elles.

La deuxième partie du roman est consacré aux années de lycée de l'auteur qui l'isolait de sa famille. Ce qui l'y apprenait était inassimilable par les siens et il lui était impossible de rattacher sa famille à des valeurs ou des clichés traditionnels. Il se lia d'amitié avec Didier, fils d'un officier catholique très pratiquant et développa de réelles capacités d'adaptation. Il se rendait au lycée par la tram avec Pierre, rue Bab-Azoun et y passait toute la journée, déjeunant au réfectoire. Solidement formés à la communale ils étaient de bons élèves respectés par les autres. Ils passaient leur temps libre à la Maison des Invalides de Kouba, y fabricant de terrifiants poisons ou jouant à porter des palmes contre le vent et se rendaient régulièrement à la bibliothèque municipale. Sa mère et sa grand-mère se rendaient une fois par an au lycée pour la remise des prix. Les vacances ramenaient Jacques à sa famille qui exigeait de lui qu'il occupât un emploi saisonnier dans une quincaillerie où classant des factures ou du courrier commercial et ramenant un salaire à la maison, il était devenu un homme. Jacques a pris conscience qu'il n'y a pas de premier homme dont on pourrait suivre les traces. Il est lui-même le premier homme qui devra se frayer son propre chemin.

 

Le voyage tient une place importante dans toute la première partie du récit. Il traduit de manière évidente, vivante et mouvante cette recherche des origines. Ce sont des voyages obligés, en raison de l'oubli et de la pauvreté. De même la forme romanesque de ce récit laisse une grande part à l'imaginaire, en particulier lorsque l'auteur  dépeint la naissance de Jacques et développe le mythe de la Nativité.   Le récit des souvenirs de l'auteur et de ses sentiments est extrêmement émouvant. La transcription de son enfance en particulier est exceptionnelle. Il y aurait de nombreux extraits à citer. Le style de l'auteur est d'une qualité rare, chaque lieu, chaque évènement, du plus tragique au plus anodin est miraculeusement décrit et développé. Ce qui caractérise encore le mieux cette oeuvre c'est  sa dimension humaine, la chaleur, l'aspect affectif, convivial et pittoresque du récit. C'est un ouvrage inégalable, incontournable, à lire absolument.

 

Extrait : " Les manuels étaient toujours ceux qui étaient en usage dans la métropole. Et ces enfants qui ne connaissaient que le sirocco, la poussière, les averses prodigieuses et brèves, le sable des plages et la mer en flammes sous le soleil, lisaient avec application, faisant sonner les virgules et les points, des récits pour eux mythiques où des enfants à bonnet et cache-nez de laine, les pieds chaussés de sabots, rentraient chez eux dans le froid glacé en traînant des fagots sur des chemins couverts de neige, jusqu'à ce qu'ils aperçoivent le toit enneigé de la maison où la cheminée qui fumait leur faisait savoir que la soupe aux pois cuisait dans l'âtre. Pour Jacques, ces récits étaient l'exotisme même. Il en rêvait, peuplait ses rédactions de descriptions d'un monde qu'il n'avait jamais vu, et ne cessait de questionner sa grand-mère sur une chute de neige qui avait eu lieu pendant une heure vingt ans auparavant sur la région d'Alger. Ces récits faisaient partie pour lui de la puissante poésie de l'école, qui s'alimentait aussi de l'odeur de vernis des règles et des plumiers, de la saveur délicieuse de la bretelle de son cartable qu'il mâchouillait longuement en peinant sur son travail, de l'odeur amère et rêche de l'encre violette, surtout lorsque son tour était venu d'emplir les encriers avec une énorme bouteille sombre dans le bouchon duquel un tube de verre coudé était enfoncé, et Jacques reniflait avec bonheur l'orifice du tube, du doux contact des pages lisses et glacées de certains livres, d'où montait aussi une bonne odeur d'imprimerie et de colle, et, les jours de pluie enfin, de cette odeur de laine mouillée qui montait des cabans de laine au fond de la salle et qui était comme la préfiguration de cet univers édénique où les enfants en sabots et en bonnet de laine couraient à travers la neige vers la maison chaude."

 

Editions Gallimard, 1994, 380 p.


Je participe au Challenge Camus, et au Challenge j'aime les classiques

 

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Challenge CAMUS

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6 octobre 2010 3 06 /10 /octobre /2010 10:27

La-potion-magique-de-G-Bouillon1.jpgRésumé de l'éditeur

La plupart des grands-mères sont d'adorables vieilles dames, gentilles et serviables. Hélas, ce n'est pas le cas de la grand-mère de Georges ! Grincheuse, affreuse et égoïste, elle ressemble trop à une sorcière. Et puis elle a de curieux goûts : elle aime se régaler de limaces, de chenilles... Un jour, alors qu'elle vient une fois de plus de le terroriser, Georges décide de lui préparer une terrible potion magique. Une potion aux effets surprenants, extraordinaires, hilarants.

 

En quelques mots

Georges est le fils unique d'un fermier. Il vit avec ses parents et sa grand-mère grincheuse et égoïste. Elle mange des limaces, des punaises, des scarabées, des hannetons, des perce-oreilles et toute sorte d'insectes. C'est une véritable sorcière qu'il déteste et rêve de faire disparaître.

Il entreprend alors de préparer une potion pour faire exploser sa grand-mère avec toute sorte d'ingrédients qu'il récupère de la cave au grenier en passant par la salle de bain, la buanderie, la cuisine et le hangar à bestiaux. Lorsqu'il administre une cuillerée de cette potion à sa grand-mère, son corps bondit en l'air et reste suspendu entre ciel et terre, crachant d'épais nuages de fumée noire puis gonflant comme un ballon avant de grandir au rythme de 3cm par seconde. L'effet de la potion est si spectaculaire que ravie, sa grand-mère en redemande, perçant le plafond et traversant le toit de la ferme. Georges fait alors boire une poule pour prouver qu'il est bien l'inventeur de cette potion miraculeuse. A leur retour, ses parents stupéfaits décident d'en administrer à tous les animaux de la ferme qu'ils s'échinent à engraisser depuis des années. Monsieur gros Bouillon envisage même la création d'une usine de potion magique. Avec Georges, ils entreprennent de fabriquer une seconde potion, puis une troisième et une quatrième, en vain. Celle-ci fait même se ratatiner ceux qui la boivent au point de disparaître complétement !!

 

Ce texte très drôle, s'adresse aux enfants à partir de 9 ans. Il est très abordable et riche en vocabulaire. Il traite de la métamorphose. Il est largement illustré par Quentin Blake. Un vrai régal pour les grands comme pour les petits !!

 

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Edition : Gallimard, Folio junior, 1981, 117 p.

 

Je participe au challenge Roald DahlRoald Dahls Matilda

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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 10:07

la-libraire-a-aime.jpgRésumé de l'éditeur

"On n'en sait rien. On est assis là en terrasse, au café d'à côté, comme chaque soir. Et puis il y a des gens qui vous observe et imaginent toute votre vie."

Une histoire inventée par Sophie Poirier, avec la libraire, des pistes à suivre, un photographe amateur de cadavres. Paul Aster et sa femme, un oncle faussement russe servi par son nain fidèle, une vieille Anglaise collectionneuse d'objets cassés, un peu New york, un peu la mer, un peu le Sud.

 

En quelques mots

Depuis plus d'un an, un homme aux airs discrets et une femme un peu garçonne, se retrouvent au café et parlent de leurs lectures, se séparant au bout d'une heure. Ils ne connaissent rien l'un de l'autre. Un jour, Paul ne vient pas au rendez-vous et Corinne qui ne sait pas où il habite, se rend chez lui en vain, sur les recommandations du personnel de la librairie qui l'emploie. Elle le découvre à l'occasion d'une exposition, modèle de photos de visages de cadavres. Convaincue de sa mort, elle décide de contacter le service de presse du photographe en question pour en apprendre davantage. En vain, car Jasper Shifer ne connait pas ses sujets. Elle rencontre l'oncle de Paul, Franck et son nain domestique, Michaël, un duo particulier. L'annonce de la disparition de Paul plonge Franck dans le désarroi et il décide d'unir ses efforts à ceux de Corinne pour le retrouver. Pour la première fois, Corinne voyage et se rend à New York. Elle va voir la mer, Coney Island, le Yankees stadium et Brooklin. Paul lui avait fait visiter New York à travers les romans qu'il lisait et il avait un jour parlé d'y disparaître. Elle ressent pour lui un amour évident qui la transporte ici et là...

 

C'est un récit très court, original, sensible et délicat, le premier roman de Sophie Poirier.  Avec finesse, il traite de l'amour des livres, du partage, de la solitude et de l'amour tout court. Il est  très agréable à lire, poétique et charmant et, pour un premier roman, c'est une réussite. Je remercie Liliba qui  a fait de son exemplaire dédicacé par l'auteure alias Ficelle, un livre-voyageur.

 

Ana  Éditions, 2008, 72 p.

livre voyageur

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30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 22:15


 

la-diagonale-du-traitre1.pngRésumé de l'éditeur

Le traître, disait Kundera, est celui qui sort du rang et part dans l’inconnu.Voici douze traîtres, douze traîtrises. Les unes sont dramatiques, les autres font sourire, et parfois, on se demande jusqu’au bout qui trahit, qui est fidèle, qui a raison, qui a tort.Traîtres de la guerre froide, traîtres en amour, traîtres politiques, traîtres inattendus, traîtres héroïques, traîtres lamentables,Hervé Hamon nous rappelle que sans Judas, Jésus aurait eu du mal à se proclamer Dieu.

 

En quelques mots

L'auteur présente douze nouvelles sur la traitrise. Les situations évoquées sont extrêmement diverses, la profondeur des personnages et les conséquences de ces trahisons sont aussi très inégales. J'ai beaucoup aimé la mise en scène de chacune de ces  nouvelles, l'humour parfois et l'approche très fine des milieux et des univers décrits. Sentiment de trahison ou trahison réelle, vengeance ou procédé bien établi, chaque situation est unique et parfois totalement inattendue.

C'est le cas dans Agnès C. La jeune interne Bensaïd, d'abord intimidée par le professeur Malbert , humaniste, éminent et brillant à la fois, parvient à réunir les éléments démontrant la rémission d'une jeune et courageuse bibliothécaire, atteinte d'un cancer en phase terminale, dont il avait choisi de s'occuper personnellement et qu'il pensait perdue.

Sans liaison particulière, le lecteur est immédiatement plongé dans un univers beaucoup plus léger, celui de Nouvelle star. Elle relate la trahison, après des heures d'attente et de nombreux calculs d'opportunité et de présentation, d'une candidate à une audition de chant, portant le numéro 113, par sa meilleure amie, coach et accompagnatrice. Cette "négresse, hyper grosse" et danseuse amatrice de surcroit,  lui vole la vedette devant les caméras de l'équipe télé et le jury de sélection, la laissant toute seule, avec l'air de s'excuser.

Dans Les yeux dans les yeux,  et un tout autre genre, un agent double se laisse doubler par un autre agent double.

La trahison amoureuse est exprimée de manière tout aussi surprenante dans Dégage, qui expose le dépit d'un homme devant le sentiment sincère et profond de trahison de son ex femme après que, bon homme, trompé et quitté, il eût  des années plus tard refait sa vie.

Les moteurs de la trahison sont aussi très variables. Dans Donnant donnant, un inspecteur travaille de nuit et contacte son indicateur dans un bar, agissant sous le pseudo du Veuf . Il dénonce sa femme par vengeance, pour que chaque jour, dans sa prison, elle pense à lui et rêve "de le buter".

53ème congrès est une nouvelle très intéressante qui parle de la trahison en politique. Le narrateur se rend au 53ème congrès d'une formation politique et y rencontre une journaliste blonde qu'il connait depuis vingt ans. Il s'assure de sa neutralité tout en étant trahi par ses propres émotions. Le congrès est un espace d'alliances et de trahisons. Militant dans sa fédération il est devenu permanent et s'est inscrit dans un courant dominant, prisonnier des rivalités locales. Plus tard, à Paris, il se retrouve au centre de l'actualité, il découvre les réseaux, la presse. Il apprend à "diner", à trahir et à piéger ses rivaux. Tout un art.

Autre trahison, autres circonstances, celle d'un juré littéraire et  de l'attribution du prix Goncourt dans Jour de gloire, lorqu'un auteur est déchu du titre imprudemment annoncé par son éditeur.


Je n'en dirai pas plus mais je vous recommande de lire ce livre agréablement écrit, pesé et senti et qui réserve bien des surprises.


Editions Dialogues, 2010, 172


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27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 17:56

Le-monde-d-hier.2.jpgRésumé de l'éditeur

Rédigé en 1941, alors que, émigré au Brésil, Stefan Zweig avait déjà décidé de mettre fin à ses jours, Le Monde d'hier est l'un des plus grands livres-témoignages de notre époque. Zweig y retrace l'évolution de l'Europe de 1895 à 1941, le destin d'une génération confrontée brutalement à l'Histoire et à toutes les "catastrophes imaginables".

Il évoque avec bonheur sa vie de bourgeois privilégié dans la Vienne d'avant 1914 et quelques grandes figures qui furent ses amis : Schnitzler, Rilke, Romain Rolland, Freud ou Valéry. Mais il donne aussi à voir la montée du nationalisme, le bouleversement des idées d'après 14-18 puis l'arrivée au pouvoir d'Hitler, l'horreur de l'antisémitisme d'Etat et, pour finir, le "suicide de l'Europe". Avec le recul, la lucidité de son testament intellectuel frappe le lecteur d'aujourd'hui, de même que sa dénonciation des nationalismes et son plaidoyer pour l'Europe.

 

Mon avis

Le Monde d'hier est un livre-témoignage absolument passionnant d'un point de vue documentaire, artistique,  sociologique, philosophique et biographique, emprunt de sensibilité, de simplicité, et de justesse. Remarquablement construit, il est chronologique et très instructif ; il apporte d'indispensables éclairages sur le milieu,  la culture, la pensée, la carrière et les relations de l'auteur. Il a été envoyé par sa femme à son éditeur un jour avant le suicide de Stefan Zweig.

 

Résumé de l'intrigue

Né en 1881, élevé à Vienne, et apatride, Stefan Zweig retrace l'évolution de l'Europe de 1895 à 1941 et écrit ses souvenirs, en pleine guerre, à l'étranger.

Il décrit le monde de la sécurité dans lequel il a été élevé, avant la Première Guerre Mondiale et les particularités du milieu viennois, où confluaient tous les courants de la culture européenne. On comprend mieux, comment Zweig, issu de la bourgeoisie juive, a construit sa personnalité spirituelle et son aspiration profonde à la liberté. Il décrit son milieu social et familial, le contexte culturel,  politique et sociologique de l'époque, sa jeunesse et les conditions de son instruction et il illustre ses propos d'expériences personnelles.

 

Dans ce monde de sécurité politique et monétaire,  personne ne croyait aux guerres ni aux révolutions, chacun était animé par la foi en le Progrès, voyant se développer le téléphone, les voitures, et se répandre le confort et l'hygiène dans les maisons. Ses parents, des gens très riches, s'étaient rapidement adaptés aux plus hautes sphères de la culture tout en développant une puissante industrie textile. Sa mère, née en Italie était issue d'une famille internationale, marquée par l'aspiration juive à la spiritualité. Vienne qui offrait tout le luxe d'une métropole, était animée par un véritable fanatisme pour les beaux arts et l'art théâtral en particulier. Toutes les couches de la population s'y rencontraient, mais les juifs constituaient le véritable public de ces manifestations culturelles. Stefan Zweig parle de ses études, du primaire à l'Université, un apprentissage "morne et glacé" dans un monde où l'ambition de toute bonne famille était qu'un de ses fils soit docteur et où les jeunes gens passaient pour des éléments suspects. La jeunesse à laquelle il appartient apprend avec enthousiasme tout ce qui touche les lettres et l'art nouveau en avance sur le grand public et sur les critiques officiels. Il décrit  le paysage politique autrichien de l'époque,  la bourgeoisie libérale détentrice du pouvoir, le parti socialiste nouvellement formé pour faire triompher les revendications du prolétariat, le parti chrétien social, petit bourgeois et le parti national allemand, révolutionnaire, travaillant à la destruction de la monarchie autrichienne et tente de décrire les mouvements à l'oeuvre. Sur un registre plus intime, il parle de l'oppression constante de la jeunesse et de la sexualité,  de la mode, des vêtements, d'une société sans répit attentive à tout ce qui pouvait paraître inconvenant, de sa crainte de tout ce qui est naturel et corporel, de l'éducation des jeunes filles, maintenues jusqu'au mariage dans l'ignorance totale des choses naturelles et de celle des jeunes hommes, informés dès la puberté des maladies vénériennes par le médecin de famille et pour lesquels on employait souvent  dans les maisons bourgeoises une jolie servante dont la tâche était de "les initier pratiquement". Alors que la prostitution demeurait le fondement de la vie érotique en dehors du mariage, il constate la prodigieuse révolution des moeurs qui s'est opérée par la suite au profit de la jeunesse.

 

A l'Université, Zweig choisit la philosophie qui lui laisse suffisamment de temps pour se consacrer à l'art, sa véritable passion. On découvre alors son parcours et comment il a construit et mené sa carrière d'écrivain, comment il a formé son esprit à l'Europe et à l'humanisme. Il commence très jeune à publier dans des revues littéraires et des quotidiens de premier rang. Il voyage à Berlin qui s'élevait alors du rang de capitale à celui de grande métropole mondiale et rentre en contact avec les jeunes gens issus des milieux les plus opposés. En Belgique, qui avait pris un essor artistique extraordinaire, il fait un voyage d'été et y rencontre Emile Verhaeren qu'il considère comme le premier de tous les poètes de langue française. Il traduit ses textes et prépare un ouvrage biographique qui le font connaître en Allemagne. Il se rend à Paris  et s'installe dans le quartier du Palais Royal à proximité de la Bibliothèque Nationale et du Musée du Louvre. Il se lie d'amitié avec Léon Balzagette traducteur d'oeuvres étrangères et adversaire du nationalisme. A Londres, il a peu de relations littéraires. Il découvre l'Angleterre à travers les dessins de William Blake. Entre la France, l'Angleterre, l'Italie, l'Espagne, la Belgique, la Hollande, Zweig a une vie de nomade. Il loue un appartement à Vienne et y dépose les autographes qu'il collectionne depuis le lycée, des poètes, des acteurs, des chanteurs, les manuscrits originaux, les projets de poèmes, de compositions. Il trouve la maison d'édition qui pendant trente ans a soutenu son oeuvre. Il écrit Thersite et l'envoie aux grands théâtres. Mais la mort soudaine des deux acteurs sensés jouer les personnages principaux de cette pièce ralentit son succès. Son ami Walter Rathenau, grand commerçant et grand industriel, membre du conseil d'administration d'innombrables sociétés, amateur en littérature et polyglotte, conseille à Zweig de dépasser les frontières de l'Europe. Il se rend en Inde, effrayé par la misère, la séparation des classes et des races. En Amérique, il visite New York, Philadelphie, Boston, Baltimore et Chicago. Il rejoint Panama.

 

Le sentiment de solidarité européenne, si cher à Zweig, était en devenir. Mais l'essor du continent avait été si rapide que le désir d'expansion était vif et la concurrence sauvage. Les grandes coalitions se militarisaient toujours plus. Zweig découvre Romain Rolland et sa foi ardente en la mission de l'art qui est d'unir les hommes. Il décrit les premiers jours de la guerre de 1914, la mobilisation générale et l'enthousiasme de milliers d'hommes, portés par une foi naïve et enfantine. Alors que tous les intellectuels en Allemagne, en France, en Italie, en Russie, en Belgique, servaient la propagande de guerre et la haine collective, Zweig écrit un article "A mes amis de l'Etranger" publié dans une revue allemande auquel Romain Rolland répond de Suisse. A partir d'une correspondance suivie, ils tentent de réunir les intellectuels français et étrangers et Zweig étend son influence à travers les grands journaux d'Allemagne et d'Autriche, faisant passer ses articles en contrebande en France. En 1915, il est chargé de réunir les proclamations et les affiches de l'occupation russe et voyage à travers les villes bombardées. En 1917, il fait connaître son drame Jérémie dans les cercles religieux et pacifistes. Il se rend à Zurich, devenue la ville la plus importante d'Europe et y rencontre de nombreux apatrides. L'entrée en guerre de l'Amérique fait apparaître inévitable la défaite allemande.

 

De retour en Autriche devenue indépendante, il est bouleversé par la famine, la ruine, l'effondrement de la moralité, l'inflation, l'égarement, les privations. Les deux partis les plus puissants s'unissent pour former un gouvernement commun. 1923 marque la fin de l'inflation allemande. La vie redevient normale et Zweig connait le succès. Ses ouvrages lui rapportent des sommes considérables. Il collectionne des autographes et acquiert les manuscrits d'oeuvres de Mozart, Bach, Beethoven, Goethe et Balzac. Mais bientôt, Hitler organise des réunions contre la République et les juifs. En 1933, le national-socialisme s'applique avec prudence, par doses successives étouffant toute parole libre jusqu'à l'ordonnance "Pour la protection du peuple allemand qui déclare crime contre la sureté de l'Etat l'impression, la vente, la diffusion de livres juifs. Zweig écrit un livret d'opéra pour Richard Strauss, interdit aux scènes allemandes. Perquisitions, arrestations arbitraires, confiscations de bien, bannissements, déportations  se multiplient. Zweig quitte Salzbourg définitivement et se rend à Londres puis en Amérique, au Mexique et au Brésil.

 

Ce que j'en ai pensé

C'est un livre profondément touchant, bouleversant, un témoignage très fort qui  plonge le lecteur entièrement dans  l'ambiance de l'époque. Il peint une fresque de sa génération. Les anecdotes sont nombreuses et apportent au récit beaucoup de réalisme. Il décrit les réseaux d'amitié qu'il a développés à travers toute l'Europe. Zweig rend hommage à tous les intellectuels plus ou moins célèbres qui ont marqué son oeuvre et son parcours, Rilke, Romain Rolland, Freud, Jules Romains, Tolstoï, Rodin, Strauss et tant d'autres. Biographe, il dresse d'eux un fidèle portrait. C'est un livre très riche et très enrichissant, absolument incontournable, expression de son humanisme, de son ouverture d'esprit, de son engagement pour l'Europe et le pacifisme, de sa passion pour les lettres et les arts.

 

Editeur : Belfond, 1982, 530p


Je participe au challenge Histoire, organisé par jelydragon, au Challenge ich Liebe Zweig et

au challenge J'aime les classiques

 

 

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25 août 2010 3 25 /08 /août /2010 10:04

matilda.jpgRésumé de l'éditeur

Avant même d'avoir 5 ans, Matilda sait lire et écrire, connait tout Dickens, Tout Hemingway, a dévoré Kipling et Steinbeck. Pourtant son extistence est loin d'être facile entre une mère indifférente, abrutie par la télévision et un père d'une franche malhonneteté. Sans oublier Mademoiselle Legourdin, la directrice de l'école, personnage redoutable qui voue à tous les enfants une haine implacable. Sous la plume tendre et acerbe de Roald Dahl, les évenements vont se précipiter, étranges, terribles hilarants...

 

Résumé de l'intrigue

Matilda est une enfant surdouée de 4 ans et 3 mois élevée sans amour. A la bibliothèque elle dévore livre sur livre et sollicite les conseils de la bibliothécaire, Mme Foylot, qui est stupéfaite par ses capacités.  Elle lit une liste impressionnante de romans classiques. Dotée d'un fort caractère, elle se promet de  remettre ses parents en place. Elle invente des jeux pour les punir l'un et l'autre chaque fois qu'ils lui font des crasses. 
A 5 ans et demi, Matilda rentre à l'école primaire dirigée par la terrible Mlle Legourdin. Elle s'entend bien avec son institutrice Mlle Candy  mais Mlle Legourdin, la directrice,  la prend pour une peste, une jeune vipère qu'elle accuse de tous les maux et refuse de faire passer en classe supérieure.  A l'école, Matilda se fait des amis, Anémone et Hortense qui a déjà passé plusieurs jours à l'Etouffoir, ce placard de 25 cm de côté, pour avoir versé du sirop d'érable sur la chaise de Mlle Legourdin.   Par le pouvoir magique de ses yeux et de son esprit, Matilda parvient à se venger d'elle. Surprise par ce don, elle renouvelle l'expérience devant Mlle Candy qui l'invite chez elle et lui confie  le secret de sa terrible enfance et de sa pauvre condition. Matilda est résolue à l'aider...
 
Ce que j'en ai pensé
Cette petite Matilda est  une enfant surdouée qui n'a rien d'une petite fille modèle. Elle est intelligente, espiègle et généreuse, sensible aux problèmes des adultes Cette histoire  qui s'adresse aux enfants à partir de 10 ans propose une alternative à la toute puissance des adultes. Le livre se termine bien, au mieux en tout cas pour Matilda qui trouve son équilibre et l'affection qu'elle réclame sous l'aile de sa maîtresse. C'est une histoire illustrée par Quentin Blake dans laquelle on se plonge avec plaisir. Les dessins sont nombreux et apportent au texte une touche supplémentaire d'émotion.

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Matilda a été adapté trois fois au cinéma, notamment en 1997 par Danny DeVito.

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  Cynthia organise le Matilda's Contest ou Challenge Matilda qui consiste à lire  tous les livres de la liste de Matilda.

Nicholas Nickelby, de Charles Dickens
- Oliver Twist, de Charles Dickens
- Jane Eyre, de Charlotte Brontë
- Orgueil et Préjugés, de Jane Austen
- Tess d'Urberville, de Thomas Hardy
- Kim, de Rudyard Kipling
- L'Homme invisible, de H.G. Wells
- Le Vieil Homme et la Mer, d'Ernest Hemingway
- Le Bruit et la Fureur, de William Faulkner
- Les Raisins de la colère, de John Steinbeck
- Les bons compagnons, de J.B. Priestley
- Le rocher de Brighton, de Graham Greeene
- La ferme des animaux, de George Orwell

Je trouve que c'est une très bonne idée. Les personnes intéressées peuvent se rendre à cette adresse.

 

Editions Gallimard, 1997, 234 p.

Roald Dahls MatildaJe participe au Challenge Roald DahlMatildacopie1-copie-1.jpg et au Matilda's contest

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23 août 2010 1 23 /08 /août /2010 10:11

le-malentendu-1.jpgLe Malentendu est une pièce en trois actes écrite en 1941, sous l'occupation allemande, au début de la seconde guerre mondiale. Elle traite de l'exil, de la solitude, du deséspoir, de l'incommunicabilité et de l'enfermement. Elle fait partie du cycle de l'absurde.

 

 

Martha et sa mère tiennent une auberge en Bohème, sur une terre sans horizon, dans une ville pluvieuse et rêvent de s'installer au soleil, devant la mer. Elles attendent les clients seuls et riches qu'elles pourront dépouiller après les avoir assassinés. Jan, leur frère et fils revient après des années d'absence en fils prodigue et veut se faire reconnaitre sans dire son nom. Sa femme Maria le dépose à contre coeur à l'auberge, dérangée par son mensonge. Il remplit la fiche de renseignements et s'entretient avec Maria des règles de conversation et des conventions respectables à l'hôtel. Martha prend note de ces informations sans les vérifier sur son passeport. A regret, elle remet  au lendemain le projet de crime. Mais le malentendu se confirme lorsque Martha vient vérifier l'état de la chambre et qu'avec Jan ils s'entretiennent sur leur pays respectif. Plus tard, pour se rapprocher d'elle, il sonne le vieux domestique, inquiétant par son silence, son mutisme. Martha monte une théière  contenant de la drogue et les tentatives de sa mère pour l'empêcher de boire seront vaines. Le texte décrit la progression de la méthode éprouvée par les deux femmes, sans qu'à aucun moment elles ne se souviennent de lui. Elles le tuent avec la complicité du vieux domestique puis réalisent qu'il s'agit de leur frère et fils. Elles se suicident alors, leurs projets effondrés, après que Martha eût avoué le crime à Maria venue rejoindre son mari. Désespérée par  la mort, le non sens et l'absurdité de ce geste, Maria n'obtient aucune aide du vieux domestique.

 

La pièce serait inspirée d'un fait divers réel. L'auberge est un théâtre tragique où le passant rencontre la mort. La mécanique criminelle se met en route progressivement, à huis clos. Cette pièce ne manque pas de suspense ni d'ambivalence. Il existe une véritable opposition entre les espoirs de Jan, en quête affective, qui espère retrouver les siens et la froideur de ces femmes désillusionnées, notamment de Martha qui lui oppose des défenses conventionnelles et cherche le bonheur à travers l'argent et le confort. La communication est rendue totalement impossible, y compris entre les deux femmes, confrontées à leur propre solitude et à l'absurdité de leur condition. 

 

Renata Jakubczuk (Université Marie Curie-Sklodowska de Lublin) s'est intérrogée sur les sources de cette oeuvre littéraire et les similitudes permettant de rapprocher cette pièce de celle de l'écrivain polonais Rostworowski, intitulée Niespodzianka. Elle remarque que ce fait divers avait été présenté par Camus en ces termes dans L'Etranger , paru en 1942 (Deuxième partie, chapitre 2) :

"Entre ma paillasse et la planche du lit, j’avais trouvé, en effet, un vieux morceau de journal presque collé à l’étoffe, jauni et transparent. Il relatait un fait divers dont le début manquait, mais qui avait dû se passer en Tchécoslovaquie. Un homme était parti d’un village tchèque pour faire fortune. Au bout de vingt-cinq ans, riche, il était revenu avec une femme et un enfant. Sa mère tenait un hôtel avec sa soeur dans son village natal. Pour les surprendre, il avait laissé sa femme et son enfant dans un autre établissement, était allé chez sa mère qui ne l’avait pas reconnu quand il était entré. Par plaisanterie, il avait eu l’idée de prendre une chambre. Il avait montré son argent. Dans la nuit, sa mère et sa soeur l’avaient assassiné à coups de marteau pour le voler et avaient jeté son corps dans la rivière. Le matin, la femme était venue, avait révélé sans le savoir l’identité du voyageur. La mère s’était pendue. La soeur s’était jetée dans un puits. J’ai dû lire cette histoire des milliers de fois. D’un côté, elle était invraisemblable. D’un autre, elle était naturelle. De toute façon, je trouvais que le voyageur l’avait un peu mérité et qu’il ne faut jamais jouer.»

Henry Amer, dans son article intitulé «Une source du Malentendu?»,  Revue d’histoire littéraire de la France, janvier-février 1970, 70e année, nr 1. présentait de son côté une nouvelle publiée dans Le Petit Journal le 5 juin 1924 qui portait le titre de L’Etranger et qui mettait également en scène un couple meurtrier. L’action du conte se passait en Serbie et l’hôte du conte qui avait séjourné en Amérique et revenait retrouver sa femme et ses enfants ,était tué à coups de hache. De nombreuses similitudes permettent de rapprocher les deux  récits. Les intrigues sont basées sur l’effet de surprise. Le meurtre s’accomplit pendant leur sommeil. Les deux hommes reviennent de pays lointains après un séjour de plusieurs années – une période suffisamment longue pour que la famille la plus proche ne puisse pas les reconnaître. La similitude des prénoms – Marfa et Marta ainsi que Jan Yanek (ami de Baï) – est également surprenante.

Renata Jakubczuk a cherché dans quels journaux, dans quels pays, sur quels continents, on pouvait trouver les traces d’un même fait divers et les a retrouvé dans les légendes de nombreux pays du monde entier depuis le Moyen-Age.
En France,  Paul Bénichou invoque une vieille chanson du Nivernais Le Soldat tué par sa mère. Un fait divers, survenu à Tours en juin 1796, a servi de canevas à Louis Caude de Saint-Martin pour Mon Portrait. En Allemagne, la pièce de Zacharias Werner intitulée Le 24 février  développe le même thème que Le Malentendu. Chez l’auteur allemand, c’est le père qui tue son fils, revenu incognito pour restaurer la fortune familiale. En Angleterre, George Lillo écrit en 1736 The Fatal Curiosity : a True Tragedy of three acts – «Un fils prodigue, tenu pour mort, rentre couvert d’or au foyer paternel où il trouve ses parents ruinés. Ayant caché son identité et étant hébergé comme un voyageur de passage, il est assassiné pendant son sommeil par son père, qui agit sous l’instigation de la mère [...]. Les parents se suicident à la révélation de leur crime.» Un autre Anglais, Robert Brooke (1887-1915) reprend le même sujet dans sa pièce Lithuania mais cet auteur était peu connu à l’époque de Camus. L’histoire du fils prodigue tué par ses proches court à travers toute l’Europe. Maria Kosko, dans son article A propos du Malentendu ajoute que cette histoire apparaît au XVIIIe siècle dans une nouvelle italienne et dans un conte anglais, au XIXe siècle dans un roman tchèque et au XXe siècle dans un roman scandinave. Enfin, hors d’Europe, l’écrivain sud-américain Domingo Sarmiento assure que la même légende est très répandue au Chili et Robert Penn Warren, en 1944, publie la Ballad of billie Potts où on retrouve le même thème dans une chanson populaire des montagnes du Kentucky. En 1621, un jésuite belge Antoine de Balinghem décrit l’histoire d’un aubergiste de Pułtusk qui tue son fils rentré de la guerre le 14 mai 1618. Cette même histoire est reprise dans la littérature allemande par un autre jésuite Georguis Stengelius. En 1740 en Pologne, Piotr Kwiatkowski, un jésuite de Kalisz, suit cet exemple. Julian Krzyżanowski évoque aussi un manuscrit de K. Stronczyński. Selon Renata Jakubczuk, il s’agit d’une légende internationale qui appartient à la culture universelle de l’humanité.

 

Editeur : Gallimard, collection folio théâtre, 161p.


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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 16:00

caligula.gifRésumé de l'éditeur

Caligula : C'est une vérité toute simple et toute claire, un peu bête, mais difficile à découvrir et lourde à porter

Helicon : Et qu'est-ce donc que cette vérité, Caïus ?

Caligula : Les hommes meurent et ils ne sont pas heureux.

Hélicon : Allons, Caïus, c'est une vérité dont on s'arrange très bien. Regarde autour de toi. Ce n'est pas cela qui les empêche de déjeuner.

Caligula : Alors, c'est que tout, autour de moi est mensonge, et moi, je veux qu'on vive dans la vérité.

 

En quelques mots

Caligula est une pièce de théâtre en quatre actes, publiée en 1944. Elle fait partie du cycle de l'absurde.

Caligula, empereur scrupuleux et sans expérience a disparu après la mort de sa soeur et amante Drusilla. Quelques patriciens s'en inquiètent et Helicon, qui par loyauté soutiendra Caligula tout au long de son règne,  n'admet pas qu'il puisse s'agir d'une simple affaire d'amour. Scipion, jeune poète, et Chéréa l'attendent aussi depuis trois jours. Les patriciens envisagent un coup d'Etat. Lorsque Caligula revient, tel un égaré, il confie à Hélicon sa quête de l'impossible et lui demande de décrocher la lune. La mort de sa soeur est le signe d'une vérité selon laquelle les hommes meurent et ne sont pas heureux. Il veut faire vivre ses sujets dans la vérité et se croit capable de leur enseigner la liberté. Il réfute les notions de bien et de mal. Sa quête de liberté toute personnelle et sa soif de pouvoir le poussent à bouleverser l'économie politique et à exiger de tous les fortunés de l'Empire qu'ils déshéritent leurs enfants et testent en faveur de l'Etat avant d'être exécutés selon un ordre arbitraire. Caligula demande à Caesonia, son ancienne maîtresse de jurer de l'aider et d'être aussi cruelle. 

Les patriciens vivent alors dans la peur et l'impuissance et se plaignent de Caligula qu'ils trouvent cynique et tyrannique. Chéréa plus lucide, les conseille et souhaite se battre contre les rêves de Caligula qui transforme sa philosophie en cadavres et pervertit toutes les valeurs. Caligula affecte les sénateurs à son service et renverse la hiérarchie sociale.  Il prend la femme de Mucius qui n'ose rien dire. Après avoir fait mourir son fils, il force Lepidus à rire. Pour prouver qu'il est libre, il décrète la famine et dans sa rage meurtrière et sa passion destructrice il force les autres à la logique. Dans un soucis de gestion de sa maison publique, il crée une nouvelle distinction récompensant les citoyens qui l'auront fréquentée et permet l'exécution des autres. Il empoisonne froidement Meria pour l'exemple. Costumé en Vénus, il défie les dieux et exige des patriciens qu'ils viennent l'adorer et lui versent une obole. Hélicon lui apprend alors que l'on complote contre sa vie et lui remet la preuve de la culpabilité de Chéréa.  Curieusement, il se montrera clément. Seul, confronté à ses erreurs, il consent à mourir assassiné par ceux qu'il a poussés à la révolte et armés contre lui.

 

Le non-sens et l'absurdité de la vie découverte par Caligula font naître l'angoisse et l'insécurité. Caligula n'accepte pas le monde tel qu'il est. Il ne croit en rien et l'absurdité le désespère. Il exige l'impossible et nie la vie humaine. Mais il ne parvient pas à être libre seul contre tous.

 

Edition : Gallimard, Collection Folio théâtre , 224 p.


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13 août 2010 5 13 /08 /août /2010 19:44

les-deux-gredins-copie-1.jpg

Résumé de l'éditeur

La barbe de Compère Gredin est un véritable garde manger, garnie de miette de ses monstrueux festins : restes de spaghettis aux vers de terre, bribes de tartes aux oiseaux...un régal que Commère Gredin lui prépare chaque semaine. Mais voilà qu'une bande de singes acrobates va troubler les préparatifs du plat hebdomadaire...

 

Résumé de l'intrigue

Compère Gredin est un barbu broussailleux de 60 ans qui ne se lave plus depuis des années et dont les restes de repas se collent à la barbe. Ils forment avec Commère Gredin un couple atterrant. Elle est laide, méchante et égoïste. Ensemble, ils se jouent de mauvais tours. Elle cache son oeil de verre dans la chope de bière de son mari, il place une grenouille dans son lit. Elle ajoute de grands vers lombrics dans ses spaghettis, il lui fait croire qu'elle a attrapé la ratatinette en allongeant patiemment sa canne  et pense s'en débarrasser définitivement en ficelant sur elle des ballons gonflés au gaz. Dans leur maison sans fenêtre, ils chassent les oiseaux  à la glu pour en faire des tartes et ce goût les unit. Ils infligent  aux singes qu'ils élèvent de mauvais traitements en leur faisant exécuter toute sorte de tours la tête en bas. Profitant d'une absence des gredins, les singes africains s'allient aux oiseaux anglais avec lesquels ils communiquent grâce aux traductions de l'Oiseau Arc en ciel. Après avoir enduit le plafond des époux Gredin de glu éternelle, ils y collent le tapis, la grande table, les chaises, le divan, le buffet, les lampes et les bibelots et fixent les tableaux à l'envers. Au retour des Gredin, la situation se renverse. Leurs cheveux sont englués de colle par les oiseaux. En essayant bêtement de se remettre à l'endroit chez eux, ils se collent tête au parquet et finissent ratatinés au grand soulagement de leur entourage. 

 

Ce que j'en ai pensé

C'est un livre très court, fantaisiste, simple et efficace initiant les enfants à partir de 8 ans à l'humour noir. Ces êtres sont répugnants, totalement affreux, épouvantables et cruels. La solidarité et la réflexion permettent un dénouement heureux dans la vengeance et, comme dans Tel est pris qui croyait prendre, la méchanceté se retourne contre ceux qui l'ont initiée. La disparition physique des gredins est la réponse apportée à leur cruauté. Le livre a été illustré par Quentin Blake.

 

Les-deux-gredins-planche.jpg

Editions Gallimard, 1980, 92 p.

 

Roald Dahls MatildaJe participe au challenge Roald Dahl organisé par  Liyah

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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7 août 2010 6 07 /08 /août /2010 19:13

Magnus.jpgRésumé de l'éditeur

D'un homme à la mémoire lacunaire, longtemps plombée de mensonges puis gauchie par le temps, hantée d'incertitudes, et un jour soudainement portée à incandescence, quelle histoire peut-on écrire ?

Franz-Georg, le héros de Magnus, est né avant la guerre en Allemagne. De son enfance, " il ne lui reste aucun souvenir, sa mémoire est aussi vide qu'au jour de sa naissance ". Il lui faut tout réapprendre, ou plutôt désapprendre ce passé qu'on lui a inventé et dont le seul témoin est un ours en peluche à l'oreille roussie : Magnus.

Dense, troublante, cette quête d'identité a la beauté du conte et porte le poids implacable de l'Histoire. Elle s'inscrit au cœur d'une œuvre impressionnante de force et de cohérence qui fait de Sylvie Germain un des écrivains majeurs de notre temps.

 

 

En quelques mots

A cinq ans, Franz-Georg a perdu la mémoire à la suite d'une fièvre vorace. Sa mère Théa Dunkeltal la lui restitue en partie. Il est inséparable de Magnus, un ours en peluche marron clair aux oreilles de cuir. Son père, Clemens Dunkeltal est médecin, admiré de son fils pour ses dons de chanteur et souvent absent.  Obligés de fuir à la fin de la guerre et de changer de nom, ils  s'apprêtent à partir au Mexique. Son père est déclaré criminel de guerre pour avoir envoyé dans les chambres à gaz des camps de concentration les prisonniers les plus affaiblis et condamné par contumace à la prison à vie. Sa famille qui s'est maintenue en Allemagne, pense qu'il s'est suicidé après une cavale de près de trois ans en Amérique latine. Avant de mourir à son tour dans le déni total des horreurs de la guerre, Théa envoie Franz-Georg à Londres en compagnie de son oncle Lothar, frère de sa mère et de sa tante Hannetone. Il prend le nom d'Adam Schmalker. Orphelin de ses deux parents, il découvre à treize ans l'histoire familiale, l'engagement de son père au parti national socialiste, le mariage de Lothar avec une femme juive dans la clandestinité de la résistance. Petit à petit, il réunit des indices sur sa vie avec sa mère. Il découvre ses premiers émois amoureux avec Peggy Bell, l'amie de sa cousine Else mais il se sent impuissant à anéantir son ascendance nauséeuse. En réaction à la perte des souvenirs de sa prime enfance, il développe une mémoire exceptionnelle. A la fin de ses études, il part au Mexique et recherche en vain le tombeau de son père. Il rencontre May et Terence Gleanerstones. Pris par la fièvre, Adam tombe malade et, dans son délire, parle une langue étrangère et se fait appeler Magnus. Il devient l'amant de May et rentre à Londres avec elle, certain de ne pas être le fils de Théa et de Clemens Dunkeltal. Il apprend de Lothar qu'il a été adopté par Théa. A 20 ans, il quitte l'Angleterre et s'installe à San Francisco où il découvre ses origines Islandaises. A la mort de May, il rentre en Europe après 12 ans d'absence et revoit Peggy Bell avec laquelle il se fiance. Au cours d'un dîner au restaurant, il reconnait son père et son fils naturel. L'issue dramatique de cette rencontre le conduit en France, dans le Morvan où il rencontre un moine clownesque qui l'interroge sur son identité.

 

Ce que j'en ai pensé

C'est une histoire bouleversante, une quête d'identité, celle de Magnus qui reconstitue par morceaux son enfance, attaché tout au long de sa vie à cet ours en peluche, aux yeux de renoncule, dont émane "une imperceptible odeur de roussi et de larmes". J'ai beaucoup aimé ce récit, l'écriture de l'auteur découpée en fragments numérotés, où s'intercalent des notules, des resonances, des séquences, des échos, des litanies, des intercalaires et des éphémérides. Le style est magnifique, le texte est émouvant et très agréable à lire. Ce roman a reçu le prix Goncourt des lycéens en 2005. Je remercie Clara  qui en a fait un livre voyageur.livre voyageur

 

Editeur : Albin Michel, 2005, 265 p.

 

 

 

 

 

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