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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 11:48

Le Promenoir des deux amants

 

Auprès de cette grotte sombre

Où l'on respire un air si doux,

L'onde lutte avec les cailloux,

Et la lumière avecque l'ombre.

 

Ces flots, lassés de l'exercice

Qu'ils ont fait dessus ce gravier,

Se reposent dans ce vivier

Ou mourut autrefois Narcisse.

 

C'est un de ces miroirs où le Faune

Vient voir si son teint cramoisi,

Depuis que l'amour l'a saisi,

Ne serait pas devenu jaune.

 

L'ombre de cette fleur vermeille

Et celle de ses joncs pendants

Paraissent être là dedans

Les songes de l'eau qui sommeille.

 

Les plus aimables influences

qui rajeunissent l'univers

Ont relevé ces tapis verts

De fleurs de toutes les nuances.

 

Dans ce bois ni dans ces montagnes

Jamais chasseur ne vint encor :

Si quelqu'un y sonne du cor,

C'est Diane avec ses compagnes.

 

Ce vieux chêne a des marques saintes ;

Sans doute , qui le couperait,

Le sang chaud en découlerait

Et l'arbre pousserait des plaintes.

 

Ce rossinol mélancolique

Du souvenir de son malheur,

Tache de charmer sa douleur,

Mettant son histoire en musique.

 

Il reprend sa note première,

Pour chanter d'un art sans pareil

Sous ce drapeau que le soleil

A doré d'un trait de lumière.

 

Sur ce frêne deux tourterelles

S'entretiennent de leurs tourments,

Et font les doux appointements

De leurs amoureuses querelles.

 

Un jour Vénus avec Anchise

Parmi ses forts s'allait perdant

Et, deux Amours en l'attendant,

Disputaient pour une cerise.

 

Dans toutes ces routes divines,

Les Nymphes dansent aux chansons,

Et donnent la grâce aux buissons

De porter des fleurs sans épine.

 

Jamais les vents ni le tonnerre

N'ont troublé la paix de ces lieux,

Et la complaisance des cieux

Y sourit toujours à la terre.

 

Crois mon conseil, chère Climène :

Pour laisser arriver le soir,

Je te prie allons nous asseoir

Sur le bord de cette fontaine.

 

Tristan L'Hermite (1601-1655)

Les Amours, Strophes 1-14.

230px-TristanL-Hermite.jpg

(Photo Wikipédia)

Une idée originale de Celsmoon

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19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 12:17

defi Afrika Choupynette-copie-1Lorsque j'ai choisi de relever le défi Afrika proposé par Choupynette, je me suis interrogée sur la  nationalité des auteurs. Qu'elle soit issue du droit du sol, du droit du sang ou d'un processus de naturalisation, elle est déterminante dans le choix des auteurs, étant précisé que "les romans écrits par des auteurs non-africains se déroulant en Afrique ne comptent pas dans ce défi". ll s'agit en effet de  lire en 2011 des livres de romanciers africains. Choupynette ne dit rien sur la multinationalité, la double nationalité en particulier. Je considère  donc que celle-ci entre dans les critères de choix des auteurs sous réserve qu'ils soient nés sur le continent africain comme cela est précisé dans les règles édictées.

 

Le choix des ouvrages peut être fait en considérant les définitions relatives au droit du sol, au droit du sang et à la naturalisation, trois modes d'acquisition de la nationalité qui ne sont pas exclusifs les uns des autres.

Le droit du sol accorde la nationalité à "une personne physique née sur un territoire national , indépendamment de la nationalité de ses parents" et définit l'appartenance à un pays "par le fait d'y résider, d'y travailler, d'y vivre, quelque soit ses origines, ses traditions et sa culture". Le droit du sang, selon lequel "on appartient à une famille, à une tribu, à un peuple, et pas à un territoire", "accorde la nationalité  aux enfants nés de parents possédant eux-mêmes la nationalité concernée". Seuls les africains « de souche » peuvent "prétendre à cette identité, qu'ils garderont où qu'ils résident, travaillent ou vivent dans le monde" : "l'appartenance est, cette fois, définie par les origines, les traditions et la culture".

"La naturalisation est l’acquisition d’une nationalité ou d’une citoyenneté par un individu qui ne la possède pas par sa naissance. Il doit généralement justifier d’une durée minimale de séjour sur le territoire de l’État dont il demande la nationalité et y être enregistré comme résident permanent. Certains États, n’admettant pas la double nationalité, exigent qu’il renonce aux autres nationalités et / ou citoyennetés qu’il possède au moment de sa naturalisation. Des aménagements existent parfois pour les naturalisations par mariage."

 

Pour respecter les limites du défi exprimées par Choupynette, Il s'agit donc de choisir des' auteurs nés sur le continent africain ayant au moins la nationalité d'un pays africain quelque soit le mode d'acquisition de cette nationalité. Le lieu de vie, de résidence et de travail de l'auteur n'est pas un critère d'exclusion.

 

Plus d'informations : 

Sur le Droit du sol

Sur le Droit de la nationalité

Sur la naturalisation

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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 15:04

cyrano.jpg"Pensiez-vous donc, me dit-elle, que ce grand aigle fut notre souverain ? C'est une imagination de vous autres hommes, qui à cause que vous laissez commander aux plus grands, aux plus forts et aux plus cruels de vos compagnons, avez sottement cru, jugeant de toutes choses par vous, que l'aigle nous devait commander. Mais notre politique est bien autre ; car nous ne choisissons pour nos rois que les plus faibles, les plus doux, les plus pacifiques ; encore les changeons-nous tous les six mois, et nous les prenons faibles, afin que le moindre à qui ils auraient fait quelque tort se pût venger d'eux ; nous les choisissons doux afin qu'ils ne haïssent ni ne se fassent haïr de personne, et nous voulons qu'ils soient d'une humeur pacifique, pour éviter la guerre, le canal de toutes les injustices. "

 

 

(photo wikipédia)

Au royaume des Oiseaux, Histoire comique des Etats et Empires du soleil, Cyrano de Bergerac(1620-1655)

 

le jeudi c'est citation-copie-1

Une idée de Chiffonnette

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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 18:30

AlliochaRésumé de l'éditeur


1924. Elève de troisième dans un lycée de Neuilly, Aliocha n'est pas un enfant comme les autres. Fils d'émigrés russes fuyant la révolution, il est élevé dans le souvenir de sa patrie natale. Aliocha rêve d'être français : l'amitié qui le lie à Thierry est son premier pas vers l'intégration.

 

En quelques mots


Alexis Krapivine, dit Aliocha a 14 ans et demi. Il est élève de troisième au lycée Pasteur à Neuilly et porte des Knickerbockers. Il est le fils d'émigrés russes tsaristes. Thierry Gozelin est l'ami d'Aliocha et le meilleur de la classe mais il est aussi bossu et cette difformité l'éloigne de ses camarades, des filles en particulier. Ensemble, ils parlent de littérature, de Victor Hugo notamment. Ils deviennent peu à peu les meilleurs amis du monde. Le milieu russe dans lequel évolue Aliocha se sent supporté par la France mais pas véritablement aimé et ses parents espèrent  pouvoir retourner en Russie. Lui-même ne se sent pas inspiré par la Russie. Passionné de littérature française, il voit d'un oeil inquiet le désir de retour de ses parents. Lorsqu'il invite son ami à déjeuner, il est gêné de leur accent et des mets traditionnels qu'a préparés sa mère. Il veut devenir écrivain mais rejette ce qui vient de Russie. Sur les conseils de Thierry qui le reçoit parfois chez lui, il se met pourtant à écrire ses souvenirs de Russie sur le cahier journal inventé par son professeur de français.  Le roman retrace les grands évènements de l'histoire russe et de ses rapports avec l'Europe, la France et l'Angleterre en particulier. Avec quelques amis partageant les mêmes intérêts, le père  d'Aliocha, Georges, représentant en articles de bureau, tente de récupérer les capitaux que la compagnie pour les échanges internationaux avait déposé à son compte en Angleterre. Mais les financiers britanniques refusent de le rembourser. Lors du rapprochement entre la France et l'URSS, ses parents craignent de n'avoir plus aucune existence officielle.Cette anxiété marque Aliocha qui s'efforce de maintenir le contact avec ses parents.

C'est une histoire d'amitié forte et émouvante. Le trajet littéraire d'Aliocha est également touchant en raison notamment du caractère largement autobiographique de ce livre. Henri Troyat en effet, élu à l'Académie française en 1959 après une carrière d'écrivain prolifique, est né en Russie en 1911 et  a fui Moscou en 1917, après la Révolution d'Octobre. Il a fait ses études en France, au lycée Pasteur de Neuilly sur Seine.  Le héros de son livre, Aliocha, parvient à s'intégrer en classe par une démarche littéraire, à partager sa passion pour la poésie et la littérature, et à assumer ses racines russes. A travers la langue et la littérature, il trouve un moyen de soutenir ses parents dans l'épreuve.

 

Editions Flammarion, 1991

 

AnneeRussie2011Je participe au challenge une année en russie édition 2011 organisé par pimpi

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13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 18:50

Georges nous rappelle que cette année encore, le salon du livre se tiendra à Paris, porte de Versailles du 18 au 21 mars 2001. Elle propose à ceux et celles qui le souhaitent de s'y retrouver. Je serai sûrement là.

salon-du-livre-2011.jpg

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13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 15:12

Le matin

 

L'Aurore sur le front du jour,

Sème l'azur l'or et l'ivoire,

Et le soleil lassé de boire,

commence son oblique tour.

 

Ses chevaux, au sortir de l'onde,

De flamme et de clarté couverts,

la bouche et les naseaux ouverts

Ronflent la lumière du monde.

 

Ardents ils vont en nos ruisseaux,

Altérés de sel et d'écume,

Boire l'humidité qui fume

Sitôt qu'ils ont touché les eaux.

 

La lune fuit devant nos yeux,

La nuit a retiré ses voiles :

Peu à peu le front des étoiles

S'unit à la couleur des cieux.

 

Déjà la diligente avette

Boit la marjolaine et le thym,

et revient riche du butin,

Qu'elle a pris sur le mont Hymette.

 

Je vois les agneaux bondissants

Sur ces blés qui ne font que naïtre ;

Cloris chantant les mène paître,

Parmi ces coteaux verdissants.

 

Les oiseaux d'un joyeux ramage,

En chantant semblent adorer

La lumière qui vient dorer

Leur cabinet et leur plumage.

 

 

Théophile de Viau (1590-1626)

  230px-Theophile_de_Viau.png

(photo wikipédia)

une idée originale de Celsmoon

 

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10 mars 2011 4 10 /03 /mars /2011 23:11

la princesse de clèvesEn début d’année, je me suis inscrite au challenge des demoiselles de Lettres organisé par Céline sur son blog bleu.  Il fallait choisir un roman féminin du XVIIème siècle et très naturellement, j’ai choisi La princesse de Clèves. Outre ce roman, Céline avait proposé de lire Antoinette Deshoulières, Marie Catherine de Villedieu ou Madame de Sévigné. On pourrait ajouter Mme de Scudéry. La dimension historique du roman de Madame de La Fayette, a orienté mon choix. Je ne l’ai pas abordé de façon habituelle parce qu’il s’agit d’un roman modèle dans l’histoire littéraire, sur lequel on a beaucoup écrit, dès sa parution, et qu’il est très étudié, notamment au lycée. Je l’avais moi-même étudié au début de mes études supérieures et j’en avais gardé un très bon souvenir. Ma relecture a été plus studieuse que je ne le pensais et je l'ai complétée par une recherche d’informations sur la place des femmes au XVIIè siècle d’une part et sur le contexte historique de l’intrigue d’autre part car la période choisie est symptomatique. Cette recherche est presque indispensable tant les références historiques sont nombreuses en début de texte.

 

Le rôle de la femme au XVIIème siècle


Le challenge de Céline consiste d'abord à s'intéresser aux femmes, aux femmes de Lettres en particulier, à différentes époques. Le rôle de la femme au XVIIème siècle est défini par l’Eglise et par les moralistes. Tandis que l'Eglise lui recommande de fonder un foyer en apprenant les futures tâches familiales dans un couvent, les moralistes donnent à la femme une place dans les salons, et attendent d’elle qu’elle apprenne à recevoir du monde, à danser, à jouer un instrument de musique. Sans figurer réellement dans les sphères du pouvoir, de la finance ou de l’administration, les femmes jouent des rôles sociaux reconnus et occupent des fonctions publiques dans les salons, les théâtres et les fêtes, les lieux religieux. Elles créent des salons afin de débattre de sentiments, de curiosités et de disciplines intellectuelles, philosophiques, scientifiques ou mathématiques. Elles s'intéressent de plus en plus aux sciences, aux inventions, aux découvertes, assistent à des conférences scientifiques et veulent devenir savantes. Les femmes cherchent  la liberté dans la famille, ce qui n’est pas toujours accepté. Elles sont soucieuses d'être l’égale de leur mari et de pouvoir faire ce qu'elles souhaitent.  Pour aller un peu plus loin, je vous propose ici un extrait de l’article de Claude Reichler de l’Université de Lausanne sur l’organisation des salons que fréquentait Madame de La Fayette. « Dans les salons, dont plusieurs jouèrent un rôle essentiel en tant qu' "institutions parallèles" (le plus connu est celui de l'Hôtel de Rambouillet), les femmes invitent, orientent la conversation (activité capitale pour l'échange d'informations, organisent des rencontres, dirigent le goût et les mœurs… Dans les théâtres et dans les fêtes, elles sont le centre des regards et des rencontres, créent des clans, contrôlent des influences. Cela peut nous paraître mince aujourd'hui, mais ne l'était pas dans une époque monarchique où le pouvoir restait confiné dans une sphère étroite. Dans les réunions scientifiques même, quand ont lieu des expériences publiques, les femmes médiatisent les découvertes et les techniques nouvelles : elles sont au cœur d'un premier mouvement de vulgarisation du savoir, influençant les interactions sociales que la science va stimuler de plus en plus. Quant à la religion, dont on ne saurait exagérer l'importance tout au long du siècle, les femmes y jouent un rôle non négligeable : les grandes dames créent des fondations, les ordres religieux féminins sont actifs à tous les niveaux de la société (charité, soins aux malades, enseignement) ; des figures majeures de la vie spirituelle sont des femmes, de la mystique Thérèse d'Avila à la missionnaire Marie de l'Incarnation, fondatrice du couvent des Ursulines de Québec. Mme de Maintenon, épouse secrète de Louis XIV, eut sur le roi vieillissant une grande influence, imprégnant la cour d'une dévotion grandissante et poussant le monarque à une sévérité toujours plus grande envers les protestants et les jansénistes. »

 

Le contexte de l’œuvre et de l’intrigue


L’auteure, Mme de Lafayette (née à Paris en 1634) était mondaine et cultivée. Son salon de la rue de Vaugirard réunissait des membres de la haute société.  Elle évoluait dans un milieu aristocratique et lettré. C’était une femme savante, confidente et amie d’Henriette d’Angleterre, de Mme de Sévigné et de la Rochefoucauld. La Princesse de Clèves est son premier roman d’analyse, paru en 1678 au cours du siècle de Louis XIV où tout se trouve ordonné autour de Versailles et du Roi Soleil. Il s'intègre parfaitement dans le courant de pensée de l'époque. Dans la littérature de l’époque en effet, l’homme n’apparait plus  comme un être essentiellement raisonnable, lucide, libre mais comme un chaos de passions. C’est la vérité humaine qui importe le plus. D'autre part, la préciosité,  phénomène européen et social,  s’épanouit dans le cadre des salons. Les habitués s’amusent à des jeux de société, lisent beaucoup et s’intéressent à des débats psychologiques. « La préciosité est le désir de donner du prix à sa personne à ses sentiments, à ses actes, à son langage ». Elle implique un effort conscient pour s’extraire du commun des autres et se distinguer par l’esprit.  La princesse de Clèves est  un roman précieux, une très belle illustration de ce courant et des  effets plus ou moins dévastateurs de la passion. C’est un roman très court. Les récits et les éléments secondaires illustrent  l’intrigue centrale en attirant l’attention sur les désordres de l’amour.  Mme de La Fayette rapporte plusieurs histoires, interrompant le récit principal. Elle donne ainsi une vision assez complète de ce que pouvait être la passion amoureuse au XVIè siècle, tout en revenant  au trio des personnages principaux et en enrichissant l'intrigue de son roman. C’est aussi un roman historique. L’action a pour cadre la cour du roi Henri II (1519-1559) et le début du règne de François II. L’auteur donne une couleur historique à son roman en peignant des traits de mœurs et en faisant revivre des figures historiques et des intrigues réelles. Le choix de la période historique est très intéressant. L’année 1559 semble en effet apporter une césure dans l’histoire française du XVIe siècle, séparant une période de paix au moins relative à l’intérieur et d’expéditions militaires à l’étranger d’un temps de guerres civiles et d’effacement croissant du royaume des Valois sur l’échiquier européen. C’est le passage de la joie de vivre caractéristique de la Renaissance – du moins à un certain étage de la société- au climat de terreur et de haine engendré par les antagonismes religieux. Cette date annonce aussi le ralentissement de l’activité artistique. Enfin, après 1559, l’existence des français se trouve de plus en plus perturbé par la violence grandissante des guerres de religion. En matière culturelle, les écarts ne cessent de s’accroitre entre les villes et le monde rural. Il s’est produit dans l’Europe de la Renaissance une laïcisation  et un élargissement de la connaissance. La noblesse se convertit à l’instruction ; les fils de marchands et d’officiers fréquentent l’Université. Mais il n’y a pas de démocratisation de la culture. Les cours sont les principaux foyers de diffusion de la culture. Les souverains et leur entourage lancent les modes et le goût artistique. La littérature française se caractérise par la sincérité du ton et de l’inspiration. Elle aborde les grands sujets, la femme, la mort le péché et la foi. Il apparait que Mme de Lafayette  qui présente de nombreux personnages princiers dans ce roman et donne de véritables repères historiques (traité de Cateau Cambresis, mariage d'Elisabeth de France, fille d'Henri II avec Philippe II d'Espagne et de la soeur du roi avec le duc de Savoie, mort du roi, accidentellement tué par un coup de lance de Montgomery) évoquerait souvent l’atmosphère de la cour de Louis XIV plutôt que celle du temps des Valois, comme en témoignerait notamment l’épisode du portrait dérobé. A la mort de François Ier et après le couronnement d'Henri II, de grands changements eurent lieu à la cour. Si des ministres furent renvoyés et ceux préalablement disgraciés rappelés, Henri II  continua comme son père à soutenir le développement artistique et intellectuel. Il multiplia les entrées royales et les festivités, encourageant l'architecture, la sculpture, la musique. C'est de la Cour elle-même que sortit l'un des plus grands mouvements de la poésie française.

 

En quelques mots


L’amour est le principal sujet de ce roman. La psychologie des personnages est au centre de l’intrigue. Tout en présentant tous les aspects de la vie de cour sous Henri II, magnificence, galanterie, partie de chasse et de paume, ballets, courses de bagues, goût pour les vers, la comédie, la musique, la poésie et les lettres, intrigues sentimentales mêlées à toutes les affaires, cabales, vengeances et haines personnelles,  l’auteure trace des portraits des personnages illustres de son roman et dépeint leurs qualités en commençant par  Henri II, prince sportif, soucieux de plaire aux femmes et  amoureux de Diane de Poitiers, de vingt ans son ainée. La cour réunit de grands seigneurs admirables, d’un mérite extraordinaire. Les princes qu’elle présente excellent dans la guerre, leur esprit est vaste et profond, leur âme est noble et élevée, ils ont une ambition démesurée, un esprit vif, une éloquence admirable, une science profonde, sont plein d’esprit et d’adresse, braves et magnifiques.

 

Apparait alors Mlle de Chartes l’héroïne de ce roman. A quinze ans, elle fait ses débuts à la cour. Elle est remarquable par sa vertu et par sa beauté. Sa mère l’a mise en garde contre les dangers de la passion, le peu de sincérité, la tromperie et l’infidélité des hommes mais elle rencontre par hasard le prince de Clèves qui, séduit par sa beauté,  conçoit pour elle une passion et une estime extraordinaire et la demande en mariage. Il se heurte à l’opposition de son père mais celui-ci meurt peu après. Les projets d’union de Mlle de Chartres échouent à la suite d’intrigue de cour et, reconnaissante à l’égard du Prince de Clèves d’avoir bravé la cabale, elle l’épouse. Mais elle ne ressent pas de réels sentiments pour lui, ce dont il souffre profondément. Quelques temps après son mariage, elle rencontre au bal  le duc de Nemours, seigneur extrêmement brillant sur le point d’épouser la reine Elisabeth d’Angleterre. C’est un véritable coup de foudre. Une passion grandissante s’empare de Mme de Clèves. Elle se range secrètement à l’avis de M. de Nemours, exprimé publiquement, sur le sujet non anodin de la place des amants dans les bals et se prétend malade pour échapper à celui qu’organise le Maréchal de Saint André. Mais le trouble que cette dissimulation provoque n’échappe pas à son entourage, en particulier à sa mère. Elle prend conscience un peu trop tard de ses sentiments amoureux et ressent à la fois de la  honte et de la jalousie à l’égard de Mme la Dauphine dont elle pense M. Nemours épris. La maladie passagère de Mme de Chartes à qui elle voulait se confier lui donne l’occasion de se rapprocher de Mme la Dauphine qui lui fait part de ses observations sur le changement de comportement amoureux de M. de Nemours. Elle entre alors dans le jeu des intrigues galantes qui calme sa jalousie. M. de Némours cherche tous les prétextes pour la rencontrer. Sur son lit de mort, Mme de Chartes lui donne une dernière leçon de conduite et la rappelle sèchement à ses devoirs d’épouse. Mme de Clèves cherche à fuir le monde et M. Nemours en particulier mais son mari n’en comprend pas les raisons.  M. de Clèves apprend alors à sa femme la mort de Mme de Tournon dont son ami M. de Sancerre avait été follement amoureux. Ce passage est l’occasion pour M. de Clèves d’édifier son épouse et pour l’auteur de décrire les effets dévastateurs de la dissimulation et de la  trahison. M. de Sancerre est profondément attristé par la promesse de mariage de Mme de Tournon avec M. d’Estouville qu’il apprend sur son lit de mort. Larmes, rage, colère et affliction accompagnent cette découverte.

 

Les sentiments lorsqu’ils ne sont pas réciproques, le style de la vie de cour, ce mélange permanent des intérêts et des affections, l’exposition constante de soi, les cabales et la difficulté de protéger sa vie privée et son intimité sont au cœur de ce roman. Le style de vie a une grande influence sur la finesse des sentiments à peine dissimulés et sur les intuitions des personnages qui perçoivent la vérité sans qu’elle leur soit toujours révélée. La place des attitudes est essentielle dans ce livre. Les signes physiques de la honte, de la tristesse, de la joie ou de l’embarras sont largement décrits et interprétés et participent à nourrir les intrigues. Le défi est bien  de rester maître de ses paroles et de son visage.

 

M. de Némours subtilise sous ses yeux le portrait de Mme de Clèves que Mme la Dauphine avait fait réaliser. Cette disparition n’échappe pas à la cour, à son mari en particulier qui, sous le ton de la plaisanterie, pressent la vérité. Cet évènement plonge Mme de Clèves dans l’embarras et lui donne des remords. Assurée des sentiments de M. de Némours à son égard et soucieuse de rester sincère avec son mari, elle envisage de lui révéler ses sentiments. Au cours d’un exercice, M. de Némours perd une lettre qui lui aurait été adressée par une maîtresse. Mme la Dauphine se fourvoie sur la qualité de l’auteur qu’elle prend pour l’aimée de M. de Némours. Mme de Clèves ressent une jalousie profonde et douloureuse à la lecture de ce billet. Elle perd confiance en elle et, plongée dans l’aigreur, elle ne sait plus interpréter les signes que lui a donnés M. de Nemours. C’est alors qu’il se rend chez elle lui apprenant que cette lettre est en fait destinée à son oncle le Vidame de Chartres. Le passage sur la lettre du vidame est tout à fait représentatif de ce mélange des genres affectif et affairiste. Mme de Clèves retrouve calme et douceur. Passant d’un extrême à l’autre, elle se sent coupable et médite un aveu aussi cruel soit-il. A la campagne, M. et Mme de Clèves s’éloignent du tumulte de la cour. Là, avec la sincérité à laquelle son mari attache tant de prix, elle avoue courageusement son inclination en présence de Némours qui assiste, dissimulé, à cet entretien confidentiel et le rapporte au vidame de Chartres. Jaloux, M. de Clèves fait suivre M. de Némours qui observe Mme de Clèves tout en étant dissimulé et trouve les preuves de son amour pour lui. Il est littéralement transporté par cette expérience. Mais M. de Clèves en est informé. Il tombe gravement malade et meurt. La mort de son mari plonge Mme de Clèves dans une grande douleur mais avec le temps, elle avoue son amour à Nemours qui de son côté s’était entretenu avec le Vidame de Chartres sur son amour pour sa nièce. La déclaration de M. de Nemours est à la fois discrète et réservée. Mme de Clèves démontre une parfaite maîtrise d’elle-même.

 

 

Extrait : « Je vous avoue que vous m’avez inspiré des sentiments qui m’étaient inconnus devant que de vous avoir vu, et dont j’avais même si peu d’idée qu’ils me donnèrent d’abord une surprise qui augmentait encore le trouble qui les suit toujours. Je vous fais cet aveu avec moins de honte parce que je le fais dans un temps où je le puis faire sans crime et que vous avez vu que ma conduite n’a pas été réglée par mes sentiments. »

 

Mais elle le rend responsable de la mort de M. de Clèves et la raison l’emporte sur sa passion. Elle renonce à celui qu’elle aime, car elle ne peut supporter l’idée qu’un jour peut-être, il cessera de l’aimer. Elle choisit aussi de se retirer du monde, surmontant les restes de cette passion.

 

Il n'y a pas de description physique dans ce roman, rien sur les costumes en particulier. Tout le récit est axé sur une certaine vérité des sentiments et sur les émotions des personnages.  La finesse des analyses est dans ce domaine remarquable, le vocabulaire relatif à la psychologie amoureuse est très riche. La signification des termes employés est parfois éloignée du sens actuel et il peut être intéressant de se référer à un lexique romanesque. Ce n'est pas tant le caractère que les sentiments qui sont analysés.  Les personnages sont tous d'une beauté parfaite et  de nature exceptionnelle.  Ce qui les différencie c'est leur parcours amoureux et l'expression de leurs sentiments. J'ai été très touchée par  leurs troubles, leurs expressions et leur situation amoureuse, en particulier celle de M. de Clèves bien malheureux en amour et qui malgré ce triste destin reste fidèle à lui-même. Mais je ne peux m'empêcher de regretter le dénouement, si austère. La vertu et l'honneur ne sont pas les garants du bonheur. Le personnage de Mlle de Chartres attire vers elle l'admiration, le respect et l'amour de son entourage. Elevée à distance des moeurs dissolues de la cour, elle suscite des réactions passionnelles et elle en ressent aussi. Le roman décrit l'épanouissement de ses sentiments  amoureux, les nuances de son attachement. Peu à peu, elle découvre la passion. Elle est parfois lucide sur elle-même, lorsqu'elle épouse M. de Clèves notamment, consciente qu'elle risque de ne jamais l'aimer au delà de l'estime. Mais elle est complètement troublée par sa rencontre avec  le prestigieux M. de Nemours. Car c'est   un véritable coup de foudre, une fusion amoureuse platonique qu'elle découvre avec  lui.  Cette nouveauté l'expose d'abord à une certaine aliénation, elle  dénie ses émotions, se trompe sur elle-même, sur les autres et d'autres sentiments moins agréables viennent se greffer sur son inclination : elle est rongée par la douleur, l'aigreur et la jalousie. Par respect et souci de dignité elle repousse ses penchants et tente de mettre à distance ses sentiments déraisonnables mais elle ne peut maîtriser les effets dévastateurs de cet amour évident et surtout ceux de l'aveu de cette évidence qui causera chez elle un profond sentiment de culpabilité.  Son amour s'est épanoui dans la contrariété,  il s'appuie sur un interdit et elle recherche alors une voie plus spirituelle abandonnant M. de Némours à la détresse, à l'amour platonique éternel.

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Diane de Poitiers                                                             Henri II(  Dante Alighieri source wikimedia commons)

D'autres avis sur ce roman, celui de Pascal, qui  rappelle les propos du président sur ce roman et le défend, celui de  Schlabaya , l'avis de Georges, celui de  Bulle ,

 

Pour aller plus loin :

Claude Reichler, Thèmes d’histoire littéraire XVIe au XVIIé siècle. Université de Lausanne 

Georges Duby et Michelle Perrot (sous la direction de) : Histoire des Femmes

René Pillorget : « L’âge classique, 1661-1715 » dans Histoire de la France  sous la direction de Georges Duby, Larousse, 1988, p. 275-293.

Delumeau, Jean : « Renaissance et discordes religieuses, 1515-1589 » dans Histoire de la France  sous la direction de Georges Duby, Larousse, 1988, p. 231-252.

André Lagarde et Laurent Michard : « XVII è siècle les grands auteurs », p.355-367

 

Edition Larousse

 

Je participe au challenge Histoire organisé par jelydragon et au challenge demoiselles de Lettres organisé par Céline
challenge histoire-copie-1

demois10

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10 mars 2011 4 10 /03 /mars /2011 02:38


"Nous serons, par nos lois, les juges des ouvrages ;
Par nos lois, prose et vers, tout nous sera soumis :
Nul n’aura de l’esprit; hors nous et nos amis.
Nous chercherons partout à trouver à redire,
Et ne verrons que nous qui sachent bien écrire."

Les femmes savantes, Molière, Acte III, sc 2

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Une idée de Chiffonnette



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4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 22:55

les dessous de tableRésumé de l'éditeur

Les dessous de tables ou l’alchimie des cuisines, de la nourriture et de l’acte social qu’est le repas. Ces nouvelles attrapent le lecteur par le coeur, tant se révèlent à table ou dans les coulisses, les amours, les rancoeurs, les secrets de famille, les détresses cachées…

Par son observation fine des attitudes, des regards échangés, des appétits petits ou grands, chipoteurs ou gourmands, Nicole Versailles nous révèle la complexité de ses personnages.

Il y a là à boire et à manger. Il y en a pou tous les goûts...

Après cette lecture, vous vous surprendrez à observer d'un oeil différent vos compagnons de table. Vous les aimerez ou pas, mais en aucun cas ils ne vous laisseront indifférents.

 

Mon avis

Les dessous de table est un petit recueil de 18 nouvelles, édité en 2010 en Belgique. Le premier ensemble de nouvelles décrit la situation tragique de personnages atteints dans leur dignité et dans le vécu de leur sexualité. Prostitution, crime passionnel, pédophilie, viol, abandon, infidélité, flirt, regard d'enfant sur une mère qu'elle surprend avec son amant sont les sujets développés. Un deuxième ensemble aborde les thèmes de la violence et de la mort, suicide programmé,  agression et vengeance fatale, veuvage et solitude, meurtre au sein du couple, assassinat. Un troisième ensemble traite de relations plus familiales, transplantation du foie d'un enfant, jalousie d'une mère et fin de l'amour d'une fille pour ses parents. Autant de personnages que le traumatisme a brusquement stoppé dans leur élan ou qui s'en sont accommodés. Le récit de ces perversions est livré tel quel sans jugement, ni excès, avec une légéreté remarquable.

 

Dans un style très personnel, l'auteur sait rendre en effet ses personnages accessibles. On approche leur quotidien, leur intimité simplement, voire crument. Le genre est parfaitement maitrisé. Les phrases sont courtes. Les pauses et les exclamations sont judicieusement placées. Parfois, des dialogues ou des pensées sont intégrées en italique dans la phrase. L'utilisation savante de la ponctuation et la variété des phrases utilisées confèrent au récit un rythme équilibré. Le récit est toujours bien construit et les chutes sont diablement efficaces.

 

Le texte est évocateur et visuel, presque théâtral. Les décors sont posés, ici une chambre, et là une place, une salle de fête, un café, un petit appartement, l'unité pédiatrique d'un centre universitaire, un monastère, une table d'anniversaire. Chaque lieu est décrit avec la précision juste nécessaire. A partir d'un lieu, d'une situation, d'un objet souvent banal (une rose, une table, un verre), l'auteur élabore le récit. Certaines nouvelles sont carrément surprenantes, je pense en particulier à "Trop bavards" qui met en scène un écrivain excédé par les bavardages d'un vieil homme, hôte comme lui d'un monastère. Il est en proie à des pulsions meurtrières dans ce lieu de recueillement et de tranquilité quasi-absolue.

Bref, un livre à découvrir. Il m'a été prêté par Skriban que je remercie.livre voyageur

 

Le blog de l'auteur : Coumarine

 

Memory press, 2010, 159 p.

 

challenge litterature belgeJe participe au challenge Littérature belge organisé par Reka

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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 13:58

jane-eyre-1.jpgRésumé de l'éditeur

Jane Eyre est pauvre, orpheline, pas très jolie. Pourtant, grâce à sa seule force de caractère, et sans faillir à ses principes, elle parviendra à faire sa place dans la société rigide de l'Angleterre victorienne et à trouver l'amour... Une héroïne qui surmonte les épreuves sans perdre foie en son avenir, une intrigue où se succède mystères et coups de théâtre, une passion amoureuse qui défie tous les obstacles : le plaisir de lire Jane Eyre est toujours aussi vif. Comme elle, on veut croire que rien n'est écrit d'avance et que la vie réserve des bonheurs imprévus.

 

Mon avis

 

Le contexte biographique

Jane Eyre est un roman gothique publié en 1847, à l'époque victorienne, sous le sous-titre « une autobiographie » abandonné par la suite et sous le pseudonyme de Currer Bell. Aussi, il m'a semblé utile de rechercher certains éléments biographiques concernant l’auteur, Charlotte Brontë,  romancière britannique, née le 21 avril 1816. « Troisième fille du révérend Patrick Brontë, au sein d'une famille de condition modeste qui compte six enfants, elle bénéficie, comme ses quatre sœurs et son frère, de la présence d'un père qui a poussé ses études classiques jusqu'à l' Université de Cambridge, et n'hésite pas à leur transmettre sa culture et sa vision du monde. Elle connaît cependant très tôt, alors qu'elle est encore tout enfant, la mort de sa mère, puis de ses deux sœurs aînées, frappées par la tuberculose. Malgré sa condition de femme et son absence de moyens financiers, elle réussit à publier ses poèmes et ceux de ses sœurs (sous des noms d'homme), en 1846, et surtout, à publier Jane Eyre. »* . Le roman a rencontré un succès considérable.

 

Résumé de l'intrigue

Il raconte l’histoire de Jane Eyre, une jeune orpheline recueillie par Mrs Reed, sa bienfaitrice, sous le joug d’un engagement non assumé auprès de Mr Reed, l’oncle de Jane,  frère de sa mère et mari de Mrs Reed.  John, le fils de Mrs Reed âgé de 14 ans déteste Jane qu’il harcèle et maltraite en tyran. Eliza et Georgiana, ses sœurs, sont orgueilleuses et indifférentes. Les domestiques sont partiales et tous reprochent à Jane d’être à charge.  Elle vit chez eux à Gateshead des heures tristes et douloureuses, privées d’affection. Très jeune, elle manifeste des traits de caractères rebelles qui lui valent d’être enfermée dans sa chambre, terrorisée puis envoyée en pension sur les conseils de Mr Hoyd, l’apothicaire.  

 Elle rejoint les 80 élèves de l’institution de Lowood, un établissement de charité voué à l’éducation des orphelines, où règne un climat restrictif et punitif. Il est administré par Mr Broklehurst, aussi riche que condescendant. Elle se lie d’amitié avec Helen Burns âgé de 13 ans.  Mais une épidémie de typhus emporte Helen. L’école dont le niveau sanitaire est déplorable est réformée pour devenir une institution noble et utile.  Jane y reste 6 ans comme élève et deux ans comme maitresse.

Après le mariage de Miss Temple, son institutrice, qui s’était toujours montrée bienveillante et l’avait encouragée à poursuivre ses études, elle recherche un poste de gouvernante et poste une annonce. Mrs Fairfax, intendante du domaine de Thornfield,  lui propose une nouvelle situation auprès d’Adèle, une élève de 10 ans, recueillie par le propriétaire des lieux,  Mr Rochester. Adèle est une enfant vive, obéissante et docile et Jane coule des jours paisibles dans cette demeure, perturbée cependant par le comportement inquiétant de Grace Poole qui semble cacher quelques secrets. Elle rencontre Mr Rochester au cours d’une promenade et lui vient en aide alors qu’il a chuté de cheval. C’est un homme brusque et fantasque, avec lequel elle a de longues conversations et dont elle devient la confidente. Peu à peu, elle s’éprend de ce personnage ténébreux.  Elle apprend qu’Adèle est la fille d’une française, Céline Varens, danseuse à l’opéra pour qui Mr Rochester avait éprouvé une grande passion et qui l’avait trahi avant d’abandonner son enfant et de s’enfuir en Italie. Mr Rochester l’avait recueilli bien qu’il ne fût pas son père.  Mr Rochester devient plus cordial avec Jane, elle le sauve d’un incendie dont elle rend Grace Poole responsable mais elle est surprise de la protection dont cette femme semble bénéficier. Mr Rochester reçoit chez lui de nombreuses personnes, une brillante société qui séjourne à Thornfield et l’anime. Il semble attiré par l’une de ses hôtes, Miss Ingram qu’il envisage d’épouser par intérêt et par souci des convenances. Richard Masson, un hôte de Mr Rochester est lui aussi victime d’une agression. Rochester noue des relations d’amitié avec Jane et lui fait promettre de veiller avec lui  avant son mariage avec Ingram. Jane apprend la mort de Mr John, son cousin, qui après avoir ruiné sa santé et perdu sa fortune, s’est suicidé. Mrs Reed qui a demandé à voir Jane, lui remet sur son lit de mort un courrier de son oncle John faisant d’elle son unique légataire.  De retour à Thornfield, elle espère que Mr Rochester la gardera avec Adèle à l’abri de sa protection. Mais le mariage approche et Mr Rochester lui propose d’entreprendre l’instruction des cinq filles de Mrs Dyonisus O’Gall, en Irlande.  Cette perspective la désole et elle pleure convulsivement sur la vie intense et délicieuse qu’elle a vécue à Thornfield. Devant sa détresse, Mr Rochester l’enlace et l’embrasse. Il lui propose de devenir sa femme. Elle accepte et ce réconfort lui permet de tout affronter. Il la couvre de bijoux et lui révèle les manœuvres qu’il a eues avec Miss Ingram pour la rendre jalouse.  Le jour du mariage, devant le pasteur, Briggs, un avoué déclare le mariage impossible. Les noces sont annulées et Mr Rochester raconte à Jane le terrible secret de sa vie d’homme. Il est déjà marié et sa femme est devenue folle. Elle vit chez lui sous la garde de Grace Poole. 

 Résolue à quitter Thornfield, Jane refuse de devenir la maîtresse de Mr Rochester. Elle quitte ces lieux la nuit sans un bruit et se rend en diligence à Whitcross dans un comté des North-Midland. Elle est contrainte de mendier son pain avant d’être recueillie, très affaiblie chez Mr St John, pasteur missionnaire et chez ses sœurs, Mary et Diana, institutrices à Moor House. Elle leur cache sa véritable identité. Une intimité s’établit naturellement et rapidement entre elles. Mr St John lui propose un emploi d’institutrice dans une école qu’il a fondée à Morton. Elle est logée dans un cottage. La rapidité des progrès de ses élèves la ravit et elle est appréciée par le voisinage mais elle ne peut oublier Mr Rochester. Elle rencontre la très belle Rosamond Oliver, destinée à épouser Mr St John qui, bien qu’éperdument amoureux est certain que cette union ne pourra pas durer car elle lui ferait renoncer à sa vocation de missionnaire. Il découvre finalement la véritable identité de Jane et lui apprend qu’elle est héritière d’une fortune colossale. Elle apprend aussi que St John, Mary et Diana sont ses cousins, deshérités en sa faveur par son oncle à la suite d’une querelle jamais pardonnée avec leur père. Résolue à faire le partage équitable de cette fortune, elle envisage d’en donner une partie à ses cousins et de vivre auprès d’eux. Mr St John de son vrai nom St John Eyre Rivers qui doit partir sur un navire de la Compagnie des Indes loue ses qualités de ponctualité, loyauté, tact, intelligence, ses capacités à se faire aimer en imposant sa volonté, sa docilité, son désinteressement, sa constance, son courage et sa douceur et veut lui imposer en despote, une union physique et spirituelle dans le mariage afin qu'elle devienne sa collaboratrice aux Indes et sa femme.

 

Extrait : "Etre sa femme, toujours à ses côtés, toujours contrainte, toujours tenue en echec, forcée de maintenir très bas le feu de ma nature, de l'obliger à brûler intérieurement sans pousser jamais un cri, dut la flamme empoisonner consumer mes forces vives l'une après l'autre, cela serait intolérable."

 

Elle s'en tient à sa décision de ne pas l'épouser et veut savoir ce qu'est devenu Rochester. Sous l'effet d'une sorte de superstition, elle croit l'entendre et l'appeler. Elle retourne alors à Thornfield, qu'elle trouve en ruine et incendié. La femme de Rochester s'est suicidé et Rochester lui-même est devenu aveugle au cours de ce sinistre incendie. Elle se rend au manoir de Ferndean où il réside depuis. Leurs retrouvailles sont saisissantes.

 

  Ce que j'en ai pensé

J'ai beaucoup aimé ce long roman, l'intrigue captivante et ses nombreux rebondissements, la réelle qualité des descriptions des caractères et  des paysages de la campagne anglaise.

Jane Eyre est  d'abord une histoire d'amour  qui s'épanouit au fil des pages et ne se renie jamais. La situation amoureuse est complexe, Jane et Mr Rochester sont confrontés à de nombreuses difficultés dans leur vie personnelle que l'on découvre peu à peu. Les personnages se révèlent progressivement, chaque épreuve est une étape. Jane s'exile avant de revenir aux sources.

Le roman est aussi une critique de la société anglaise du XIXè s, de ses convenances, de ses classes sociales, du confort des riches et des privations des pauvres, de sa religiosité.  C'est une critique acerbe des conditions de vie et de l'éducation de l'enfance recueillie en institution.

Le roman décrit  par ailleurs l'évolution de Jane et sa croissance spirituelle. L'héroïne apprend d'abord à adapter son désir d'autonomie à sa situation de dépendance. Enfant, elle dépend de parents riches puis elle se prend en charge en enseignant  et elle passe  progressivement de la soumission à l'affirmation d'elle-même. Elle apprend d'autre part à maitriser ses émotions. Elle vit des expériences qui accompagnent l'élévation à l'âge adulte et atteint la maturité émotive et spirituelle.  Profondément croyante, elle fait la part entre l'humanité, les exigences du Révérend St John, engagé dans un sacerdoce exigeant et son approche spirituelle personnelle, sa propre pratique de la religion. Les hommes qu'elle rencontre contribuent aussi à cette affirmation d'elle-même. Elle doit se dégager de leur influence avant de décider de prendre son destin en main et de choisir par elle-même.  Les références à la psychologie des personnages sont fréquentes dans le livre, sans pour autant dominer le récit. Cest un regard particulier sur la folie et sur les fous. La folie de Bertha bien sûr dont l'état est particulièrement préoccupant - elle incendie, elle poignarde, elle mord et elle détruit. Elle vit et se conduit comme une bête, elle inspire à ses proches le dégoût et les plonge dans un profond désarroi.  Mais le trouble psychique ne touche pas que Bertha. Il affecte chacun des personnages principaux. Le mysticisme, le despotisme, la tyrannie et le désir de toute puissance chez  St John, la superstition chez Jane, la duperie et la détresse chez Rochester.

Enfin, je suis absolument séduite par la plume de Charlotte Brontë, légère et précise et qui laisse une grande place aux dialogues. Les phrases sont fluides, équilibrées et le vocabulaire est riche. C'est un roman d'émotions dans lequel on entre entièrement, comme happé par l'intrigue. Je le recommande vivement. 

 

*D'autres informations sur Charlotte Brontë et sur la place de ce roman sont accesibles  à  cette adresse  et à l'adresse suivante.

 

Le livre de poche, 1964, 540 p.

 

Je participe au Matilda's contest organisé par Cynthia et au challenge God save the livre.organisé par Antoni

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