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2 avril 2010 5 02 /04 /avril /2010 08:17

La-peste-A-Camus.jpgRésumé de l'éditeur

 

- Naturellement, vous savez ce que c'est, Rieux ?

- J'attends le résultat des analyses

- Moi, je le sais. Et je n'ai pas besoin d'analyses. J'ai fait une partie de ma carrière en Chine, et j'ai vu quelques cas à Paris, il y a une vingtaine d'années. Seulement on a pas osé leur donner un nom, sur le moment... Et puis, comme disait un confrère : "C'est impossible, tout le monde sait qu'elle a disparu de l'Occident."

Oui, tout le monde le savait, sauf les morts. Allons Rieux, vous savez aussi bien que moi ce que c'est...

- Oui, Castel, dit-il, c'est à peine croyable. Mais il semble bien que ce soit la peste.

 

Mon avis

 

La peste a été publié en 1947 au lendemain de la seconde guerre mondiale et a connu un immense succès.  Camus imagine une épidémie de peste. Le récit à la fois réaliste et épique  est divisé en cinq parties, suivant la progression de la maladie. L'histoire se déroule dans les années 40, à Oran, une ville fermée qui tourne le dos à la mer.

Au printemps, le docteur Rieux sort de son cabinet et découvre un rat mort sur le palier. Le concierge, Mr. Michel, croit à de mauvais plaisants. Mais le lendemain, il en découvre d'autres. Rieux accompagne sa femme à la gare qui, malade, part se soigner en montagne. Quelques jours plus tard, une agence de presse annonce que six mille rats ont été ramassés le jour même. L'inquiétude commence à gagner. Mr Michel tombe malade et ne peut être sauvé. Rieux est appelé par Grand, un employé de mairie qui vient d'empécher son voisin Cottard de se suicider. En quelques jours, vingt cas de décès sont dénombrés et Rieux se rend à l'évidence en compagnie de son confrère Castel : il s'agit de la peste. Il obtient la réunion à la Préfecture d'une commission sanitaire. Une dératisation scientifique, une surveillance étroite de l'alimentation en eau et l'isolement des malades sont décidés. Les mesures sont rapidement renforcées. Les portes de la ville sont fermées.

La peste apporte l'exil, la séparation d'avec les siens et la solitude. Le ravitaillement est limité. Le Père Paneloux organise une semaine de prières collectives et exorte les fidèles au repentir. Une sorte de peur générale et profonde gagne les oranais, certains essayant de tromper la vigilance des barrages pour fuir hors de la ville. Le journaliste Rambert, qui n'est pas d'Oran, multiplie les démarches et espère être renvoyé dans sa résidence habituelle pour y retrouver sa femme. Un élan de solidarité se manifeste également. Castel met toute son énergie à fabriquer des sérums, Grand assure une sorte de secrétariat des formations sanitaires. Tarrou, fils d'un procureur, forme des équipes d'assistance préventive dans les quartiers surpeuplés et seconde les médecins dans les visites à domicile. Il assure le transport des malades et des morts. Il se concentre sur l'écriture d'un livre et tient une chronique de l'épidémie. Certains incendient leur maison par peur de l'épidémie. Un couvre-feu est instauré et les cérémonies mortuaires sont groupées et exécutées au plus vite. De nombreux fossoyeurs meurrent de la peste et les chômeurs sont sollicités.

Les gens s'habituent au desespoir. Ils sont épuisés. Seul Cottard semble à l'aise dans la terreur. Rambert renonce à quitter la ville et décide de lutter jusqu'au bout aux côtés de Rieux et de Tarrou. Le jeune fils du juge Othon tombe malade et sa famille est mise en quarantaine. Son agonie trouble Rieux et Paneloux  se réfugie dans la foi . Il meurt sans demander le soutien d'un médecin.

Au mois de janvier on enregistre un recul de la peste. Les statistiques tombent si bas que l'épidémie peut être considérée comme enrayée. Le soulagement est profond. Othon puis Tarrou meurrent pourtant et Cottard est arrêté par la police après une crise de démence. Juste avant l'ouverture des portes de la ville, Rieux apprend la mort de sa femme.

Le roman est rédigé dans un style neutre, sobre et objectif. On apprend dans les dernières pages que Rieux est le véritable narrateur de cette chronique tenue à la troisième personne . Il appelle à la vigilance.

 

Ce pourrait être une métaphore du nazisme comme cela a souvent été avancé en raison probablement de la date de parution de ce récit. Dans la première partie du récit personne mis à part Rieux ne semble vraiment convaincu ou décidé à  y croire. Ce récit est proche de la montée en puissance du nazisme au cours des années 30 en Europe. La deuxième partie qui décrit la fulgurante emprise de la peste sur Oran pourrait être comparée à l'invasion de la Pologne et de l'Europe par les nazis et à la surprise causée par l'ascension de l'Allemagne, au début de la mobilisation des pays de l'Ouest. Il y a en effet l'exclusion de la population, la privation de liberté, la spéculation, le marché noir et le transport des morts qui pourrait évoquer les trains de déportés et les fours des camps d'extermination. La quatrième partie décrit les tentatives de fuites d'Oran par Rambert, contraint de passer par les pseudos mafias locales pour tenter de s'enfuir tout en échappant à la vigilance des gardes. Cette partie pourrait faire allusion à l'enfer vécu par les prisonniers des ghettos assiégés et des camps de concentration. La fin de cette partie peut être comparée aux rudes batailles menées par le bloc de l'ouest.

 

Il ressort quoiqu'il en soit un certain humanisme de ce récit et une réelle combativité. A travers le personnage de Rieux et la banalité des autres personnages, Camus nous sensibilise à la souffrance morale, à l'amitié, à la solidarité, à la tendresse humaine, au courage face à l'épreuve de l'absurde épidémie. La Peste inaugure le cycle de la révolte et de la solidarité. L'action est utile mais consciente de ses limites. Le docteur Rieux est le symbole de l'homme révolté qui lutte et se sauve de l'absurde par des moyens purement humains.  Tarrou ne parvient pas à dépasser sa condition d'homme absurde. Il ne croit pas véritablement en l'homme et a renoncé à l'action collective. Il est dans sa position de victime et il privilégie l'intellectuation, l'abstraction et le langage au détriment de l'action ce qui le condamne à mourir à la fin du roman. Le père Paneloux cherche une réponse dans l'au delà. Sa mort montre l'échec de toute tentative de solution à l'absurde par des moyens qui dépassent l'homme. Cottard est le symbole de l'homme moyen , pas véritablement conscient de l'absurdité de l'existence, profiteur égoIste qui sera finalement jugé à la fin de l'oeuvre.

 

Editeur : Gallimard, 1947, 279 p.

 

Je participe au défi j'aime les classiques et au challenge Camus

Challenge CAMUS

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Published by Bénédicte - dans Littérature française
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commentaires

Violette 18/10/2010 13:50


on peut dire que tu aimes Camus ! celui-là reste mon préféré.
Beau billet !


Bénédicte 18/10/2010 14:01



je voulais mieux connaître son oeuvre cette année et je me suis inscrite au challenge Camus. J'ai beaucoup aimé le premier homme, l'étranger et le malentendu mais je crois que le défi me réserve
encore de belles surprises avant la fin de l'année



Antoni 08/04/2010 18:08


Je l'ai lu il y a bien longtemps ! Je me rappelle avoir apprécié cette lecture. Je constate avec plaisir que tu participes au challenge j'aime les classiques. Pour ma part, je viens d'achever la
lecture de "la symphonie pastorale" d'André Gide dans le cadre de ce même challenge.
Merci de me rafraichir la mémoire avec ton article.
Bonne soirée.
Cordialement,


Bénédicte 08/04/2010 18:22



Gide était un auteur que j'aime bien mais que je n'ai pas lu depuis une éternité


Bonne soirée



Julien 08/04/2010 01:10


Ah ! Celui-là, je vais bientôt le lire ! Encore un bel exemple d'article en hommage à Camus et son oeuvre ! Continue comme cela Bénédicte !


Bénédicte 08/04/2010 08:14



Merci de tes encouragements Je me suis inscrite au challenge Camus et je découvrirai ainsi de nombreux écrits de l'auteur que je n'ai encore jamais lu



Ys 06/04/2010 18:56


Bonjour, j'ai lu ce livre il y a bien longtemps et ton billet me donne envie de m'y replonger, je me souviens de beaucoup d'émotions, ou plutôt d'impressions très fortes, malgré la sobriété du
style.


Bénédicte 06/04/2010 21:35



effectivement Le héros à cet égard est bien différent du Meursault de l'étranger. Il est très humain et sait faire naitre chez les autres de beaux sentiments



ptitlapin 03/04/2010 19:55


je te souhaite à mon tour de Joyeuses Pâques.;)


Bénédicte 03/04/2010 21:15



Bon week end et à bientôt



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