Vendredi 27 août 2010 5 27 /08 /2010 17:56

Le-monde-d-hier.2.jpg Résumé de l'éditeur

Rédigé en 1941, alors que, émigré au Brésil, Stefan Zweig avait déjà décidé de mettre fin à ses jours, Le Monde d'hier est l'un des plus grands livres-témoignages de notre époque. Zweig y retrace l'évolution de l'Europe de 1895 à 1941, le destin d'une génération confrontée brutalement à l'Histoire et à toutes les "catastrophes imaginables".

Il évoque avec bonheur sa vie de bourgeois privilégié dans la Vienne d'avant 1914 et quelques grandes figures qui furent ses amis : Schnitzler, Rilke, Romain Rolland, Freud ou Valéry. Mais il donne aussi à voir la montée du nationalisme, le bouleversement des idées d'après 14-18 puis l'arrivée au pouvoir d'Hitler, l'horreur de l'antisémitisme d'Etat et, pour finir, le "suicide de l'Europe". Avec le recul, la lucidité de son testament intellectuel frappe le lecteur d'aujourd'hui, de même que sa dénonciation des nationalismes et son plaidoyer pour l'Europe.

 

Mon avis

Le Monde d'hier est un livre-témoignage absolument passionnant d'un point de vue documentaire, artistique,  sociologique, philosophique et biographique, emprunt de sensibilité, de simplicité, et de justesse. Remarquablement construit, il est chronologique et très instructif ; il apporte d'indispensables éclairages sur le milieu,  la culture, la pensée, la carrière et les relations de l'auteur. Il a été envoyé par sa femme à son éditeur un jour avant le suicide de Stefan Zweig.

Né en 1881, élevé à Vienne, et apatride, Stefan Zweig retrace l'évolution de l'Europe de 1895 à 1941 et écrit ses souvenirs, en pleine guerre, à l'étranger.

Il décrit le monde de la sécurité dans lequel il a été élevé, avant la Première Guerre Mondiale et les particularités du milieu viennois, où confluaient tous les courants de la culture européenne. On comprend mieux, comment Zweig, issu de la bourgeoisie juive, a construit sa personnalité spirituelle et son aspiration profonde à la liberté. Il décrit son milieu social et familial, le contexte culturel,  politique et sociologique de l'époque, sa jeunesse et les conditions de son instruction et il illustre ses propos d'expériences personnelles.

 

Dans ce monde de sécurité politique et monétaire,  personne ne croyait aux guerres ni aux révolutions, chacun était animé par la foi en le Progrès, voyant se développer le téléphone, les voitures, et se répandre le confort et l'hygiène dans les maisons. Ses parents, des gens très riches, s'étaient rapidement adaptés aux plus hautes sphères de la culture tout en développant une puissante industrie textile. Sa mère, née en Italie était issue d'une famille internationale, marquée par l'aspiration juive à la spiritualité. Vienne qui offrait tout le luxe d'une métropole, était animée par un véritable fanatisme pour les beaux arts et l'art théâtral en particulier. Toutes les couches de la population s'y rencontraient, mais les juifs constituaient le véritable public de ces manifestations culturelles. Stefan Zweig parle de ses études, du primaire à l'Université, un apprentissage "morne et glacé" dans un monde où l'ambition de toute bonne famille était qu'un de ses fils soit docteur et où les jeunes gens passaient pour des éléments suspects. La jeunesse à laquelle il appartient apprend avec enthousiasme tout ce qui touche les lettres et l'art nouveau en avance sur le grand public et sur les critiques officiels. Il décrit  le paysage politique autrichien de l'époque,  la bourgeoisie libérale détentrice du pouvoir, le parti socialiste nouvellement formé pour faire triompher les revendications du prolétariat, le parti chrétien social, petit bourgeois et le parti national allemand, révolutionnaire, travaillant à la destruction de la monarchie autrichienne et tente de décrire les mouvements à l'oeuvre. Sur un registre plus intime, il parle de l'oppression constante de la jeunesse et de la sexualité,  de la mode, des vêtements, d'une société sans répit attentive à tout ce qui pouvait paraître inconvenant, de sa crainte de tout ce qui est naturel et corporel, de l'éducation des jeunes filles, maintenues jusqu'au mariage dans l'ignorance totale des choses naturelles et de celle des jeunes hommes, informés dès la puberté des maladies vénériennes par le médecin de famille et pour lesquels on employait souvent  dans les maisons bourgeoises une jolie servante dont la tâche était de "les initier pratiquement". Alors que la prostitution demeurait le fondement de la vie érotique en dehors du mariage, il constate la prodigieuse révolution des moeurs qui s'est opérée par la suite au profit de la jeunesse.

 

A l'Université, Zweig choisit la philosophie qui lui laisse suffisamment de temps pour se consacrer à l'art, sa véritable passion. On découvre alors son parcours et comment il a construit et mené sa carrière d'écrivain, comment il a formé son esprit à l'Europe et à l'humanisme. Il commence très jeune à publier dans des revues littéraires et des quotidiens de premier rang. Il voyage à Berlin qui s'élevait alors du rang de capitale à celui de grande métropole mondiale et rentre en contact avec les jeunes gens issus des milieux les plus opposés. En Belgique, qui avait pris un essor artistique extraordinaire, il fait un voyage d'été et y rencontre Emile Verhaeren qu'il considère comme le premier de tous les poètes de langue française. Il traduit ses textes et prépare un ouvrage biographique qui le font connaître en Allemagne. Il se rend à Paris  et s'installe dans le quartier du Palais Royal à proximité de la Bibliothèque Nationale et du Musée du Louvre. Il se lie d'amitié avec Léon Balzagette traducteur d'oeuvres étrangères et adversaire du nationalisme. A Londres, il a peu de relations littéraires. Il découvre l'Angleterre à travers les dessins de William Blake. Entre la France, l'Angleterre, l'Italie, l'Espagne, la Belgique, la Hollande, Zweig a une vie de nomade. Il loue un appartement à Vienne et y dépose les autographes qu'il collectionne depuis le lycée, des poètes, des acteurs, des chanteurs, les manuscrits originaux, les projets de poèmes, de compositions. Il trouve la maison d'édition qui pendant trente ans a soutenu son oeuvre. Il écrit Thersite et l'envoie aux grands théâtres. Mais la mort soudaine des deux acteurs sensés jouer les personnages principaux de cette pièce ralentit son succès. Son ami Walter Rathenau, grand commerçant et grand industriel, membre du conseil d'administration d'innombrables sociétés, amateur en littérature et polyglotte, conseille à Zweig de dépasser les frontières de l'Europe. Il se rend en Inde, effrayé par la misère, la séparation des classes et des races. En Amérique, il visite New York, Philadelphie, Boston, Baltimore et Chicago. Il rejoint Panama.

 

Le sentiment de solidarité européenne, si cher à Zweig, était en devenir. Mais l'essor du continent avait été si rapide que le désir d'expansion était vif et la concurrence sauvage. Les grandes coalitions se militarisaient toujours plus. Zweig découvre Romain Rolland et sa foi ardente en la mission de l'art qui est d'unir les hommes. Il décrit les premiers jours de la guerre de 1914, la mobilisation générale et l'enthousiasme de milliers d'hommes, portés par une foi naïve et enfantine. Alors que tous les intellectuels en Allemagne, en France, en Italie, en Russie, en Belgique, servaient la propagande de guerre et la haine collective, Zweig écrit un article "A mes amis de l'Etranger" publié dans une revue allemande auquel Romain Rolland répond de Suisse. A partir d'une correspondance suivie, ils tentent de réunir les intellectuels français et étrangers et Zweig étend son influence à travers les grands journaux d'Allemagne et d'Autriche, faisant passer ses articles en contrebande en France. En 1915, il est chargé de réunir les proclamations et les affiches de l'occupation russe et voyage à travers les villes bombardées. En 1917, il fait connaître son drame Jérémie dans les cercles religieux et pacifistes. Il se rend à Zurich, devenue la ville la plus importante d'Europe et y rencontre de nombreux apatrides. L'entrée en guerre de l'Amérique fait apparaître inévitable la défaite allemande.

 

De retour en Autriche devenue indépendante, il est bouleversé par la famine, la ruine, l'effondrement de la moralité, l'inflation, l'égarement, les privations. Les deux partis les plus puissants s'unissent pour former un gouvernement commun. 1923 marque la fin de l'inflation allemande. La vie redevient normale et Zweig connait le succès. Ses ouvrages lui rapportent des sommes considérables. Il collectionne des autographes et acquiert les manuscrits d'oeuvres de Mozart, Bach, Beethoven, Goethe et Balzac. Mais bientôt, Hitler organise des réunions contre la République et les juifs. En 1933, le national-socialisme s'applique avec prudence, par doses successives étouffant toute parole libre jusqu'à l'ordonnance "Pour la protection du peuple allemand qui déclare crime contre la sureté de l'Etat l'impression, la vente, la diffusion de livres juifs. Zweig écrit un livret d'opéra pour Richard Strauss, interdit aux scènes allemandes. Perquisitions, arrestations arbitraires, confiscations de bien, bannissements, déportations  se multiplient. Zweig quitte Salzbourg définitivement et se rend à Londres puis en Amérique, au Mexique et au Brésil.

 

C'est un livre profondément touchant, bouleversant, un témoignage très fort qui  plonge le lecteur entièrement dans  l'ambiance de l'époque. Il peint une fresque de sa génération. Les anecdotes sont nombreuses et apportent au récit beaucoup de réalisme. Il décrit les réseaux d'amitié qu'il a développés à travers toute l'Europe. Zweig rend hommage à tous les intellectuels plus ou moins célèbres qui ont marqué son oeuvre et son parcours, Rilke, Romain Rolland, Freud, Jules Romains, Tolstoï, Rodin, Strauss et tant d'autres. Biographe, il dresse d'eux un fidèle portrait. C'est un livre très riche et très enrichissant, absolument incontournable, expression de son humanisme, de son ouverture d'esprit, de son engagement pour l'Europe et le pacifisme, de sa passion pour les lettres et les arts.

 

Editeur : Belfond, 1982, 530p


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Par Bénédicte - Publié dans : Littérature autrichienne - Communauté : Les lectures de Florinette
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Mercredi 25 août 2010 3 25 /08 /2010 10:04

matilda.jpg Résumé de l'éditeur

Avant même d'avoir 5 ans, Matilda sait lire et écrire, connait tout Dickens, Tout Hemingway, a dévoré Kipling et Steinbeck. Pourtant son extistence est loin d'être facile entre une mère indifférente, abrutie par la télévision et un père d'une franche malhonneteté. Sans oublier Mademoiselle Legourdin, la directrice de l'école, personnage redoutable qui voue à tous les enfants une haine implacable. Sous la plume tendre et acerbe de Roald Dahl, les évenements vont se précipiter, étranges, terribles hilarants...

 

Mon avis

M. et Mme Verdebois ont un fils Michaël et une fille Matilda, auquels ils sont indifférents. Matilda est une enfant surdouée de 4 ans et 3 mois élevée sans amour. Alors que sa mère regarde la télévision et joue au loto, elle se rend à la bibliothèque et dévore livre sur livre. Elle sollicite les conseils de la bibliothécaire, Mme Foylot, qui, stupéfaite par ses capacités, lui confie "Les grandes espérances" de Charles Dickens. Elle lit une liste impressionnante de romans classiques sous l'oeil émerveillé de Mme Folyot et peut par la suite en emprunter quelques uns qu'elle ramène chez elle. M. Verdebois est un marchand de voitures d'occasion qui arnaque ses clients et critique sa fille sans répit. Matilda n'aime pas ses parents qui la traitent d'idiote. Dotée d'un fort caractère, elle se promet de les remettre en place. Elle invente des jeux pour les punir l'un et l'autre chaque fois qu'ils lui font des crasses. Elle enduit le chapeau de son père de glu, elle emprunte le perroquet de Fred et le cache dans la cheminée pour faire croire à un fantôme. Elle remplace la lotion capillaire à l'huile de violette de son père par la teinture blond platine extra forte de sa mère. 

A 5 ans et demi, Matilda rentre à l'école primaire dirigée par la terrible Mlle Legourdin. Son institutrice Mlle Candy est surprise par les capacités de Matilda mais Mlle Legourdin la prend pour une peste, une jeune vipère qu'elle accuse de tous les maux et refuse de faire passer en classe supérieure. Mlle Candy se rend alors chez les Verdebois et propose en vain des leçons particulières. A l'école, Matilda se fait des amis, Anémone et Hortense qui a déjà passé plusieurs jours à l'Etouffoir, ce placard de 25 cm de côté, pour avoir versé du sirop d'érable sur la chaise de Mlle Legourdin. La directrice est redoutable. Elle punit cruellement les enfants qu'elle interroge à la place de Mlle Candy une fois par semaine. Par le pouvoir magique de ses yeux et de son esprit, Matilda parvient à se venger d'elle. Surprise par ce don, elle renouvelle l'expérience devant Mlle Candy qui l'invite chez elle et lui confie  le secret de sa terrible enfance et de sa pauvre condition. Mathilda est résolue à l'aider...

 

Cette petite Matilda est particulièrement touchante. C'est une enfant surdouée, naturelle et qui n'a rien d'une petite fille modèle. Elle est intelligente, espiègle et généreuse. Sa relation avec sa maitresse est émouvante. Elle parvient à être sensible aux problèmes des adultes et concourt avec le plus grand naturel et avec ses moyens, malgré son âge, à leur résolution. Cette histoire  qui s'adresse aux enfants à partir de 10 ans met à mal la toute puissance des adultes. Le livre se termine bien, au mieux en tout cas pour Matilda qui trouve son équilibre et l'affection qu'elle réclame sous l'aile de sa maitresse. Une histoire illustrée par Quentin Blake dans laquelle on se plonge avec plaisir. Les dessins sont nombreux et apportent au texte une touche supplémentaire d'émotion.

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Matilda a été adapté trois fois au cinéma, notamment en 1997 par Danny DeVito.

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  Cynthia organise le Matilda's Contest ou Challenge Matilda qui consiste à lire  tous les livres de la liste de Matilda.

Nicholas Nickelby, de Charles Dickens
- Oliver Twist, de Charles Dickens
- Jane Eyre, de Charlotte Brontë
- Orgueil et Préjugés, de Jane Austen
- Tess d'Urberville, de Thomas Hardy
- Kim, de Rudyard Kipling
- L'Homme invisible, de H.G. Wells
- Le Vieil Homme et la Mer, d'Ernest Hemingway
- Le Bruit et la Fureur, de William Faulkner
- Les Raisins de la colère, de John Steinbeck
- Les bons compagnons, de J.B. Priestley
- Le rocher de Brighton, de Graham Greeene
- La ferme des animaux, de George Orwell

Je trouve que c'est une très bonne idée. Les personnes intéressées peuvent se rendre à cette adresse.

 

Editions Gallimard, 1997, 234 p.

Roald Dahls Matilda Je participe au Challenge Roald Dahl Matildacopie1-copie-1.jpg et au Matilda's contest

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Lundi 23 août 2010 1 23 /08 /2010 10:11

le-malentendu-1.jpg Le Malentendu est une pièce en trois actes écrite en 1941, sous l'occupation allemande, au début de la seconde guerre mondiale. Elle traite de l'exil, de la solitude, du deséspoir, de l'incommunicabilité et de l'enfermement. Elle fait partie du cycle de l'absurde.

Martha et sa mère tiennent une auberge en Bohème, sur une terre sans horizon, dans une ville pluvieuse et rêvent de s'installer au soleil, devant la mer. Elles attendent les clients seuls et riches qu'elles pourront dépouiller après les avoir assassinés. Jan, leur frère et fils revient après des années d'absence en fils prodigue et veut se faire reconnaitre sans dire son nom. Sa femme Maria le dépose à contre coeur à l'auberge, dérangée par son mensonge. Il remplit la fiche de renseignements et s'entretient avec Maria des règles de conversation et des conventions respectables à l'hôtel. Martha prend note de ces informations sans les vérifier sur son passeport. A regret, elle remet  au lendemain le projet de crime. Mais le malentendu se confirme lorsque Martha vient vérifier l'état de la chambre et qu'avec Jan ils s'entretiennent sur leur pays respectif. Plus tard, pour se rapprocher d'elle, il sonne le vieux domestique, inquiétant par son silence, son mutisme. Martha monte une théière  contenant de la drogue et les tentatives de sa mère pour l'empêcher de boire seront vaines. Le texte décrit la progression de la méthode éprouvée par les deux femmes, sans qu'à aucun moment elles ne se souviennent de lui. Elles le tuent avec la complicité du vieux domestique puis réalisent qu'il s'agit de leur frère et fils. Elles se suicident alors, leurs projets effondrés, après que Martha eût avoué le crime à Maria venue rejoindre son mari. Désespérée par  la mort, le non sens et l'absurdité de ce geste, Maria n'obtient aucune aide du vieux domestique.

La pièce serait inspirée d'un fait divers réel. L'auberge est un théâtre tragique où le passant rencontre la mort. La mécanique criminelle se met en route progressivement, à huis clos. Cette pièce ne manque pas de suspense et d'ambivalence. Il existe une véritable opposition entre les espoirs de Jan, en quête affective, qui espère retrouver les siens et la froideur de ces femmes désillusionnées, notamment de Martha qui lui oppose des défenses conventionnelles et cherche le bonheur à travers l'argent et le confort. La communication est rendue totalement impossible, y compris entre les deux femmes, confrontées à leur propre solitude et à l'absurdité de leur condition. 

 

Renata Jakubczuk (Université Marie Curie-Sklodowska de Lublin) s'est intérrogée sur les sources de cette oeuvre littéraire et les similitudes permettant de rapprocher cette pièce de celle de l'écrivain polonais Rostworowski, intitulée Niespodzianka. Elle remarque que ce fait divers avait été présenté par Camus en ces termes dans L'Etranger , paru en 1942 (Deuxième partie, chapitre 2) :

"Entre ma paillasse et la planche du lit, j’avais trouvé, en effet, un vieux morceau de journal presque collé à l’étoffe, jauni et transparent. Il relatait un fait divers dont le début manquait, mais qui avait dû se passer en Tchécoslovaquie. Un homme était parti d’un village tchèque pour faire fortune. Au bout de vingt-cinq ans, riche, il était revenu avec une femme et un enfant. Sa mère tenait un hôtel avec sa soeur dans son village natal. Pour les surprendre, il avait laissé sa femme et son enfant dans un autre établissement, était allé chez sa mère qui ne l’avait pas reconnu quand il était entré. Par plaisanterie, il avait eu l’idée de prendre une chambre. Il avait montré son argent. Dans la nuit, sa mère et sa soeur l’avaient assassiné à coups de marteau pour le voler et avaient jeté son corps dans la rivière. Le matin, la femme était venue, avait révélé sans le savoir l’identité du voyageur. La mère s’était pendue. La soeur s’était jetée dans un puits. J’ai dû lire cette histoire des milliers de fois. D’un côté, elle était invraisemblable. D’un autre, elle était naturelle. De toute façon, je trouvais que le voyageur l’avait un peu mérité et qu’il ne faut jamais jouer.»

Henry Amer, dans son article intitulé «Une source du Malentendu?»,  Revue d’histoire littéraire de la France, janvier-février 1970, 70e année, nr 1. présentait de son côté une nouvelle publiée dans Le Petit Journal le 5 juin 1924 qui portait le titre de L’Etranger et qui mettait également en scène un couple meurtrier. L’action du conte se passait en Serbie et l’hôte du conte qui avait séjourné en Amérique et revenait retrouver sa femme et ses enfants ,était tué à coups de hache. De nombreuses similitudes permettent de rapprocher les deux  récits. Les intrigues sont basées sur l’effet de surprise. Le meurtre s’accomplit pendant leur sommeil. Les deux hommes reviennent de pays lointains après un séjour de plusieurs années – une période suffisamment longue pour que la famille la plus proche ne puisse pas les reconnaître. La similitude des prénoms – Marfa et Marta ainsi que Jan Yanek (ami de Baï) – est également surprenante.

Renata Jakubczuk a cherché dans quels journaux, dans quels pays, sur quels continents, on pouvait trouver les traces d’un même fait divers et les a retrouvé dans les légendes de nombreux pays du monde entier depuis le Moyen-Age.
En France,  Paul Bénichou invoque une vieille chanson du Nivernais Le Soldat tué par sa mère. Un fait divers, survenu à Tours en juin 1796, a servi de canevas à Louis Caude de Saint-Martin pour Mon Portrait. En Allemagne, la pièce de Zacharias Werner intitulée Le 24 février  développe le même thème que Le Malentendu. Chez l’auteur allemand, c’est le père qui tue son fils, revenu incognito pour restaurer la fortune familiale. En Angleterre, George Lillo écrit en 1736 The Fatal Curiosity : a True Tragedy of three acts – «Un fils prodigue, tenu pour mort, rentre couvert d’or au foyer paternel où il trouve ses parents ruinés. Ayant caché son identité et étant hébergé comme un voyageur de passage, il est assassiné pendant son sommeil par son père, qui agit sous l’instigation de la mère [...]. Les parents se suicident à la révélation de leur crime.» Un autre Anglais, Robert Brooke (1887-1915) reprend le même sujet dans sa pièce Lithuania mais cet auteur était peu connu à l’époque de Camus. L’histoire du fils prodigue tué par ses proches court à travers toute l’Europe. Maria Kosko, dans son article A propos du Malentendu ajoute que cette histoire apparaît au XVIIIe siècle dans une nouvelle italienne et dans un conte anglais, au XIXe siècle dans un roman tchèque et au XXe siècle dans un roman scandinave. Enfin, hors d’Europe, l’écrivain sud-américain Domingo Sarmiento assure que la même légende est très répandue au Chili et Robert Penn Warren, en 1944, publie la Ballad of billie Potts où on retrouve le même thème dans une chanson populaire des montagnes du Kentucky. En 1621, un jésuite belge Antoine de Balinghem décrit l’histoire d’un aubergiste de Pułtusk qui tue son fils rentré de la guerre le 14 mai 1618. Cette même histoire est reprise dans la littérature allemande par un autre jésuite Georguis Stengelius. En 1740 en Pologne, Piotr Kwiatkowski, un jésuite de Kalisz, suit cet exemple. Julian Krzyżanowski évoque aussi un manuscrit de K. Stronczyński. Selon Renata Jakubczuk, il s’agit d’une légende internationale qui appartient à la culture universelle de l’humanité.

 

Editeur : Gallimard, collection folio théâtre, 161p.


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Par Bénédicte - Publié dans : Littérature française - Communauté : AUTOUR D'ALBERT CAMUS
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Samedi 21 août 2010 6 21 /08 /2010 16:00

caligula.gif Résumé de l'éditeur

Caligula : C'est une vérité toute simple et toute claire, un peu bête, mais difficile à découvrir et lourde à porter

Helicon : Et qu'est-ce donc que cette vérité, Caïus ?

Caligula : Les hommes meurent et ils ne sont pas heureux.

Hélicon : Allons, Caïus, c'est une vérité dont on s'arrange très bien. Regarde autour de toi. Ce n'est pas cela qui les empêche de déjeuner.

Caligula : Alors, c'est que tout, autour de moi est mensonge, et moi, je veux qu'on vive dans la vérité.

 

Mon avis

Caligula est une pièce de théâtre en quatre actes, publiée en 1944. Elle fait partie du cycle de l'absurde.

Caligula, empereur scrupuleux et sans expérience a disparu après la mort de sa soeur et amante Drusilla. Quelques patriciens s'en inquiètent et Helicon, qui par loyauté soutiendra Caligula tout au long de son règne,  n'admet pas qu'il puisse s'agir d'une simple affaire d'amour. Scipion, jeune poète, et Chéréa l'attendent aussi depuis trois jours. Les patriciens envisagent un coup d'Etat. Lorsque Caligula revient, tel un égaré, il confie à Hélicon sa quête de l'impossible et lui demande de décrocher la lune. La mort de sa soeur est le signe d'une vérité selon laquelle les hommes meurent et ne sont pas heureux. Il veut faire vivre ses sujets dans la vérité et se croit capable de leur enseigner la liberté. Il réfute les notions de bien et de mal. Sa quête de liberté toute personnelle et sa soif de pouvoir le poussent à bouleverser l'économie politique et à exiger de tous les fortunés de l'Empire qu'ils déshéritent leurs enfants et testent en faveur de l'Etat avant d'être exécutés selon un ordre arbitraire. Caligula demande à Caesonia, son ancienne maîtresse de jurer de l'aider et d'être aussi cruelle. 

Les patriciens vivent alors dans la peur et l'impuissance et se plaignent de Caligula qu'ils trouvent cynique et tyrannique. Chéréa plus lucide, les conseille et souhaite se battre contre les rêves de Caligula qui transforme sa philosophie en cadavres et pervertit toutes les valeurs. Caligula affecte les sénateurs à son service et renverse la hiérarchie sociale.  Il prend la femme de Mucius qui n'ose rien dire. Après avoir fait mourir son fils, il force Lepidus à rire. Pour prouver qu'il est libre, il décrète la famine et dans sa rage meurtrière et sa passion destructrice il force les autres à la logique. Dans un soucis de gestion de sa maison publique, il crée une nouvelle distinction récompensant les citoyens qui l'auront fréquentée et permet l'exécution des autres. Il empoisonne froidement Meria pour l'exemple. Costumé en Vénus, il défie les dieux et exige des patriciens qu'ils viennent l'adorer et lui versent une obole. Hélicon lui apprend alors que l'on complote contre sa vie et lui remet la preuve de la culpabilité de Chéréa.  Curieusement, il se montrera clément. Seul, confronté à ses erreurs, il consent à mourir assassiné par ceux qu'il a poussés à la révolte et armés contre lui.

Le non-sens et l'absurdité de la vie découverte par Caligula font naître l'angoisse et l'insécurité. Caligula n'accepte pas le monde tel qu'il est. Il ne croit en rien et l'absurdité le désespère. Il exige l'impossible et nie la vie humaine. Mais il ne parvient pas à être libre seul contre tous.

 

Edition : Gallimard, Collection Folio théâtre , 224 p.


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Par Bénédicte - Publié dans : Littérature française - Communauté : AUTOUR D'ALBERT CAMUS
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Vendredi 13 août 2010 5 13 /08 /2010 19:44

les-deux-gredins-copie-1.jpg

Résumé de l'éditeur

La barbe de Compère Gredin est un véritable garde manger, garnie de miette de ses monstrueux festins : restes de spaghettis aux vers de terre, bribes de tartes aux oiseaux...un régal que Commère Gredin lui prépare chaque semaine. Mais voilà qu'une bande de singes acrobates va troubler les préparatifs du plat hebdomadaire...

 

Mon avis

Compère Gredin est un barbu broussailleux de 60 ans qui ne se lave plus depuis des années et dont les restes de repas se collent à la barbe. Ils forment avec Commère Gredin un couple atterrant. Elle est laide, méchante et égoïste. Ensemble, ils se jouent de mauvais tours. Elle cache son oeil de verre dans la chope de bière de son mari, il place une grenouille dans son lit. Elle ajoute de grands vers lombrics dans ses spaghettis, il lui fait croire qu'elle a attrapé la ratatinette en allongeant patiemment sa canne  et pense s'en débarrasser définitivement en ficelant sur elle des ballons gonflés au gaz. Dans leur maison sans fenêtre, ils chassent les oiseaux  à la glu pour en faire des tartes et ce goût les unit. Ils infligent  aux singes qu'ils élèvent de mauvais traitements en leur faisant exécuter toute sorte de tours la tête en bas. Profitant d'une absence des gredins, les singes africains s'allient aux oiseaux anglais avec lesquels ils communiquent grâce aux traductions de l'Oiseau Arc en ciel. Après avoir enduit le plafond des époux Gredin de glu éternelle, ils y collent le tapis, la grande table, les chaises, le divan, le buffet, les lampes et les bibelots et fixent les tableaux à l'envers. Au retour des Gredin, la situation se renverse. Leurs cheveux sont englués de colle par les oiseaux. En essayant bêtement de se remettre à l'endroit chez eux, ils se collent tête au parquet et finissent ratatinés au grand soulagement de leur entourage. 

C'est un livre très court, fantaisiste, simple et efficace initiant les enfants à partir de 8 ans à l'humour noir. Ces êtres sont répugnants, totalement affreux, épouvantables et cruels. La solidarité et la réflexion permettent un dénouement heureux dans la vengeance et, comme dans Tel est pris qui croyait prendre, la méchanceté se retourne contre ceux qui l'ont initiée. La disparition physique des gredins est la réponse apportée à leur cruauté. Le livre a été illustré par Quentin Blake.

 

Les-deux-gredins-planche.jpg

Editions Gallimard, 1980, 92 p.

 

Roald Dahls Matilda Je participe au challenge Roald Dahl organisé par  Liyah

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Bénédicte - Publié dans : littérature jeunesse - Communauté : Les lectures de Florinette
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