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27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 17:56

Le-monde-d-hier.2.jpgRésumé de l'éditeur

Rédigé en 1941, alors que, émigré au Brésil, Stefan Zweig avait déjà décidé de mettre fin à ses jours, Le Monde d'hier est l'un des plus grands livres-témoignages de notre époque. Zweig y retrace l'évolution de l'Europe de 1895 à 1941, le destin d'une génération confrontée brutalement à l'Histoire et à toutes les "catastrophes imaginables".

Il évoque avec bonheur sa vie de bourgeois privilégié dans la Vienne d'avant 1914 et quelques grandes figures qui furent ses amis : Schnitzler, Rilke, Romain Rolland, Freud ou Valéry. Mais il donne aussi à voir la montée du nationalisme, le bouleversement des idées d'après 14-18 puis l'arrivée au pouvoir d'Hitler, l'horreur de l'antisémitisme d'Etat et, pour finir, le "suicide de l'Europe". Avec le recul, la lucidité de son testament intellectuel frappe le lecteur d'aujourd'hui, de même que sa dénonciation des nationalismes et son plaidoyer pour l'Europe.

 

Mon avis

Le Monde d'hier est un livre-témoignage absolument passionnant d'un point de vue documentaire, artistique,  sociologique, philosophique et biographique, emprunt de sensibilité, de simplicité, et de justesse. Remarquablement construit, il est chronologique et très instructif ; il apporte d'indispensables éclairages sur le milieu,  la culture, la pensée, la carrière et les relations de l'auteur. Il a été envoyé par sa femme à son éditeur un jour avant le suicide de Stefan Zweig.

 

Résumé de l'intrigue

Né en 1881, élevé à Vienne, et apatride, Stefan Zweig retrace l'évolution de l'Europe de 1895 à 1941 et écrit ses souvenirs, en pleine guerre, à l'étranger.

Il décrit le monde de la sécurité dans lequel il a été élevé, avant la Première Guerre Mondiale et les particularités du milieu viennois, où confluaient tous les courants de la culture européenne. On comprend mieux, comment Zweig, issu de la bourgeoisie juive, a construit sa personnalité spirituelle et son aspiration profonde à la liberté. Il décrit son milieu social et familial, le contexte culturel,  politique et sociologique de l'époque, sa jeunesse et les conditions de son instruction et il illustre ses propos d'expériences personnelles.

 

Dans ce monde de sécurité politique et monétaire,  personne ne croyait aux guerres ni aux révolutions, chacun était animé par la foi en le Progrès, voyant se développer le téléphone, les voitures, et se répandre le confort et l'hygiène dans les maisons. Ses parents, des gens très riches, s'étaient rapidement adaptés aux plus hautes sphères de la culture tout en développant une puissante industrie textile. Sa mère, née en Italie était issue d'une famille internationale, marquée par l'aspiration juive à la spiritualité. Vienne qui offrait tout le luxe d'une métropole, était animée par un véritable fanatisme pour les beaux arts et l'art théâtral en particulier. Toutes les couches de la population s'y rencontraient, mais les juifs constituaient le véritable public de ces manifestations culturelles. Stefan Zweig parle de ses études, du primaire à l'Université, un apprentissage "morne et glacé" dans un monde où l'ambition de toute bonne famille était qu'un de ses fils soit docteur et où les jeunes gens passaient pour des éléments suspects. La jeunesse à laquelle il appartient apprend avec enthousiasme tout ce qui touche les lettres et l'art nouveau en avance sur le grand public et sur les critiques officiels. Il décrit  le paysage politique autrichien de l'époque,  la bourgeoisie libérale détentrice du pouvoir, le parti socialiste nouvellement formé pour faire triompher les revendications du prolétariat, le parti chrétien social, petit bourgeois et le parti national allemand, révolutionnaire, travaillant à la destruction de la monarchie autrichienne et tente de décrire les mouvements à l'oeuvre. Sur un registre plus intime, il parle de l'oppression constante de la jeunesse et de la sexualité,  de la mode, des vêtements, d'une société sans répit attentive à tout ce qui pouvait paraître inconvenant, de sa crainte de tout ce qui est naturel et corporel, de l'éducation des jeunes filles, maintenues jusqu'au mariage dans l'ignorance totale des choses naturelles et de celle des jeunes hommes, informés dès la puberté des maladies vénériennes par le médecin de famille et pour lesquels on employait souvent  dans les maisons bourgeoises une jolie servante dont la tâche était de "les initier pratiquement". Alors que la prostitution demeurait le fondement de la vie érotique en dehors du mariage, il constate la prodigieuse révolution des moeurs qui s'est opérée par la suite au profit de la jeunesse.

 

A l'Université, Zweig choisit la philosophie qui lui laisse suffisamment de temps pour se consacrer à l'art, sa véritable passion. On découvre alors son parcours et comment il a construit et mené sa carrière d'écrivain, comment il a formé son esprit à l'Europe et à l'humanisme. Il commence très jeune à publier dans des revues littéraires et des quotidiens de premier rang. Il voyage à Berlin qui s'élevait alors du rang de capitale à celui de grande métropole mondiale et rentre en contact avec les jeunes gens issus des milieux les plus opposés. En Belgique, qui avait pris un essor artistique extraordinaire, il fait un voyage d'été et y rencontre Emile Verhaeren qu'il considère comme le premier de tous les poètes de langue française. Il traduit ses textes et prépare un ouvrage biographique qui le font connaître en Allemagne. Il se rend à Paris  et s'installe dans le quartier du Palais Royal à proximité de la Bibliothèque Nationale et du Musée du Louvre. Il se lie d'amitié avec Léon Balzagette traducteur d'oeuvres étrangères et adversaire du nationalisme. A Londres, il a peu de relations littéraires. Il découvre l'Angleterre à travers les dessins de William Blake. Entre la France, l'Angleterre, l'Italie, l'Espagne, la Belgique, la Hollande, Zweig a une vie de nomade. Il loue un appartement à Vienne et y dépose les autographes qu'il collectionne depuis le lycée, des poètes, des acteurs, des chanteurs, les manuscrits originaux, les projets de poèmes, de compositions. Il trouve la maison d'édition qui pendant trente ans a soutenu son oeuvre. Il écrit Thersite et l'envoie aux grands théâtres. Mais la mort soudaine des deux acteurs sensés jouer les personnages principaux de cette pièce ralentit son succès. Son ami Walter Rathenau, grand commerçant et grand industriel, membre du conseil d'administration d'innombrables sociétés, amateur en littérature et polyglotte, conseille à Zweig de dépasser les frontières de l'Europe. Il se rend en Inde, effrayé par la misère, la séparation des classes et des races. En Amérique, il visite New York, Philadelphie, Boston, Baltimore et Chicago. Il rejoint Panama.

 

Le sentiment de solidarité européenne, si cher à Zweig, était en devenir. Mais l'essor du continent avait été si rapide que le désir d'expansion était vif et la concurrence sauvage. Les grandes coalitions se militarisaient toujours plus. Zweig découvre Romain Rolland et sa foi ardente en la mission de l'art qui est d'unir les hommes. Il décrit les premiers jours de la guerre de 1914, la mobilisation générale et l'enthousiasme de milliers d'hommes, portés par une foi naïve et enfantine. Alors que tous les intellectuels en Allemagne, en France, en Italie, en Russie, en Belgique, servaient la propagande de guerre et la haine collective, Zweig écrit un article "A mes amis de l'Etranger" publié dans une revue allemande auquel Romain Rolland répond de Suisse. A partir d'une correspondance suivie, ils tentent de réunir les intellectuels français et étrangers et Zweig étend son influence à travers les grands journaux d'Allemagne et d'Autriche, faisant passer ses articles en contrebande en France. En 1915, il est chargé de réunir les proclamations et les affiches de l'occupation russe et voyage à travers les villes bombardées. En 1917, il fait connaître son drame Jérémie dans les cercles religieux et pacifistes. Il se rend à Zurich, devenue la ville la plus importante d'Europe et y rencontre de nombreux apatrides. L'entrée en guerre de l'Amérique fait apparaître inévitable la défaite allemande.

 

De retour en Autriche devenue indépendante, il est bouleversé par la famine, la ruine, l'effondrement de la moralité, l'inflation, l'égarement, les privations. Les deux partis les plus puissants s'unissent pour former un gouvernement commun. 1923 marque la fin de l'inflation allemande. La vie redevient normale et Zweig connait le succès. Ses ouvrages lui rapportent des sommes considérables. Il collectionne des autographes et acquiert les manuscrits d'oeuvres de Mozart, Bach, Beethoven, Goethe et Balzac. Mais bientôt, Hitler organise des réunions contre la République et les juifs. En 1933, le national-socialisme s'applique avec prudence, par doses successives étouffant toute parole libre jusqu'à l'ordonnance "Pour la protection du peuple allemand qui déclare crime contre la sureté de l'Etat l'impression, la vente, la diffusion de livres juifs. Zweig écrit un livret d'opéra pour Richard Strauss, interdit aux scènes allemandes. Perquisitions, arrestations arbitraires, confiscations de bien, bannissements, déportations  se multiplient. Zweig quitte Salzbourg définitivement et se rend à Londres puis en Amérique, au Mexique et au Brésil.

 

Ce que j'en ai pensé

C'est un livre profondément touchant, bouleversant, un témoignage très fort qui  plonge le lecteur entièrement dans  l'ambiance de l'époque. Il peint une fresque de sa génération. Les anecdotes sont nombreuses et apportent au récit beaucoup de réalisme. Il décrit les réseaux d'amitié qu'il a développés à travers toute l'Europe. Zweig rend hommage à tous les intellectuels plus ou moins célèbres qui ont marqué son oeuvre et son parcours, Rilke, Romain Rolland, Freud, Jules Romains, Tolstoï, Rodin, Strauss et tant d'autres. Biographe, il dresse d'eux un fidèle portrait. C'est un livre très riche et très enrichissant, absolument incontournable, expression de son humanisme, de son ouverture d'esprit, de son engagement pour l'Europe et le pacifisme, de sa passion pour les lettres et les arts.

 

Editeur : Belfond, 1982, 530p


Je participe au challenge Histoire, organisé par jelydragon, au Challenge ich Liebe Zweig et

au challenge J'aime les classiques

 

 

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commentaires

yuko 11/10/2010 14:10


Je découvre ton blog avec grand plaisir et je me permets de te laisser un petit mot ici, sous ton post de Zweig, un auteur que j'aime tout particulièrement. Je ne connaissais pas ce livre et suis
contente de le découvrir chez toi ;) A bientôt pour de nouvelles découvertes ^^


Bénédicte 11/10/2010 14:23



c'est un livre remarquable, un des meilleurs que j'ai lu de l'auteur jusqu'à présent Je suis ravie de ta visite A trè bientôt



alinea 02/10/2010 08:38


justement j'ai rajouté cette lecture sur ma liste il y a peu de temps.


Bénédicte 03/10/2010 14:26



Tu ne le regretteras pas c'est un de ses meilleurs écrits à ma connaissance



Jiby 30/09/2010 12:20


Bénédicte,bjrs 1 pti ccou car tjrs en vacance,bises et merci pour ta visite


Bénédicte 03/10/2010 14:23



j'espère que tout se passe bien à bord Quelle chance



Jiby 18/09/2010 09:41


Bénédicte merci de ta visite il y a 5j,just un pti coucou,bise


Bénédicte 03/10/2010 14:19



Bonjours Jean Je vois que tes vacances se poursuivent sous des cieux cléments Bonne continuation A bientôt



isa-marie 14/09/2010 21:14


Bonne chance pour ce challenge ! J'adore ta façon concise de raconter tes lectures.
Amitiés d'Isa-Marie


Bénédicte 03/10/2010 14:18



Merci Isa Marie Je suis devenue fan de cet auteur que j'ai découvert tardivement probablement en raison du drame de la fin de sa vie. J'aime énormémént son style et son ouverture d'esprit



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