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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 17:27

amkoullel-l-enfant-peulRésumé de l'éditeur

Voici un étonnant livre de Mémoires qui nous révèle la formation d'un des esprits les plus brillants et les plus profonds de l'Afrique noire. Amadou Hampâté Bâ raconte ici sa petite enfance et son adolescence, du temps où il portait le surnom d'Amkoullel, et où - dans le Mali du début de ce siècle - il s'initiait aux traditions ancestrales, fréquentait l'école française en même temps que la coranique, courait la savane alors que beaucoup partaient pour une guerre lointaine (la Première Guerre mondiale), découvrait le colonialisme et s'apprêtait à devenir l'un des derniers grands dépositaires d'une civilisation orale en pleine mutation.

A la fois roman d'aventures, tableau de moeurs et fresque historique, ce livre restitue dans une langue savoureuse et limpide toutes les richesses, les couleurs et la vie du grand récit oral africain. C'est aussi et surtout une belle leçon d'humour, de tolérance et d'humanité qu'y trouveront les passionnés de littérature, les chercheurs, ou tout simplement les amateurs d'aventures vécues.

 

En quelques mots


Amkoullel, l'enfant Peul est un roman autobiographique, le récit d'un parcours initiatique  écrit par Amadou Hampâté Bâ, ethnologue malien né aux alentours de 1900 à Bandiagara, descendant d'une famille peule noble et adopté par le second époux de sa mère à la mort de son père. Lui-même conteur, il fut un fervent défenseur de l’oralité africaine et de ses traditions et contribua à faire connaitre et comprendre les cultures traditionnelles africaines. Théodore Monod dira dans sa préface : "Ses souvenirs et sa démarche d'historien nous fait approcher la société Peule sous l'angle de l'honneur, du respect de la mère et de la pratique de la générosité." La mémoire de l'auteur est  prodigieuse et précise.  Il raconte dans ce livre son parcours, son éducation et ses pérégrinations dans l'ancien Soudan français, crée en 1891, de sa naissance vers 1900 jusqu'à son agrément comme écrivain temporaire à Ouagadougou. 

 

Ce roman est avant tout le récit d'une naissance au sein d'une famille, membre de plusieurs communautés,. Le héros s'inscrit dans une lignée et un contexte socio-politique bien particulier. Amadou Hampâté Bâ ne parle pas de lui-même à la première personne. Il s'introduit sous la forme d'un personnage à part entière dans cette lignée, confronté au sein de sa famille  et de la communauté, aux évenements  régionaux. Amadou est issu de lignées peules, ce peuple pasteur nomade venu de l'est au cours des grands courants migratoires, islamisé puis fondateur des grands empires du Sokoto au XVIIIè siècle et du Macina au début du XIX è siècle. Le peuple Toucouleur a combattu les Peuls du Macina en 1862. Pâté Poullo son grand-père maternel était dans l'armée Toucouleure, grand maître en initiation pastorale et chef spirituel de la Tribu. Converti à l'islam auprès d'El Hadj Omar, il se lia d'amitié avec le neveu de ce dernier qui fonda la ville de Bandiagara, Tidjani Tall. Il  guida l'oncle puis le neveu au cours de leurs explorations.

 

Les relations entre communautés, Peules et  Toucouleures  sont  exposées par l'auteur dont la situation familiale  est tout aussi complexe. Le père d'Amadou décédé alors qu'il avait 3 ans, était lui-même orphelin. Sa famille avait été décimée à Sofara. Afin de rétablir la paix, Tidjani avait imposé des mariages croisés entre les deux peuples. Anta N'Diobdi avait ainsi épousé Paté Poullo et enfanté Kadidja, la mère d'Amadou. Elle était la tante d'Hampâté, garçon boucher qui, enrichi par une donation, fut par la suite un intermédiaire sûr entre les éleveurs et les marchands de bétail. La situation modeste d'Hampâté ne l'empêchait pas de défendre certaines valeurs et d'adopter un comportement tout à l'honneur de ses origines et de sa famille. Il utilisait ses revenus pour racheter les captifs malheureux, en particulier les enfants comme Beydari, et pour améliorer leur sort. Hampaté épousa une de ses cousines, Baya qui fut rapidement divorcée par l'ami d'Hampâté pour avoir insulté sa belle-mère en public. Plus tard, il épousa Kadidja et adopta Baya une petite fille de 2 mois à qui il donna le nom de Nassouri. Kadidja mit au monde 3 enfants. Amadou fut le seul survivant. Kadidja divorça avant la mort de Pâté Poullo et d'Hampâté et se remaria avec Tidjani Amadou Ali Thiam, d'un clan Toucouleur rival du clan Tall, chef de la province de Louta. Elle devint sa troisième épouse. Tidjani Amadou Ali Thiam adopta Amadou surnommé Amkoullel peu avant la mort d'Anta N'Diobdi. C'est alors qu'une révolte éclata à Toïri. Tidjani , qui avait mis trop de zèle à défendre ses valeurs, fut arrêté, incarcéré et ses biens confisqués. Kadidja, aidé par les membres de sa famille se mit à enquêter pour connaître le sort de son mari.  Le rapport à sa belle-mère qui l'a chargée de cette mission est emblématique. Elle parvint à le voir en prison et y retourna chaque nuit jusqu'au procès qui dura 15 jours et aboutit à la condamnation pour trois ans d'enfermement à la prison de Bougouri. Installée à proximité, Kadidja lui rendit visite quotidiennement. Une remise gracieuse fut finalement introduite et Kadidja rentra à Bandiagara pour régler la succession de son frère décédé. Puis, enceinte,  elle retourna à Bougouri  en compagnie d'Amadou et de ses deux autres filles, sur la rive droite du Niger. Elle accoucha d'un petit garçon et fut rejointe par Tidjani dans son village de Kadidiabougou. Amadou découvrit alors son père adoptif les pieds enchaînés. Une fois libéré, Tidjani donna à son fils le nom de Cheik Mohammed el Ghaali et devint un guide religieux écouté. Sa réinsertion est natuellement acquise dans cette société qui lui fait confiance au retour de son enfermement.

 

Commence alors pour Amadou une étape décisive de sa vie et de son parcours initiatique. Ce roman est aussi descriptif d'un trajet éducatif, associatif  et spirituel. A 7 ans, Tidjani annonça  à Amadou la mort de sa petite enfance. Converti à l'islam, il reçut l'enseignement du Coran. Les références au grand chef Bambara Tiemokodian, protecteur de sa mère et ami de son père sont nombreuses et éclairent le lecteur sur les modes de transmission de la culture orale. Cet homme possédait toutes les connaissances de son temps, en histoire, sciences humaines, religieuses, symboliques et initiatiques, sciences de la nature (botanique, pharmacopée, minéralogie), mythes, contes, légendes et proverbes. C'était un merveilleux conteur. Il était aussi musicien, chanteur et danseur. Amadou  de son côté récoltait les traditions orales. Il poursuivait ses études dans une petite école coranique. Il était inséparable de son ami Daouda Maïga, avec lequel il chassait, pêchait, et "fourrageait dans les dépotoirs des blancs". Avec quelques amis il fonda sa première association et en devint le chef. C'était un lieu de rassemblement très codifié de la jeunesse. ILes rivalités et les alliances se créaient. Amadou négocia le jumelage de son association avec celle des jeunes filles. Ils se réunissaient pour bavarder, chanter ou danser au clair de lune. Ils regardaient s'affronter les lutteurs, ils entendaient des contes des épopées et des poèmes. "C'était une grande école orale traditionnelle où l'éducation populaire se dispensait au fil des jours." Il apprit à développer sa mémoire. Il s'occupait aussi des enfants de Bandiagara, ces gavroches spirituels, moqueurs, taquins mais braves et généreux.

 

Les marques d'affection au sein de la famille, bien que réelles, sont sobres et discrètes. La polygamie est présentée comme une valeur,  une marque de solidarité sociale et familiale. Mais dans ce cadre familial élargi, les unions sont aussi très facilement remises en cause. Les autres épouses de Tidjani imposèrent à Kadidja la répudiation. Tidjani, faible devant les siens ne put s'opposer à cette décision. Kadidja partit pour Mopti puis pour Bamako. Elle fut finalement rejointe par Tidjani, incapable de vivre sans elle, qui délaissa ses autres épouses. Amadou fut alors confié à sa famille paternelle sous le regard de son oncle maternel avec son grand frère Hammadoum. Cette situation les rapprocha beaucoup. Hammadoum fut circoncis. La cérémonie s'accompagna de nombreuses manifestations festives, opératoires et rituelles plusieurs jours durant et d'un enseignement sur les sciences de la nature et ses règles.

 

Amadou fut envoyé à l'école des blancs avec Madani sur ordre du commandant. Il apprit des textes en français. Mais sa mère aurait voulu le racheter pour ne pas faire de lui un infidèle. Il apprit par la méthode du "langage en action "à parler le français. Wangrin, son moniteur d'enseignement travaillait à recueillir le texte des contes.

Amadou perdit son frère et se rendit à l'école de Djenné pour y préparer le certificat d'études indigène. Avec ses camarades, il voyagea et s'arrêta à Mopti avant d'atteindre  Djénné. La description de la région est  instructive à de nombreux égards.

 

Extrait : "Ce n'est pas pour rien qu'on a surnommé Mopti "la Venise du Soudan" : toutes ses activités sont plus ou moins liées à la vie du fleuve et au rythme de ses crues. Les Bozos qui sont les plus anciens occupants du lieu, fabriquent à la main ces longues et merveilleuses pirogues que l'on voit fendre silencieusement les eaux et dont certaines sont capables de transporter des tonnes de marchandises. Peuple de pêcheurs et de chasseurs, ils sont les "maîtres de l'eau" traditionnels de toute la région. Dans cette zone de confluence des eaux noires et des eaux blanches, on rencontre des ethnies de diverses origines, des plus claires aux plus sombres. Après les Bozos, les plus anciennes sont les Songhaïs et les Peuls. Les Bambara et les Dogons n'y sont venus que plus tardivement. Toute la région de la Boucle du Niger constituait autrefois, dans sa partie ouest, un véritable réservoir des richesses du pays en matière d'agriculture, d'élevage, de pêche et de chasse, sans parler des traditions religieuses et culturelles. L'homme y vivait à l'aise et l'artisanat traditionnel y était particulièrement développé. Le Macina, où les Peuls vinrent se fixer jadis en raison de la richesse de ses pâturages, est situé au coeur de cette région dont Mopti est l'un des fleurons. "

 

Ce roman traite aussi de la solidarité africaine. Une famine effroyable en 1914 causa la mort de d'un tiers de la population dans le pays de la Boucle du Niger. A Sofara, Amadou fut confronté au spectacle horrible des charniers à ciel ouvert. L'administration, dépassée par l'ampleur de la catastrophe ne put rien faire pour aider les populations. A Bandiagara la situation était la même qu'à Sofara et la solidarité africaine permit de survivre dans certains quartiers.

 

Amadou Hampâté Bâ s'appesantit aussi sur le contexte de la Première Guerre mondiale et sur les différences de traitement entre les tirailleurs indigènes et les soldats français. Lors du déclenchement de la guerre en Europe, l'administration mobilisa les réservistes et fit appel aux volontaires, aux jeunes gens par classe. Elle procéda aux réquisitions de céréales et de bestiaux. Amadou apprit à détester les allemands. Il obtint son certificat d'études en fin d'année mais, pour ne pas être envoyé à l'internat de l'école professionnelle de Bamako, il fugua, en compagnie de M. Bodje et de son neveu. Le voyage tient une grande place dans ce roman. Après quelques journées de marche, ils arrivèrent à Say entre le Bani et le Niger, accueilli par les aboiements effroyables des chiens de sentinelle puis par le chef de la ville qui mit à leur disposition une escorte. Après dix jours de voyages, ils arrivèrent à Bégou, capitale des rois bambaras et toucouleurs. Ils embarquèrent sur la "Mage". A Koulikouro, ils prirent le train pour Bamako, qu'il appelle "la pirogue métallique de fer" puis rejoignirent Kati, "ville surpeuplée, bigarrée et trépidante".

 

Après une circoncision effectuée auprès de sa tante et dans la clandestinité, il s'occupa au sein de son association, faisant face aux obligations d'entraide dévolues aux jeunes gens et retourna à l'école primaire. Il devint vaguemestre, auxiliaire de l'armée à titre civil. Blaise Diague, seul député noir au parlement français fut chargé de promouvoir dans l'Ouest africain une vaste levée de troupes en 1918. En septembre 1918, Amadou fut affecté à la 2ème classe de l'école régionale de Bamako puis sommé d'accepter un poste d'écrivain temporaire à Ouagadougou.

 

Ce livre, publié après la disparition du romancier, est  vivant, passionnant, riche d'informations  diverses et pluridisciplinaires, mais aussi d'évenements et de rebondissements, plein d'humour et très bien écrit ce qui ajoute du plaisir à sa lecture. C'est le livre d'un conteur qui  dépayse,  fait  connaître la période de la colonisation et partage ses connaissances sur les coutumes et traditions  de communautés africaines, du peuple Peul en particulier. Dès le début du roman sont abordées les relations complexes entre toucouleurs et peuls. A travers le récit de sa famille, de son enfance, on découvre des personnalités fières, mues par le sens de l'orgueil et de l'honneur mais aussi de la solidarité et de la générosité. J'en ai beaucoup appris sur l'histoire de cette partie de l'Afrique, son organisation administrative, les tribus, les associations de jeunes, la polygamie, les rites, l'usage de la langue et notamment le multilinguisme des populations, le rôle de chacun, hommes, femmes,  enfants, oncles et tantes au sein de la famille, la religion. Les descriptions des paysages du Niger sont merveilleuses. Il transmet son savoir et sa passion pour la culture traditionnelle, même s'il revendique ici une véritable place d'écrivain. C'est un très bon moment de lecture. 

Editions Actes Sud, 1991, 535 p.

  Mopti sur le fleuve Niger                                                                Bandiagara Palais Toucouleurs

 

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defi Afrika Choupynette-copie-1Je participe au défi Afrika organisé par Choupynnette

 

 

 


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Published by Bénédicte - dans littérature malienne
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commentaires

Abdoul karim kagambèga 04/07/2016 17:07

Je suis en train de la découvrir

Avis de lecture 04/01/2013 12:45

Un très beau livre et une belle enfance à découvrir. Pour ceux qui veulent se mettre à la littérature Africaine, c'est un bon début.

zenabou 10/02/2012 13:12

Moi je suis en train de le découvrir. j'avais lu "l'étrange destin de Wangrin adolescente" et grace à mon neveu lycéen qui a ramené le même livre à la maison j'ai découvert les autres :"oui mon
comandant" "Amkoullel".
et je vous jure que c'est une cure pour mon âme.A titre personnel, j'y ai trouvé des sources d'encouragement pour construire ma spiritualité et apprendre la tolérance et le pardon envers mon
prochain quelque soit le mal subi.je suis en train de découvrir l'afrique de cette époque. vraiment qu'il repose en paix.

Ellcrys 04/04/2011 08:23


C'est un roman qui m'avait taper dans l'oeil et ton avis, me donne encore plus envie de plonger dans ces pages et dans cette littérature africaine que je ne connais que trop peu... Bonne semaine
Bénédicte.


Bénédicte 04/04/2011 09:00



Bonjour Ellcrys C'est un roman riche d'informations sur cette partie de l'Afrique



Yv 02/04/2011 10:28


Un auteur que je n'ai pas encore lu mais que j'espère découvrir


Bénédicte 02/04/2011 10:56



c'est un auteur incontournable



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